Les Gens du voyage, une problématique insoluble pour Perpignan Méditerranée ?

Camp de voyageurs roms a Perpignan. © Stephane Ferrer Yulianti.

Lors du dernier conseil communautaire de Perpignan Méditerranée, outre le vote du budget de Robert Vila, ce sont les aires d’accueil des gens du voyage qui ont fait polémique. Avec des propos fort virulents ; et à la limite de la légalité des conseillers communautaires pourtant juristes. Alors qu’il s’agissait de voter le financement des réparations de l’aire d’accueil de Cabestany, Maître Parrat, ancien premier adjoint de Jean-Marc Pujol, s’est fendu d’une tirade à l’encontre des gens du voyage.

“Vous voulez mettre 400.000€ d’argent public et permettre à ces gens qui ont tout cassé, tout pillé. Qui ne vivent que de larcin, de vol ; qui ne respectent rien et qui ne veulent pas s’insérer dans la société ?”. 

Une tirade qui lui a valu la réponse ironique du maire de Perpignan Rassemblement National qui a succédé à Jean-Marc Pujol. “Votre adhésion [au RN] est prête si vous le souhaitez”. Photos Stéphane Ferrer Yulianti.

Roms et policiers negocient a propos de leur installation illegale a Perpignan. © Stephane Ferrer Yulianti.
Roms et policiers negocient a propos de leur installation illegale a Perpignan.

♦ Mais quelle mouche a piqué Maître Parrat ?

Le point 21 de l’ordre du jour prévoyait un projet de plan de financement pour investir 405.870€ dans la mise aux normes et la mise en sécurité de l’aire d’accueil de Cabestany. La délibération indiquait : “À la suite de l’occupation illicite, et aux importantes dégradations afférentes, les installations des gens du voyage de Cabestany sont devenues inutilisables ; Perpignan Méditerranée Métropole va lancer les travaux de remise en état rendus nécessaires”.

Avant la mise au vote, Robert Vila, président de la communauté urbaine rappelait visiblement agacé. “Si nous voulons remettre en état toutes les aires d’accueil, il faut prévoir 2 M€. Et autant pour créer celles nécessaires afin de respecter le futur plan par l’État ! Nous avons sollicité un rendez-vous d’urgence avec le Préfet. Car il s’agit quand même de 4M€. 4M€ d’argent public pour voir tout dégradé les aires 1 mois après les avoir ouvertes”.

Maître Parrat, a vu rouge et s’est lancé dans une tirade digne des prétoires “ce dossier est symptomatique de la naïveté de l’État”.

Pierre Parrat de rappeler que ces aires d’accueil avaient été construites sur demande des représentants des gens du voyage. Avant la construction de ces infrastructures, “ils avaient pris l’habitude de s’installer un peu n’importe où”. Adjoint à l’urbanisme sous la mandature de Jean-Marc Pujol, Pierre Parrat se souvient.

“Ces aires ont été immédiatement colonisées par un certain nombre personnes. Certaines ayant un peu d’éducation, mais beaucoup, pas du tout ! Et non seulement ces gens ont vécu dans des conditions de saleté inimaginables ; car même s’il y avait des poubelles, ils ne les remplissaient pas. De plus, ils considéraient que les sanitaires ne correspondaient pas à leur art de vivre et allaient dans la nature. Non contents d’abîmer l’alentour, ils ont graduellement et de manière systématique, dégradé toutes les aires d’accueil et de grand passage que nous avions dans notre Communauté Urbaine”.

Camp de voyageurs roms a Perpignan. © Stephane Ferrer Yulianti.
Camp de voyageurs roms a Perpignan.

♦ L’élu dénonce la lâcheté de l’État et de son représentant

Pierre Parrat de reprendre en rappelant que, malgré les décisions de justice d’expulsion pour dégradation ou non paiement de redevance, le Préfet ne mettait pas à disposition la force publique. “L’aire d’accueil de Rivesaltes est occupée depuis 6 ans par des gens qui sont entrés de force qui ont tout dégradé. Nous avons obtenu une décision d’expulsion ; mais aucun préfet n’a eu le courage de nous donner les moyens de la force publique pour expulser ces gens. Et quand les services de Rivesaltes vont sur place pour tenter de remédier un peu au chaos, ils se font injurier et menacer. Et l’État ne répond toujours pas !” .

“Vous voulez cautionner ce que le préfet vous demande ? Le Préfet est un lâche, l’État est lâche. Ils ont peur que ces gens barrent les routes, que ces gens mettent la panique dans nos villes”. 

Le Maire communiste de Cabestany dénonce “un discours extrémiste et des propos indignes de l’assemblée”. Il rappelle que la situation est liée au fait que la communauté urbaine n’a pas respecté le schéma départemental imposé par l’État sur les aires d’accueil. Les Maires du Barcarés, de Saleilles, ou de Perpignan rejoignent peu ou prou les propos de Pierre Parrat. La délibération ne sera finalement pas soumise au vote, mais ajournée.

Camp de voyageurs roms a Perpignan. © Stephane Ferrer Yulianti.
Camp de voyageurs roms a Perpignan.

♦ Contactés à ce propos, les services de la Préfecture répondent

Perpignan Méditerranée Métropole ne respectant pas le schéma départemental d’accueil des gens du voyage actuellement applicable, PMM ne peut bénéficier de la procédure d’évacuation administrative. 

En août 2020, le directeur de cabinet du préfet Jean-Sébastien Boucard nous avait expliqué le principe. ”Si tout le monde respecte la loi, l’État prend la main pour les expulsions dans les 48 heures après une installation illégale”. Or, comme la communauté urbaine de Perpignan n’a pas prévu assez d’aires d’accueil, il faut faire appel à la justice. Une démarche qui empêche les forces de l’ordre d’intervenir rapidement. Le rapport du schéma départemental précise que les implantations illégales durent en moyenne 11 jours. Les services de la préfecture ajoutent que “la rédaction du projet de nouveau schéma départemental a été réalisée après une phase de diagnostic départemental et une consultation des EPCI* obligataires dont PMM”.

Grands passages constatés gens du voyage Pyrénées-Orientales
Grands passages constatés gens du voyage Pyrénées-Orientales

♦ Une situation dans l’impasse depuis fort longtemps

Chantal Bruzi, adjointe à la sécurité de la précédente mandature, se souvient. “Le sujet des gens du voyage nous le connaissons bien. Et le Préfet, va vous répondre que comme nous ne respectons pas le schéma, il ne va pas vous donner la force publique”. Mais l’élue va au-delà des aires d’accueil.

“Avec ces gens, il y a un souci de contrôle à tous les niveaux. Du temps de la Préfète [en poste dans les Pyrénées-Orientales de 2014 à 2016], j’avais demandé la mise en place d’un Comité opérationnel départemental anti-fraude (Codaf). Tous les acteurs étaient autour de la table. Et nous avons vécu un moment historique en déception. Tous les services de l’État se sont succédés pour dire pourquoi ils ne faisaient rien ! Il faut demander au Préfet de mettre en place un nouveau Codaf”. 

La problématique se pose aujourd’hui avec l’aire de Cabestany ou de Rivesaltes, mais chaque été, les choses s’enveniment. Avec l’installation de groupes plus nombreux. Relire notre article écrit en août 2020.

Camp de voyageurs roms a Perpignan. © Stephane Ferrer Yulianti.
Camp de voyageurs roms a Perpignan.

♦ La sédentarisation des gens du voyage serait-elle une solution ?

Certaines expériences ont été menées notamment à Auxerre, en 2013. “C’est l’histoire d’une « place » investie dans les années 70 par quelques caravanes itinérantes, devenues sédentaires. Mais c’est surtout l’histoire de dizaine de familles, d’abord installées là le temps de quelques mois et qui y sont restées de manière définitive pour des raisons pécuniaires et des questions pratiques ; comme la scolarisation des enfants, la recherche d’activités professionnelles ou les soins réguliers à apporter aux personnes âgées. 

Pour favoriser leur intégration et améliorer leurs conditions d’habitat, la Communauté de l’Auxerrois a établi un Programme de relogement dont le coup d’envoi a été lancé le 22 juin 2013 ; lors d’un événementiel organisé sur l’aire d’accueil. Les nouveaux logements se situent sur trois sites distincts : deux à Auxerre et un à Monéteau. Le relogement de ces familles d’anciens voyageurs sédentarisés amorce un tournant dans la vie du territoire, dont il faut souligner l’importance. Il marque un temps fort de la politique de cohésion sociale menée par l’Agglomération”.

Mais comme le précisent certains témoignages de gens du voyage qui continuent à sillonner les routes, le problème est l’activité professionnelle. Malgré tout, une partie des gens du voyage souhaitent abandonner leur caravane ; pour plus de stabilité pour les enfants ou pour une continuité dans les soins des ainés. Grâce à un programme de logement adapté, ce fut le cas de 17 des 24 familles installées dans la communauté de l’Auxerrois.

*EPCI : Etablissement Public de Coopération Intercommunale

Camp de voyageurs roms a Perpignan. © Stephane Ferrer Yulianti.
Camp de voyageurs roms a Perpignan.

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