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Verra-t-on une Maison des femmes à Perpignan ? À l’hôpital, les soignantes continuent d’espérer

Le service Passer’Elle de l’hôpital de Perpignan, consacré au soin des femmes victimes de violences, ambitionne de devenir la première Maison des femmes des Pyrénées-Orientales. Une quête qui exige de remplir un cahier des charges strict, pour répondre à l’ensemble des besoins médicaux, sociaux et psychologiques des victimes.

Les pleurs d’un nourrisson passent à travers les murs de la salle de consultation. La patiente du service Passer’Elle n’a pas pu le faire garder pour son rendez-vous. « Cela arrive souvent lorsque nos patientes ont un bébé », explique Sandrine, sage-femme. Avec Pauline, elle travaille à temps partiel au sein de ce service de l’hôpital de Perpignan consacré au soin des femmes victimes de violences. Au rythme des allers-retours entre les services, une dizaine de professionnelles du médico-social œuvrent chaque jour à reconstruire ces victimes.

Le soin des victimes de violences s’organise à l’étroit

Un accueil, une salle de consultation, une salle d’attente et une salle de réunion qui sert aussi de consultation composent le service Passer’Elle. Si le service s’est élargi depuis sa création en 2017, il reste exigu pour l’ensemble des activités mises en place. « Parfois la psychologue doit faire ses consultations dans la salle d’attente. Les patientes attendent donc dans le couloir, explique Béatrice Koninck, gynécologue obstétricienne à l’origine du service. Depuis peu, on a une petite bouffée d’oxygène. On a récupéré un bureau quelques jours par semaine. Cela permet de mettre en place une permanence juridique avec une avocate. »

À chaque espace grappillé avec le temps, Passer’Elle élargit son offre de soins, avec un objectif en tête : obtenir l’agrément « Maison des femmes Restart ». Il en existe aujourd’hui une trentaine en France, encore loin de l’objectif d’une Maison des femmes dans chaque département porté par les anciens ministres Michel Barnier et Elisabeth Borne. Dans les Pyrénées-Orientales, elle pourrait naître du service Passer’Elle, à condition d’obtenir des moyens supplémentaires, et surtout, de l’espace. La médecin espère par exemple obtenir une salle pour faire des consultations gynécologiques directement au sein du service.

« Aujourd’hui, ce qui nous gêne, c’est de ne pas pouvoir proposer tout ce qu’on a comme outils pour que ces femmes puissent continuer d’avancer. »

Pour devenir Maison des femmes, Passer’Elle doit pousser les murs

Agrandir le service permettrait à Passer’Elle de compléter le cahier des charges des « Maisons des femmes Restart ». Sur le modèle de la « maison mère » créée à Saint-Denis en 2016, ces services hospitaliers reposent sur trois critères : un guichet unique pour coordonner l’ensemble de l’offre de soins, des accompagnements personnalisés pour chaque patiente et des ateliers « estime de soi » en complément de l’accompagnement médical.

Aujourd’hui, Passer’Elle peine à mettre en place ces ateliers. Pourtant, Fabienne, psychologue du service, constate le besoin. « Elles ne savent plus qui elles sont. Identitairement, elles sont broyées. » Travail sur la respiration, yoga, ces ateliers font partie des parcours de soins. C’est en tout cas ce qu’observent les Maisons des femmes déjà existantes dans leurs rapports d’activité. « Mais il faut de la place pour étaler des tapis par terre », regrette le Dr Koninck. Même chose pour élargir le nombre de participantes dans les groupes de parole.

Déjà essentiel, encore précaire, le service oscille dans un entre-deux

Un second point fait pour le moment défaut à Passer’Elle. Si les soins sont aujourd’hui complètement individualisés en fonction des patientes, ils ne sont pas organisés en parcours spécifique. Il s’agirait par exemple de mettre en place des accompagnements propres à une interruption volontaire de grossesse, à des violences physiques ou sexuelles ou encore à l’activité d’une travailleuse du sexe. Passer’Elle souhaiterait notamment pouvoir prendre en charge les femmes victimes d’excision. Aujourd’hui dans les Pyrénées-Orientales, les victimes de cette mutilation génitale doivent être suivies à Montpellier.

Comme la première Maison des femmes créée à Saint-Denis il y a 10 ans, Passer’Elle fait face aux difficultés de l’entre-deux. Le service est déjà constitué et porte le soin de ces victimes, mais il reste trop fragile pour passer à la vitesse supérieure. Dans son rapport de 2017 sur la structure de Saint-Denis, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) indique que la force de la Maison des femmes réside dans la réunion des compétences médicales, sociales et de coordination. Il ajoute cependant : celles-ci « sont parfois difficilement réunies, soit que les compétences soient rares, soit que les budgets contraints ne donnent pas de marge suffisante. »

Temps partiels, besoins permanents

À Perpignan, la quasi-totalité de l’équipe est à temps partiel. Seule Julia, secrétaire médicale qui coordonne le soin, est présente toute la semaine dans le service. Les deux sages-femmes y sont affiliées à 70 et 25 %. Le Dr Koninck partage son activité entre le pôle mère-enfant et Passer’Elle. Fabienne, psychologue, travaille officiellement à 40 % au sein du service. « Une psychologue à temps plein, ce ne serait pas de trop », sourit Béatrice Koninck. À cela s’ajoutent des prestations ponctuelles. Une psychologue libérale complète par exemple l’offre de soins.

Si Passer’Elle doit passer un cap pour obtenir l’agrément, devenir « Maisons des femmes Restart » permettrait alors une évolution cruciale pour le service. « Avec le financement de Restart, on pourra pérenniser Passer’Elle. C’est une association qui récolte des fonds. Un coup de pouce pour la première année, puis des aides pour se développer. C’est aussi une reconnaissance de notre travail. On intégrerait un groupe qui organise chaque année des colloques, pour se former en continu », revendique le Dr. Koninck.

Le centre hospitalier plaide pour une « évolution » de Passer’Elle

L’hôpital de Perpignan, encore peu enclin à parler de Maison des femmes, promet une « évolution en cours de négociation » du service. « Il y aura plus de patientes. Le service va évoluer pour pouvoir couvrir ce flux », déclare Amandine Clut, chargée de communication du Centre hospitalier. Pour Béatrice Koninck, le besoin est déjà là. « On ne manque pas de femmes. Et d’autres vont arriver. » Entre les lignes, l’équipe de Passer’Elle fait aussi part de son souhait de devenir un lieu d’accueil pour des femmes qui perdent parfois tout repère.

« On voudrait devenir un cocon, une vraie maison, confie Sandrine, sage-femme. Un lieu convivial où on pourrait partager des repas. Un endroit où on peut prendre soin d’elles. »

En Île-de-France, le déploiement de la Maison des femmes a débouché sur un centre d’hébergement pour les victimes. Dans les Pyrénées-Orientales, des associations telles que l’Apex proposent déjà cet accompagnement. Mais l’éclatement du suivi freine encore le rétablissement des victimes. Passer’Elle veut permettre le rapprochement des structures les unes des autres. Aujourd’hui, le service n’est plus qu’à quelques marches du statut de Maison des femmes des Pyrénées-Orientales. Il s’affirme déjà comme la clé de voûte du soin des femmes victimes de violences.

Contact Passer’elle : passerelle@ch-perpignan.fr – 04 68 61 70 22

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