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Construire la citoyenneté européenne : « Elle ne se substitue pas à la citoyenneté française, elle s’y ajoute »

Série – « Le mois de l’Europe ». Jusqu’au 31 mai, le Joli Mois de l’Europe sensibilise aux actions de l’Union européenne. Une façon de réaffirmer la citoyenneté européenne qui se construit tout au long de l’année, en particulier dans les établissements scolaires des Pyrénées-Orientales. Photo d’illustration © Sue Winston – Unsplash

« L’identité européenne n’existe pas. » Carla Muti, maire RN récemment élu à Canohès justifiait ainsi le retrait du drapeau européen du fronton de sa mairie en mars dernier. « Nous sommes avant tout en France et notre identité est française et catalane-roussillonnaise », ajoute-t-elle. Or sur ce point le droit est clair : un citoyen français est un citoyen européen. C’est l’article 9 du traité sur l’Union européenne qui l’assure depuis 1992.

Une citoyenneté de « superposition »

La France a La Marseillaise, le 14 juillet et le bleu-blanc-rouge, l’Union européenne a l’Ode à la joie, le 9 mai et les 12 étoiles dorées. « La citoyenneté européenne ne se substitue pas à la citoyenneté française, elle vient s’y ajouter », déclare Claire Sarda-Vergès, directrice de l’Agence de développement rural Europe et territoires (ADRET). Ce statut permet notamment de voter aux élections européennes mais aussi aux élections municipales dans un pays étranger où l’on réside, voire d’y être élu conseiller municipal. Pourtant, peu sont ceux à faire valoir ces droits. Au niveau des élections européennes, si la participation a connu une hausse lors du dernier suffrage de 2024, elles brillent régulièrement par une forte abstention. Jusqu’à près de 60% en 2009.

Enseigner une culture européenne

Philippe Pereira est professeur d’histoire-géographie et d’éducation civique au lycée . « La citoyenneté c’est la conscience de la société dans laquelle on vit, de nos devoirs, et de la nécessité d’agir dans la démocratie. Or, les enfants ont bien plus conscience d’être français qu’européens. » Pourtant, le lycée met en place un enseignement de la culture européenne : des chapitres sont dédiés à ses institutions, la spécialité « géopolitique » du bac aborde les questions des frontières européennes, de sa démocratie représentative ou encore de la coopération européenne en matière de cyberdéfense. « Pour le reste, cela reste assez flou, indique Phillipe Pereira. Ce n’est pas au cœur des choses. » Le professeur prône une histoire enseignée du point de vue européen.

« C’est difficile de se sentir européen si on a pas une vision européenne de l’histoire. »

En ce sens, il cite le nouveau programme qui aborde la Première Guerre mondiale sous l’angle « Le ‘suicide de l’Europe’ et de la fin des Empires européens. » Pour lui, il s’agit de sortir d’une vision nationale de l’évènement. « Avant cela, on abordait la guerre avec un regard franco-français. Les gentils contre les méchants. » De manière générale, l’apprentissage de la culture européenne est distillé dans les programmes, de l’éducation physique et sportive aux mathématiques en passant par les arts plastiques et les langues. S’ajoutent aussi les « classes européennes » qui proposent notamment un enseignement bilingue, souvent en anglais ou espagnol.

Erasmus : la mobilité concrétise l’appartenance européenne

L’enjeu devient alors de rendre tangible cette citoyenneté européenne. Et cela passe surtout par la mobilité. Au lycée Aristide Maillol, les élèves expérimentent le droit de circuler et séjourner dans les territoire des autres pays membres. Le programme Erasmus+ a permis cette année à des étudiants de rencontrer des jeunes du même âge venus du Portugal, de Suède ou encore d’Italie.

« En ce moment même, certains de nos élèves sont en Suède et en Italie, raconte Sodara Kim, professeur d’anglais au lycée Aristide Maillol. Il y a quelques semaines, c’est nous qui les avons accueillis. On a animé un concours de débats citoyens. On apporte comme cela notre petite pierre à l’édifice de la conscientisation européenne. Quand on a croqué à de l’Erasmus dans son parcours scolaire, la petite graine est plantée. »

La programme Erasmus+ financé par la Commission européenne traverse aujourd’hui les formations du primaire au secondaire en passant par l’apprentissage professionnel et n’est plus réservé à l’université. S’y ajoute le Corps européen de solidarité qui permet à des jeunes de 18 à 30 ans, sans condition de diplômes, de partir dans un pays membre pour s’engager dans un projet solidaire, sur le modèle du service civique en France. Pour Sodara Kim, c’est la clé d’une conscientisation européenne. « La mise en œuvre est pragmatique. Ces échanges renvoient les élèves à leur mémoire européenne, à ce qu’ils ont vécu dans leur vie personnelle. »

Et s’il aimerait qu’elle soit plus nette, Philippe Pereira voit bien une évolution dans le comportement des plus jeunes. « Une élève allemande passe l’année au lycée. Et c’est évident pour tout le monde qu’elle soit en classe. Il y a encore deux générations, ce n’était pas possible. »

L’Union européenne se construit avec ses citoyens

Cette construction de la citoyenneté européenne n’est pas superflue. Pour Claire Sarda-Vergès, elle permet de faire vivre la démocratie européenne. « On entend souvent que c’est la Commission européenne qui impose les textes. Mais ils sont votés par nos représentants à travers le Parlement européen et les ministres qui siègent au Conseil des ministres. Il y a aussi régulièrement des consultations grâce auxquelles les citoyens peuvent s’exprimer. » Droit de pétition, d’initiative citoyenne, de recours à un médiateur européen… Tous permettent de dialoguer avec les institutions européennes et de prendre part à leurs décisions.

« Il n’y a pas d’opposition », conclut Philippe Pereira. Française, européenne, roussillonnaise et catalane, les identités, qu’elles soient culturelles ou citoyennes, semblent bien se superposer sans se nier.

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