Le collectif de collage Les Gisèles 66 a réagi à un mail envoyé par la direction du lycée François Arago aux parents d’élèves. Celui-ci détaille des consignes de tenues vestimentaires en vue des beaux jours. Pour le collectif, comme pour certains parents d’élèves, le lycée vise en particulier les filles. Photo © Les Gisèles 66
La question revient chaque année avec le soleil. Les tenues s’allègent et certains établissements serrent la vis, souvent en s’attardant sur les vêtements des jeunes femmes. À la veille des vacances de printemps qui ont pris fin ce lundi 4 mai, les parents d’élèves du lycée Arago ont reçu un mail de la direction précisant que pour la fin d’année « une vigilance particulière sera portée au respect d’une tenue vestimentaire adaptée au cadre scolaire. » Le mail poursuit : tout élève portant une tenue « inappropriée » ne pourra pas accéder au lycée.
Des vêtements qui ne sont « pas propices à la concentration » selon le lycée
Reste à définir ces tenues : « crop-top », « shorts excessivement courts », « dos nus » et « tongs » sont proscrits. Des vêtements qui, selon la direction, ne sont pas « propices à la concentration, ni à l’engagement dans le travail scolaire. » C’est ce point qui alerte une parent d’élève. Selon elle, l’établissement cible majoritairement les lycéennes. « Ce type de message renvoie à une logique de contrôle du corps des adolescentes plutôt qu’à une véritable exigence de cadre scolaire partagé, répond-elle au lycée. Cela alimente une lecture sexiste et culpabilisante, alors que l’école devrait au contraire transmettre des principes d’égalité, de respect mutuel et de lutte contre les stéréotypes. »
Le collectif Gisèle 66 l’interprète de la même manière. Dans un post Instagram, il révèle un collage réalisé devant le lycée : « Arago, touche pas à nos gos, éduque tes gadjos ! » Une reprise du slogan féministe « Protégez nos filles, éduquez vos fils. » Selon les membres du collectif anonyme :
« Les vêtements visés par le mail de la direction sont, dans les faits, majoritairement portés par des jeunes filles. Cela renvoie une fois de plus à une logique où la responsabilité est déplacée sur elles, y compris lorsqu’elles sont victimes. Nous avons voulu dénoncer cette approche : la tenue vestimentaire ne constitue pas un obstacle à l’apprentissage. »
De son côté, le lycée assure n’avoir voulu engendrer aucune discrimination. La proviseure regrette « une formulation ayant pu être ressentie comme inadéquate. » Elle ajoute : « Le rappel portait sur des règles de tenue applicables à toutes et à tous, sans distinction de genre : les shorts très courts, dos nus, crop tops ou les torses découverts, les tongs… concernent aussi bien des garçons que des filles. (…) L’intention était de garantir un cadre propice au travail et au respect mutuel, et non de stigmatiser un genre. »
Tenue vestimentaire à l’école : que dit la loi ?
Outre le port de signes religieux ou de vêtements dissimulant le visage, une circulaire du 1er août 2011 indique que le règlement intérieur peut interdire le « port de tenue incompatible avec certains enseignements, susceptible de mettre en cause la sécurité des personnes ou les règles d’hygiène ou encore d’entraîner des troubles de fonctionnement dans l’établissement. »
En 2021, une seconde circulaire précise « que les règles de vie scolaire, en particulier celles relatives aux tenues vestimentaires, ne font pas l’objet de consignes différenciées selon le genre. » Sur la fine brèche de la loi, l’interdiction de vêtements majoritairement féminins est-elle sexiste ? Le débat agite, comme chaque année, au croisement des questions de genre, d’éducation et d’égalité.
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