Article mis à jour le 5 novembre 2026 à 18:12
Ce jeudi 5 novembre, plusieurs milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Perpignan. Retraités, lycéens, étudiants, travailleurs, syndicats, bénévoles… Tous ont répondu à l’appel des organisations pour une mobilisation intersyndicale. Made In Perpignan vous propose de découvrir le portrait de plusieurs d’entre eux.
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La manifestation s’est élancée à 10h45 au départ de la place de Catalogne. Quelques minutes avant son départ, le cortège a été rejoint par une cinquantaine de cheminots provenant de la Gare. Puis, c’est au tour des lycéens de venir gonfler les rangs. Les jeunes sont arrivés en donnant de la voix, scandant notamment et devenu le slogan classique « Siamo Tutti Antifascisti ».
« Il nous reste 200 euros pour finir le mois »
La foule peut enfin déambuler dans les rues de Perpignan. Fumigènes, klaxon, tambour… La bonne humeur est au rendez-vous. Dans le cortège, Ange se distingue avec son chapeau vissé sur la tête et un drapeau tricolore à la main. À tout juste 30 ans, il a travaillé plusieurs années dans un orchestre, avant de devoir se réorienter face aux coupes budgétaires dans le secteur culturel. « Certes, je faisais un métier passion, mais il faut bien manger à un moment. J’ai trouvé un CDD dans un parc animalier, mais ils n’ont pas souhaité le transformer en CDI. Je suis donc actuellement à la recherche d’un emploi », explique le manifestant.

Batteur de profession, il vit avec sa compagne, qui vient tout juste de terminer son master en archéologie. Tous les deux vivent sous le seuil de pauvreté. Mais depuis ce début d’année scolaire, la situation devient de plus en plus compliquée.
« Je perçois 740 euros de chômage et c’est à peu près tout. Nous sommes passés de 200 à 50 euros d’APL depuis que ma compagne n’est plus étudiante. Une fois le loyer payé, il nous reste 200 euros pour finir le mois. Heureusement, nous sommes aidés par la famille parce qu’on ne pourrait pas se nourrir correctement. Il y en a qui nous disent qu’il faut aller bosser. Mais moi, je ne demande que ça », affirme Ange.
L’essence est aussi devenue un problème pour le trentenaire. « J’ai fait du covoiturage pour venir à la manifestation parce que sinon je ne peux pas, l’essence est devenue trop chère. Puis il y a aussi le contrôle technique qui arrive, j’ai des choses à refaire sur ma voiture mais financièrement, c’est impossible ».
« Je dois me serrer la ceinture »
La manifestation suit son cours, toujours dans la bonne ambiance. Plusieurs slogans sont lancés par les lycéens puis repris par les plus anciens. Plusieurs pancartes sont aussi présentes dans le cortège. Céline, quadragénaire, en tient une. Il y est inscrit « révolution ». Cette conductrice de bus manifeste pour soutenir « la grève nationale et les jeunes des lycées car l’avenir n’est pas rose ». Avec 1 000 euros de salaire en temps partiel, la manifestante arrive à s’en sortir même si elle avoue devoir se « serrer la ceinture pour finir le mois ».

La quadragénaire se dit choquée et horrifiée par les images de jeunes qui « se font taper par la police ». Si elle condamne toute forme de violence, elle dénonce également les violences policières à l’encontre de manifestants qui « n’ont rien fait et manifestent pacifiquement ».
« Je dépense 90 euros pour les mêmes produits qui me coûtaient 60 euros »
Un avis partagé par Rita. Cette formatrice dans une association d’éducation populaire estime être plus en sécurité lors de manifestations organisées par les syndicats. « Je ne suis pas descendue dans la rue le 17 octobre car je savais qu’il allait y avoir de la violence, des deux côtés ». Cette quinquagénaire, qui a un frère dans la police, affirme que ce dernier ne veut plus être en poste lors des manifestations.
« Il pose sa journée ou il va manifester. Il me l’a dit concrètement, il ne peut pas taper sur des jeunes, ce n’est pas possible pour lui ».
La manifestante est aussi venue pour protester contre la vie chère. « Il y a 3 ou 4 ans, je vivais bien mais maintenant je fais attention à chaque dépense, pourtant j’ai le même salaire. Je gagne 2 200 euros, je vis toute seule et ça devient quand même compliqué. Les courses coûtent aussi de plus en plus cher. Je dépense 90 euros pour les mêmes produits qui me coûtaient 60 euros il y a 3 ans ».
« Nous allons être obligés de resserrer notre train de vie »
Quelques mètres plus loin, Marie* et Jean-Jacques sont venus manifester ensemble. Les deux retraités, âgés respectivement de 67 et 75 ans, étaient également présents le 17 octobre dans la rue. Avec un revenu total de 2 200 euros, ces derniers se sentent privilégiés par rapport à d’autres personnes.

« Nous sommes conscients d’être des nantis par rapport à d’autres. Mais, malgré l’argent que nous avions mis de côté, nous allons être obligés de resserrer notre train de vie. Notre voiture est sur le point de nous lâcher et nous ne pouvons pas la remplacer. On répare, on répare jusqu’au moment où… on ne pourra plus ».
« C’est la survie »
Lorsque la précarité s’ajoute à une santé mentale déjà fragilisée, le quotidien devient encore plus difficile. C’est la situation de Maxime, 21 ans, qui a dû interrompre ses études après trois années à l’université de Perpignan, malgré ses efforts pour concilier études et travail dans la restauration. En cause, une dépression : « Je n’arrivais plus à sortir de chez moi, je n’arrivais plus à sortir de mon lit. » Il dénonce également des conditions d’études déplorables.
Sa situation financière est tout aussi difficile. Avec 600 euros de chômage par mois et 400 euros de charges fixes, Maxime n’a que 200 euros pour finir le mois. Sa mère, en situation de handicap et aidée par certaines associations, lui apporte un soutien alimentaire : « Je varie entre pâtes, riz, pâtes, riz… C’est la survie. Et c’est la même chose pour m’habiller. Ça fait deux ans que je n’ai pas acheté un seul vêtement ».
Les manifestations représentent pour lui un moyen de défendre ses droits, mais aussi une source de réconfort : « Ça fait des merveilles pour ma santé mentale de sortir et de voir tout le monde qui revendique son droit fondamental de manifester. »
« Nous avons des craintes pour l’avenir de nos enfants »
Arrivé devant le Castillet, l’ambiance du cortège est toujours au beau fixe. Certains manifestants ont fait le déplacement en famille, comme Gervain et son épouse, venus avec leurs deux enfants. Compteur de profession, le sexagénaire gagne 1 400 euros par mois, comme sa compagne. La famille est venue manifester « contre cet État, mais aussi pour soutenir les lycéens. Les choses se dégradent de plus en plus et nous avons des craintes pour l’avenir de nos enfants avec l’état du monde, le réchauffement climatique, la dégradation des services publics… », déplore Gervain.

Malgré les images de violences diffusées en boucle sur plusieurs chaînes d’information et le climat anxiogène qui les accompagne, Gervain tient à emmener ses enfants manifester. « On essaie de toujours les faire venir, mais ce n’est pas toujours possible. Une fois, à Prades, on s’est fait gazer par la police et les enfants en ont gardé un mauvais souvenir. Mais on veut qu’ils sachent qu’ils peuvent manifester pour défendre leurs droits. »
*Prénom d’emprunt
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