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Naître dans les Pyrénées-Orientales : va-t-on laisser tomber parents et nourrissons ?

bébé

Jeudi 21 mai se tiendra à Perpignan la table ronde « Naître dans les Pyrénées-Orientales » qui évoquera la dégradation de la maternité et de la périnatalité en France et dans notre département. Une question éminemment politique qui touche à la jeunesse de demain. Photo de une © Hollie Santos – Unsplash

La table ronde croisera plusieurs regards autour de la maternité, avec le soutien du collectif Droits des Femmes 66 et le syndicat CGT CD 66. Sébastien Leurquin, journaliste à Made in Perpignan, et Anthony Cortes, journaliste à l’Humanité, évoqueront le travail réalisé pour leur ouvrage « 4,1, Le scandale des accouchements en France » qui a abouti à l’adoption d’une proposition de loi à l’Assemblée nationale. Cette loi est en attente d’un examen au Sénat.

Moins de maternités, plus de trajets

« La mortalité infantile augmente, explique Anthony Cortes. Mais il y a d’autres indicateurs qui se dégradent, autour de la grossesse, de l’accouchement, de la dépression post-partum. La première cause de mortalité maternelle en France est le suicide. » Les auteurs de l’ouvrage pointent des politiques de prévention non seulement insuffisantes, mais qui se dégradent. 60 % des évènements indésirables graves et susceptibles d’occasionner la mort du bébé ou de la maman lors de l’accouchement sont jugés évitables.

« La machine du système de soin est en surchauffe, et produit des drames en cascade, indique le journaliste. La France qui était en top 3 au début des années 2000 est aujourd’hui 23e sur 27 dans les classements européens sur la mortalité infantile. »

La conférence mettra en exergue ce paradoxe entre la volonté d’un réarmement démographique affichée par Emmanuel Macron et la fermeture de maternités. Dans les Pyrénées-Orientales il ne reste que l’hôpital et une maternité privée, les deux sur la même ville, avec un choix limité selon les places prises par les grossesses à risque. Et surtout un problème de distance. « Quand on habite à Prats-de-Mollo, à Saint-Laurent-de-Cerdans, dans le Conflent… on a une heure ou une heure et demie pour aller à la maternité. Aujourd’hui il y a un angle mort, les autorités ne mesurent pas l’impact de l’augmentation continue des distances pour accoucher. »

Priorités budgétaires : et si le parent pauvre était l’enfant ?

Si tout n’est pas repeint en noir, avec des prises de conscience qui débutent enfin, on est encore loin d’inverser la dégradation des prises en charge. Sandrine Granié, sage-femme dans une PMI (Centre de protection maternelle et infantile) des Pyrénées-Orientales, prendra la parole lors de la table ronde. Elle est aux premières loges pour constater les difficultés, dans ces centres considérés à tort comme destinés seulement aux plus précaires alors qu’ils sont ouverts à tous.

« La problématique de désert médical est très importante dans notre département et ça devient difficile pour les enfants parce qu’il n’y a pas beaucoup de pédiatres. »

Les PMI se mobilisent depuis 2023 pour réclamer davantage de moyens. Pour Sandrine Granié, les outils de prévention sont parfois sacrifiés en faveur du curatif, comme la protection de l’enfance. Alors que davantage de prévention permettrait justement d’éviter des placements d’enfant en accompagnant des parents en difficulté. Le lien entre précarité et mortalité infantile est avéré d’après plusieurs études. Dans les Pyrénées-Orientales, cette précarité est prégnante. « Il y a une grosse augmentation de la dépression postnatale. Nous pouvons orienter les mamans qui ne vont pas bien, aller au domicile pour parler des pleurs, de l’alimentation, rassurer. » Si l’on trouve encore quelques puéricultrices, c’est le recrutement de pédiatres qui s’avère le plus difficile. Les visites médicales dans les écoles sont elles aussi impactées, certaines n’étant pas réalisées faute de personnel.

« Au travers de cette table ronde on aimerait une prise de conscience générale, et la création de réseaux autour des parents et futurs parents. »

La table ronde est ouverte à tous et l’entrée est libre dans la limite des places disponibles. Elle se tiendra ce jeudi 21 mai 2026 à 18h, à la librairie Torcatis, 10 rue Mailly à Perpignan.

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