Article mis à jour le 5 février 2026 à 10:04
Il a été érigé principal opposant à Louis Aliot, il est aujourd’hui le candidat de la droite et du centre. Redorer l’image de la ville et recréer un sentiment de fierté chez ses habitants figurent parmi les axes clés de Bruno Nougayrède. Au programme de cet entretien : sécurité, emploi, lutte contre la précarité, ou encore un « plan ombre » inspiré de l’Andalousie pour faire face aux pics de chaleur, mais aussi le bilan du maire sortant.
Fin janvier 2026, nous avons réalisé le premier épisode de nos « grands entretiens » politiques. Nous avons convié tous les candidats actuellement en lice pour les élections qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains. Retrouvez l’ensemble de cet entretien en vidéo en fin d’article.
Il a 47 ans et est né en Bretagne. Bruno Nougayrède est installé à Perpignan depuis une vingtaine d’année et y a construit sa vie personnelle, familiale et professionnelle. Ingénieur de formation, aujourd’hui chef d’entreprise, il s’est engagé en politique en 2009, lors d’une élection municipale partielle. Et en 2020, il est élu conseiller municipal sur la liste de l’ancien maire Jean-Marc Pujol. Au fil du mandat, il devient l’un des principaux opposants au maire sortant, Louis Aliot, au sein du conseil municipal. En novembre 2025, Bruno Nougayrède officialise sa candidature à la tête de la liste 100% Perpignan.
Vous êtes soutenu par Les Républicains de Bruno Retailleau, Renaissance de Gabriel Attal, Horizons d’Edouard Philippe, le Modem de François Bayrou, l’UDI ou Oui au Pays Catalan. Pourquoi cette volonté de collectionner les étiquettes ?
Je ne cherche pas à collectionner les étiquettes. Un maire doit rassembler au-delà de son camp, faire travailler ensemble des gens qui n’avaient pas prévu de le faire. J’ai réuni des élus de droite et du centre, mais aussi des personnalités de la société civile, avec un point commun : l’attachement à Perpignan.
Quelle convergence entre toutes ces formations politiques ? Quelle serait la ligne politique de votre majorité ?
J’ai pris l’engagement de ne pas faire de politique nationale, de ne me présenter qu’à une seule élection : cette élection municipale et communautaire de Perpignan. À partir de là, j’ai voulu rassembler des figures de la droite et du centre, des personnes non encartées, derrière un programme, derrière un projet pour construire l’avenir de Perpignan.
Sur la ligne, je crois que la politique est surtout celle du bon sens, qui s’intéresse aux réalités concrètes des habitants : sécurité, emploi, proximité, santé… Là-dessus, nous mènerons une politique au service des Perpignanais, avec une gestion rigoureuse de l’argent public. Car si vous n’avez pas la maîtrise de la dépense publique, vous n’avez pas les moyens d’investir. Or, aujourd’hui, Perpignan est en retard.
Durant tout le mandat, Louis Aliot vous a adoubé comme son principal opposant, mais qu’est-ce qui vous distingue de lui ?
Je ne crois pas être fait du même bois. Je crois au service d’une ville avant l’ambition personnelle. Pour moi, Perpignan n’est pas un tremplin politique. Sur le fond, les années d’opposition au conseil municipal ont montré nos différences.
Sur la gestion financière, les dépenses de fonctionnement ont explosé pendant ce mandat. La taxe foncière a été augmentée de quasiment 20%. La gestion de l’argent public n’est pas au cœur du projet municipal actuel. Idem pour la proximité. Je crois à un maire présent. Or, ici, le maire n’assure pas de permanence pour que les Perpignanais puissent le rencontrer. C’est contraire à mon ADN de chef d’entreprise et d’élu.

Pourtant, le sondage de l’Ifop pour le journal L’Indépendant vous place très loin derrière le maire sortant avec, selon les configurations entre 12% et 15,5% des intentions de vote. Ce retard est-il rattrapable ?
C’était un sondage du début de campagne, surtout basé sur la notoriété, qui ne tenait pas compte du fait que j’avais rassemblé l’ensemble des soutiens de la droite et du centre. Il faut se souvenir qu’en 2020, sur ce même espace politique, il y avait cinq listes, et une seule aujourd’hui. En début de campagne, nous mesurons la droite et le centre autour de 20%, c’est une base sur laquelle nous construisons.
Le maire sortant à aussi des avantages : avoir labouré le terrain, avoir été présent, et disposer des moyens de communication de la ville pendant son mandat. Et puis, on ne va pas mentir, le contexte national est également favorable au Rassemblement national.
Bruno Nougayrede, Le Canard enchainé vous a épinglé pour des propos homophobes et qui semblaient remettre en question la loi Veil sur l’IVG. Qu’en est-il de cette étiquette de réac ou conservateur qui vous colle à la peau ?
Le Canard Enchaîné a sorti des textes que j’avais écrits quand j’avais une vingtaine d’années, dans une revue catholique qui suivait une ligne éditoriale. Nous étions dix ans avant la loi Taubira sur le mariage pour tous. J’ai changé, évolué sur un certain nombre de sujets.
Aujourd’hui, il est évident que je n’écrirais pas cela. J’assume et je regrette. Je crois que tout mon engagement public montre qu’avant tout, je suis au service de la population. Ce qui compte, c’est de servir les Perpignanaises et les Perpignanais, sans distinction.
Perpignan compte 354 caméras de vidéosurveillance et 200 policiers municipaux, malgré cela, les chiffres de la criminalité augmentent. Vous maire, que feriez-vous différemment ?
Ce que l’on entend, c’est à la fois une perception de l’insécurité et une perception d’une certaine impunité. Il y a un angle mort dans la politique publique appliquée à Perpignan : celui des caméras. Je crois que chaque rue doit être couverte par un dispositif de vidéoprotection. Et il y a de nouveaux outils, avec l’intelligence artificielle, testés lors des Jeux olympiques de Paris. Ils permettent d’avertir un agent d’une situation anormale. Ces dispositifs sont en test et seront utilisables rapidement.
Pourtant à Perpignan, certains trafics se tiennent en dessous des caméras
Oui, sur le deal, on sait très bien que le maire d’une ville n’a pas tous les pouvoirs. Mais je pense qu’un maire peut agir au quotidien. Sur la question du deal, il y a aussi celle des consommateurs, qui sont d’abord des personnes malades. Ils ont besoin de soins. Alors que met-on en place pour prévenir, guérir, soigner l’addiction ?
Les caméras peuvent avoir un rôle dans l’approvisionnement des points de deal. Parce qu’à un moment, ces points de deal doivent être approvisionnés. Le maillage des caméras de la ville peut aider. Il faut aussi installer à l’entrée de la ville des lecteurs optiques de plaques d’immatriculation, qui faciliteront les enquêtes et l’identification d’un certain nombre de réseaux.
Au-delà du trafic de stupéfiants et de la violence qu’il engendre, une grande partie des violences est aussi intrafamiliale. Quelles sont vos propositions clés sur le sujet ?
À Perpignan, nous avons clairement un problème de misère sociale. Depuis que je suis élu, j’ai rencontré beaucoup de Perpignanaises et de Perpignanais et constaté l’extrême misère. Il y a donc un vrai travail de prévention des violences intrafamiliales à mener. Il faut une véritable maison d’accueil des femmes pour donner à chaque femme en situation de violence la possibilité de s’en sortir, et de sortir les enfants de cet enfer-là.
Mais il y a aussi un travail d’éducation vis-à-vis des parents. Une directrice d’école de Perpignan me disait que 80% des gamins de son école n’entendaient pas parler de l’école à la maison. En gros, l’école n’est qu’une parenthèse dans leur vie. Il faut faire ce travail social à côté des écoles, auprès des parents, et sensibiliser à l’importance de l’école, de l’éducation et de certains principes. Très concrètement, il faut rapprocher l’action sociale de l’école. Aujourd’hui, celle-ci est concentrée dans les maisons de jeunes, les maisons de quartier. Or il y a une demande du monde éducatif, qui se sent désemparé. Un gamin dont on s’occupe, c’est un gamin qui tournera mieux.

La précarité est aussi une forme de violence. En 2024, plus d’un tiers des Perpignanais et des Perpignanaises vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Comment faire baisser ce chiffre qui a explosé en 15 ans ?
Il n’y a pas de recette miracle, mais il faut que la cause de l’emploi devienne départementale. Le problème, c’est des chefs d’entreprise qui ne parviennent pas à recruter d’un côté, et des gens qui ne trouvent pas d’emploi de l’autre. La vraie question, c’est la stratégie pour mettre en adéquation les formations. Il y a une difficulté avec beaucoup de jeunes qui se lancent dans des études sans débouchés réels, et, en parallèle, des besoins en formations pointues pour un certain nombre d’entreprises.
Est-ce vraiment de la compétence de la mairie ?
Le maire n’est évidemment pas là pour tout résoudre, mais il doit créer le climat qui permettra aux acteurs de s’unir ensemble pour trouver des solutions. La ville de Perpignan peut développer un véritable campus d’excellence par les infrastructures qu’elle met à disposition, les transports, les infrastructures énergétiques qui permettront à des entreprises de s’installer, car elles y trouveront un avantage concurrentiel. Pourquoi une entreprise viendrait à Perpignan plus qu’ailleurs ? Elle doit y trouver un intérêt. C’est à la ville de créer ce climat favorable. Pour moi, il y a l’éducation d’une part, et d’autre part la capacité de rentrer dans l’emploi.
Quid du développement économique, une compétence de la communauté urbaine ? Si vous êtes maire de Perpignan serez-vous aussi candidat à Perpignan Méditerranée Métropole ?
Très clairement, il faut que le maire de Perpignan soit aussi le président de la communauté urbaine. Car quand les Perpignanaises et les Perpignanais posent une question, c’est insupportable de répondre : “ce n’est pas nous, c’est l’Agglo”. Dans ce département, nous avons la particularité d’avoir un seul cœur battant avec la ville de Perpignan. Il y a donc une dépendance entre tout le département et le développement de Perpignan. Le développement économique est certes une compétence de PMM, mais la ville en est le principal financier.
Quelles sont vos idées pour redynamiser le centre-ville de Perpignan ?
Il faut prendre le problème à l’endroit : le premier axe est de ramener des habitants à Perpignan. Nous sommes dans une ville où, dès que vous avez un peu de moyens, vous cherchez à quitter le centre-ville. Il faut inverser cette tendance. Pour cela, les habitants doivent être fiers de venir y habiter. Ensuite, il faut stopper le départ des professions libérales et notamment refuser l’extension de bureaux supplémentaires en périphérie. Si vous êtes avocat, vous devez vous installer place de la République, et pas dans une zone commerciale.
Je ne crois pas au cœur de ville comme centre commercial d’il y a 40 ou 50 ans. Aujourd’hui, la ville doit devenir un lieu de balade, de culture, de vie. La mairie a un rôle à jouer dans le réaménagement. Et l’un de mes projets est historico-culturel : des Jardins de la Mirande jusqu’au Campo Santo, vous avez une dizaine de monuments historiques. Il faut faire de ce parcours un lieu de vie, de culture, d’attrait pour les Perpignanais et pour les touristes.
Il y a aussi une réflexion à mener sur la piétonisation. Une étude de l’Ademe montre que le taux de vacance commerciale est de 14 ou 15% quand la voiture occupe une place importante en ville, contre 3 à 4% dans un hyper-centre réservé aux piétons.
Le candidat Insoumis Mickaël Idrac propose la gratuité des transports, quel est votre position à vous ?
Il faut tout d’abord des transports en commun qui fonctionnent bien. Aujourd’hui, ce n’est pas normal que si vous êtes porte d’Espagne et que vous voulez aller à l’hôpital, vous mettiez 40 minutes parce que le bus n’a pas de voie dédiée. Il y a une réflexion à mener sur le plan de circulation pour des transports efficaces à Perpignan. Avec les nouvelles technologies, on peut faire des voies réservées ou des feux verts quand le bus arrive.
Ensuite, si on parle de gratuité, on oublie que ce sont en réalité les entreprises qui payent via le versement mobilité. Et malheureusement, nous n’avons pas suffisamment d’entreprises. C’est une promesse démagogique. Il y a une étude de la Cour des comptes qui montre que la gratuité des transports n’induit aucun report modal.
Comment préparer Perpignan au climat de 2030 pour les écoles, la sécheresse, les îlots de chaleur ?
Il faut changer radicalement de modèle. On a quelques exemples, notamment avec les 420 mètres de l’avenue des Baléares qui ont été rénovés : ils ont coupé 50 arbres, mis des pistes cyclables sur les trottoirs et tout recouvert de bitume noir. C’est l’inverse de ce qu’il faudrait faire. Aujourd’hui, vous avez des exemples réussis comme à Séville, en Espagne, confrontée aussi à des problèmes de sécheresse et à des températures supérieures aux nôtres. Ils ont fait des « plans ombre » et repensé l’urbanisation.
Il y a aussi la question de l’acceptabilité : comment faire pour que la population perçoive que ces nouvelles règles sont bonnes pour elle ? Comment montrer que des travaux plus chers sont plus efficaces et rendent la vie plus agréable ? La construction d’un bâtiment, ou la rénovation d’une école, sont le cœur de l’action municipale.

Sur le sujet de la rénovation urbaine, quelles propositions pour le quartier Saint-Jacques ?
Aujourd’hui, je vois bien qu’on dépense des millions d’euros pour transformer Saint-Jacques en un vaste champ de logements sociaux. C’est bien, mais pas quand on les concentre dans le quartier le plus pauvre de France. Le vrai sujet, c’est la mixité sociale. Je n’ai aucun problème avec le mot gentrification : il faut œuvrer pour qu’il y ait plus de propriétaires occupants à Saint-Jacques, qui prendront soin du quartier parce que c’est chez eux. À Perpignan, en matière de rénovation, il y a une réussite dans le quartier de la gare.
La ville a participé en rachetant des bâtiments, en investissant et en revendant à de futurs propriétaires occupants avec des règles strictes de rénovation. Ces gens-là se sont emparés de leur quartier. Il n’y a pas de fatalité à Saint-Jacques, mais croire qu’on va tout résoudre en construisant du logement social avec de l’argent magique, c’est une illusion. Et depuis 30 ans, cette politique est un échec.
Vous reprochez à Louis Aliot de ne pas être un maire à 100%. Si vous êtes élu, serez-vous maire à temps plein ?
Dans mon entreprise, j’ai trois directeurs adjoints qui ont des qualités plus grandes que les miennes. Alors oui, le jour où je serai maire, je ferai une parenthèse dans ma vie professionnelle. Et cette parenthèse, je ne l’ouvrirai pas pour 40 ans. Je n’ai pas vocation à être homme politique à vie.
Dans le cadre de notre projet « Perpignan Stories », Kylian (18 ans) vous pose cette question : « Perpignan a une mauvaise image, que proposez-vous pour l’améliorer ? »
Je rejoins Kylian, Perpignan a une mauvaise image. Lors de la consultation que nous avons conduite avec 100% Perpignan, il est ressorti que les Perpignanais et les Perpignanaises n’étaient pas fiers de leur ville. Nous avons une chance de vivre dans une belle ville : le maire doit contribuer à changer son image en offrant le maximum de services, en développant une rénovation urbaine de qualité.
Il faut que les Perpignanais disent : “Waouw, ce cœur de ville n’est pas celui que je connaissais il y a 10 ou 15 ans”. Et cet effet “waouw” va se développer aussi sur les réseaux sociaux. J’aimerais que Perpignan brille, mais la différence entre le maire actuel et moi, c’est que je ne crois pas que ce soient des slogans ni la communication qui fassent briller une ville. Je crois que c’est la réalité du travail sur le terrain et une question d’investissement politique du maire.
Le maire sortant RN et le candidat insoumis cherchent à nationaliser cette élection, qu’en pensez-vous ?
Je cherche tout l’inverse. Je ne prétends pas faire de politique nationale. J’ai mes idées sur un certain nombre de sujets, mais je ne crois pas que ce soit aujourd’hui la préoccupation des habitants. Je crois à de bonnes solutions locales, à un investissement local. Il n’y a pas de recettes miracles portées par un national en crise.
Le Rassemblement national ou LFI donnent un triste spectacle à l’Assemblée nationale. Ils sont sans cesse dans des querelles d’appareils, de logique de pouvoir. Et tous sont obsédés par l’élection présidentielle. Moi, ça ne m’intéresse pas. Durant six ans, le maire a eu une posture nationale. Rappelez-vous : avant le premier tour des municipales de 2020, il avait promis qu’il allait renverser la table, que grâce à sa médiatisation, Perpignan “allait voir ce qu’elle allait voir”. Le bilan est bien différent. Et aujourd’hui, il est plutôt planqué sous la table.
Sincèrement, pourquoi voulez-vous être maire de Perpignan ?
Je me suis longuement posé cette question parce que j’ai la chance de vivre dans un certain confort, d’avoir un métier qui me plaît, et une vie correcte. J’ai rencontré énormément de misère, de personnes en difficulté, de l’angoisse chez beaucoup d’habitants. Et depuis que je suis élu, ça m’a donné l’énergie et la force pour pouvoir les servir.
C’est peut-être un peu naïf, mais je crois à des personnes qui s’engagent pour servir, apporter ce qu’ils ont au fond d’eux pendant quelques années et participer au bien commun. Je vois Perpignan comme un lieu de service exigeant. Et la plus grande vertu qu’on demande à un candidat, c’est l’humilité. Parce que vous pouvez avoir les plus grandes idées possibles sur tous les sujets : quand vous êtes confronté au réel, il vous rattrape. Il faut être capable d’humilité pour se remettre en question, et se mettre au service des populations.
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