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Pour réaffirmer ses valeurs, l’Union européenne lance une vaste campagne de communication et cible Perpignan

Souvent vilipendée, l’Union européenne entame un virage en matière de communication. Dans un contexte de pression sur les valeurs démocratiques, l’instance choisit de répondre en affichant les libertés que l’Etat de droit rend possibles au quotidien. Des messages en faveur de la liberté d’expression, de la presse et de la science sont affichés dans des lieux stratégiques de la ville.

Elle est devenue le punching-ball sur lequel tout le monde tape. Trop technocratique pour les uns, trop éloignée du quotidien pour les autres… Souvent touchée, l’Union européenne (UE) n’en est pas pour autant coulée. Au contraire, elle entend désormais réaffirmer les valeurs qui l’animent. C’est le sens de la vaste campagne d’affichage « Protégeons ce qui compte – La démocratie », qui doit durer jusqu’au 31 mai. Perpignan, dirigée par le Rassemblement national depuis l’élection de Louis Aliot en 2020, fait partie des villes ciblées. 

L’UE prône la défense de l’Etat de droit et s’adresse directement aux électeurs

L’objectif affiché est simple et consiste à rappeler que la démocratie européenne ne se résume pas à des institutions lointaines ou des textes complexes. Mais bien par des libertés très concrètes : lire une presse libre, débattre entre amis, consulter des informations en ligne, faire confiance à une recherche scientifique indépendante ou voter à différentes élections. « L’État de droit est une valeur fondamentale de l’UE, qui garantit que les lois sont appliquées de manière uniforme dans tous les États membres », détaille la campagne. 

Des valeurs aujourd’hui mises à l’épreuve. « Les principes démocratiques sont de plus en plus sous pression. Mais ensemble, nous pouvons inverser la tendance », est-il écrit. L’Union européenne explique également intensifier ses efforts pour mieux protéger ses citoyens. « Grâce à des initiatives telles que le bouclier européen de la démocratie, l’UE s’emploie à défendre des élections libres et régulières, à soutenir les médias indépendants, à lutter contre l’ingérence étrangère et à renforcer les institutions démocratiques qui nous protègent tous ». 

La campagne s’adresse directement aux électeurs. « En votant aux élections locales, régionales, nationales et européennes, vous défendez vos idées et vos valeurs (…). Il est urgent de protéger la démocratie ». Et de « défendre ce qui compte pour les Européens : nos valeurs démocratiques, nos libertés et notre mode de vie ». 

« Il faut qu’on soit visible ! »

Pour Claire Sarda-Vergès, directrice de l’Agence de Développement Rural Europe et Territoires (ADRET) dans les Pyrénées-Orientales, cette campagne marque le réveil de l’UE, souvent passive face à la montée des extrêmes dans différents Etats membres.

« Il y a une prise de conscience. Il faut qu’on soit visible ! Je pense qu’on a perdu une bataille sur les réseaux sociaux, où les extrêmes ont pris la main et font de la communication. Et plus c’est gros, plus ça passe. Donc, à nous aussi d’être présents sur des campagnes comme celle-ci ». 

Selon elle, l’Union européenne doit désormais assumer une communication plus directe, notamment face à la montée des discours complotistes, des attaques contre la presse ou des offensives contre la science. « Sur ce point, par exemple, il faut que les gens réalisent ce que fait quelqu’un comme Donald Trump. Est-ce qu’ils veulent ça pour la France demain ? Je crois qu’il faut dire clairement les risques auxquels on s’expose ». Le président américain s’est illustré par des coupes budgétaires drastiques et une réécriture assumée de la réalité scientifique. 

Claire Sarda-Vergès se dit inquiète de voir que certaines catégories sociales sont désormais beaucoup moins « hermétiques » à ce type de discours. Elle fait notamment part de son incompréhension de voir des étudiants ayant bénéficié du programme Erasmus se montrer hostiles aux symboles européens. Depuis les dernières élections municipales, plusieurs élus RN ont multiplié les coups de communication en s’en prenant aux signes distinctifs de l’Union. Comme Carla Muti, maire de Canohès, dont la première mesure a été de décrocher le drapeau européen

Louis Aliot estime que « le message est bon »

Contacté, Louis Aliot, le maire Rassemblement National de Perpignan, réagit en expliquant que « le message est bon » et que « tout ce qui est en faveur de la liberté d’expression, de réunion et du pluralisme va dans le bon sens. Je n’ai aucun souci avec ça ». Il nuance néanmoins : « Le tout c’est que ce message soit en adéquation avec leur gestion économique et bureaucratique ». Or, d’après celui qui est aussi vice-président du RN, « le système européen financiarisé et technocratique » ne va pas forcément dans le bon sens. « C’est quand même une commission non élue, qui dirige la politique européenne… ». 

Une affirmation qu’il convient de nuancer. La Commission européenne n’est en effet pas élue directement et dispose d’un pouvoir d’initiative important. En revanche, la politique de l’Union européenne ne relève pas d’elle seule. Les textes sont le plus souvent votés par le Parlement européen, élu au suffrage universel, et par le Conseil de l’Union européenne, qui représente les gouvernements des États membres.

Affiches, abribus et cinéma

Dans les Pyrénées-Orientales, la campagne sera d’abord visible dans l’espace public. À Perpignan, 23 points d’affichage sont prévus, notamment dans la rue, les abribus, au cinéma et à la gare. À Canet-en-Roussillon, sept emplacements sont également annoncés.

Cette présence locale s’inscrit dans une campagne plus large, lancée le 20 avril et déployée jusqu’au 31 mai dans plusieurs pays européens. En parallèle des affiches, elle sera aussi diffusée sur internet, avec des vidéos sur YouTube, Twitch, les télévisions connectées et via des sites et applications de jeux en ligne. Un temps fort est prévu le 9 mai, pour la Journée de l’Europe, avec une présence renforcée sur les réseaux sociaux, notamment Snapchat, et via des partenariats avec des créateurs de contenu. La bataille de l’image, plus que jamais ? 

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Sébastien Leurquin