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Dans les Pyrénées-Orientales, des exilés (re)bâtissent leur confiance envers la Méditerranée

Depuis 2014, plus de 26 000 personnes sont mortes en migration en tentant de traverser la Méditerranée. Dans les Pyrénées-Orientales, l’association Welcome 66 propose aux exilés des séances de sensibilisation pour appréhender la mer, et s’initier à la nage.

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« Je pensais qu’en allant dans l’eau, j’allais mourir. » Bermoude met un pied timide dans la mer. Le jeune homme participe aux séances de sensibilisation organisées par Welcome 66. Depuis 5 ans, l’association d’accueil des exilés dans les Pyrénées-Orientales organise des sessions pour s’initier à la nage, et apprendre à se laisser porter dans l’eau. Les serviettes installées sur la plage de Canet-en-Roussillon, le groupe se met à l’eau, au milieu des familles matinales de vacanciers et de l’entraînement du club de longe côte.

« Notre objectif, c’est qu’ils puissent profiter du littoral sans en être effrayé, explique Corinne Grillet, fondatrice de l’association. Pour certains, qui sont arrivés par la mer, c’est un traumatisme. »

Depuis 2014, plus de 26 000 personnes sont mortes en migration en tentant de traverser la Méditerranée selon l’Organisation internationale pour les migrations.

Vivre près du littoral, avec la mer

Bermoude s’adonne à la tâche depuis plusieurs mois. Et s’il ne sait pas encore complètement nager, il rentre aujourd’hui confiant dans l’eau. La tête la première. « J’ai encore du mal à me mettre sur le dos pour faire la planche. C’est assez impressionnant. » Une étape que Naira est précisément en train de passer. La mère de famille, arrivée d’Arménie, n’a jamais appris à nager avant ces sessions. « Il n’y a pas la mer chez nous. Maintenant, je sais que je veux rester vivre à Perpignan, donc j’ai envie d’y venir régulièrement. » Des plages accessibles en un trajet de bus dont elle compte bien profiter.

« S’ils restent vivre ici, c’est dommage de ne pas réussir à aller dans l’eau », confirme Corinne Grillet. Au-delà des angoisses dues au parcours migratoire, l’idée est bien d’apprendre à apprécier le littoral. « On s’en est rendu compte en organisant des randonnées le long de la mer, certains n’arrivaient même pas à s’en approcher. » Une image qui contraste radicalement avec la scène du jour. Ismaïl, serein, observe l’horizon depuis sa serviette.

« J’aime être au bord de l’eau. Ça me rappelle la Tunisie. C’est agréable et calme. Je viens pour ça et pour me perfectionner. Je viens d’apprendre à nager sur le dos. »

Les bénévoles de Welcome 66 ont cette année reçu les conseils d’une maître-nageuse. Planche et frites permettent d’apprendre à flotter et à se laisser porter par les vagues. Dans les remous, Naira semble bien décidée à apprendre. Les deux mains sur une planche, elle travaille ses mouvements de jambe. « Je ne dirais pas qu’on apprend complètement à nager, les connaissances nous manquent parfois, confie une bénévole. Mais on montre comment évoluer en toute confiance. »

L’association manque en effet de moyens pour avoir accès à une piscine et un maître-nageur. Si une subvention temporaire l’a permis pour l’année 2025, son absence se fait aujourd’hui ressentir. « Avec une piscine et des personnes, c’est totalement différent. On peut apprendre les mouvements et nager, reconnaît Nathalie, qui s’occupe du sport au sein de l’association. Dans la mer on se familiarise, on peut apprendre à mettre la tête sous l’eau, souffler, etc.. Mais il n’y a pas vraiment de progression. »

« C’est le seul endroit où on peut venir nager ensemble sans jugement »

Welcome66 peine depuis plusieurs années à trouver des piscines municipales qui acceptent de les accueillir. Alors en attendant, la Méditerranée reste un atout. « C’est le seul endroit où on peut venir nager ensemble sans jugement. » La fondatrice relativise. « Au moins on ne reste pas dans notre bulle, sur un créneau particulier. Et régulièrement, ce sont aussi des moments d’échange avec les passants. »

Le sport fait pleinement partie du projet de Welcome 66 qui veut rompre l’isolement des exilés et faciliter leur inclusion sociale. Volley, randonnées, foot, barque catalane y passent au fil des mois. « J’ai réalisé que j’adorais le sport », confie Naira, cette fois-ci résignée à sortir de l’eau, jusqu’à la prochaine tentative.

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