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Cette station des Pyrénées-Orientales creuse un lac pour les canons à neige : les associations s’indignent

Cette station des Pyrénées-Orientales creuse un lac pour les canons à neige : les associations s'indignent

À un peu plus de trois kilomètres au-dessus du village des Angles, au niveau du Roc d’Aude, les pelleteuses s’activent. Les travaux pour une retenue d’eau de 113 000 m2 sur ce sommet ont démarré. Le futur bassin doit alimenter de manière plus efficace les canons à neige en hiver. Pour les opposants, c’est une méga-bassine d’altitude qui dénature le site au profit d’un loisir voué à disparaître. Une manifestation sur place est prévue le 28 juin. Photo de une © Michel Roussel

Ce sont deux visions de la montagne qui s’affrontent. L’économie et l’emploi en soutenant la neige artificielle malgré le changement climatique, ou la sanctuarisation de l’environnement. « Cette retenue est tout à fait légale » assure le maire des Angles Michel Poudade, contacté par Made in Perpignan. Il évoque l’ensemble des autorisations obtenues mais aussi le recours en référé des associations contre le projet, qui a été retoqué.

Le lac artificiel est creusé sur la crête. Profond d’environ sept mètres, il s’étendra sur trois hectares, pour une emprise totale du site de six hectares. Les terres appartenaient à l’ONF. Pour les obtenir, la mairie a dû en échange donner 18 hectares de terrains communaux à l’Etat, sur le secteur des « Rocatells », ce qui inquiète les chasseurs qui souhaitent y conserver leurs habitudes. « Les plans de chasses seront maintenus » assure Michel Poudade. L’ensemble du projet, comprenant la retenue, les conduites et les systèmes de contrôle, reviendrait selon l’édile à 4,5 millions d’euros, payés par les revenus de la station. « Il n’y a pas un sou d’argent public là-dedans. »

« Tout ce que je pourrai faire pour maintenir cette activité et cette économie, je le ferai »

Michel Poudade assume la finalité. « Le premier objectif, il faut être très clair, est de préserver notre économie. » L’idée est d’avoir un stockage supplémentaire pour fabriquer davantage de neige de culture en moins de jours, plutôt que de devoir attendre le renouvellement des bassins existants. En clair, enneiger tout le domaine en 50 heures de froid seulement et passer de 1800 m3 à 2800 m3 d’eau par heure. L’eau sera pompée en surface, dans les cours d’eau qui alimentent la Balmette, et remontée jusqu’au bassin sans dépasser selon le maire les maximums prélevables déjà autorisés depuis 2008, soit 300 000 m3.

Image de synthèse de la future retenue © Mairie des Angles

Au-delà de la question du volume, il s’agit pour Michel Poudade d’économiser l’électricité des quatre surpresseurs qui amènent la pression de 40 bars nécessaire aux canons. Le lac artificiel, situé sur un point haut, offrira la pression naturelle du gravitaire. « On va économiser 150 000 euros d’électricité par an. » Il insiste sur l’importance de l’activité ski et le faible taux de chômage, qu’il annonce à 2 %, sur les Angles. « Je suis très fier qu’une commune de 680 habitants puisse proposer 1200 à 1400 emplois en saison hivernale. Tout ce que je pourrai faire pour maintenir cette activité et cette économie, je le ferai. »

L’ancien maire Christian Blanc, battu en 2014, fulmine. « C’est un projet complètement fou. C’est la destruction d’une montagne au coeur d’un parc naturel régional, ça ne s’est jamais vu. »

Pour Christian Blanc, si les petites retenues sont courantes sur les stations de ski, creuser une crête est une toute autre affaire. Pour lui, il aurait été préférable de pomper dans le lac de Matemale et ses 20 millions de m3 d’eau. « Au lieu d’aller puiser dans un barrage qui existe déjà au pied du village, on va construire une retenue à 2300 mètres d’altitude, avec des clôtures autour. » Michel Poudade rétorque que pomper à Matemale serait impensable en raison des pressions nécessaires quand on puise plus bas.

« On continue la transformation progressive du village des Angles en parc d’attractions »

Christian Blanc évoque aussi le changement climatique avec des autorisations de prélèvement anciennes qui ne seraient plus dimensionnées à un futur plus sec et à un étalement urbain qui se poursuit. « Il y a encore des projets de lotissements en cours. On construit des luges sur des rails. On continue la transformation progressive du village des Angles en parc d’attractions. » Une quinzaine d’associations sont vent debout contre le projet, parmi lesquelles Frene 66, Bien vivre aux Angles, la Confédération Paysanne 66, Alternatiba 66 ou encore Cerca nature. Une pétition a réuni plus de 6000 signatures.

Laurine Nogues, membre de Cerca nature, naturaliste et habitant sur la montagne, s’inquiète. « Je suis maman d’une petite fille de trois ans et je suis inquiète des conséquences de décisions motivées par le profit à court terme. Je trouve regrettable de sacrifier une partie de nos trésors de biodiversité au nom du capitalisme et de certaines activités humaines. »

Pour l’association Frene 66, le Roc d’Aude est favorable à la perdrix et au Grand Tétras, espèces en déclin. Plusieurs opposants supposent un lien avec le coq qui a récemment percuté un câble de téléski, dérangé selon eux par les engins. Michel Roussel est le président de l’association Bien Vivre aux Angles. Pour lui, les trois hectares de bassin sont un « coup de poignard dans la nature » qui entraîneront une surface d’évaporation supplémentaire sur une eau précieuse. « Est-ce qu’il faut n’avoir que l’objectif de faire du chiffre, d’amener du monde ? Les gens viennent consommer la montagne, le ski, n’acceptent pas un retard, une piste moins bien damée etc. C’est tapis rouge pour eux, on fait des infrastructures pour faire chauffer les cartes bleues, en croisant les doigts pour que ça tienne le plus longtemps possible. »

Le militant s’inquiète aussi du risque de catastrophe, en prenant l’exemple d’une bassine à Courchevel qui a réchauffé les sols glacés et a entraîné des mouvements de terrain. « On aura 113 000 tonnes d’eau là-haut. Qu’est-ce que ça donnera s’il y a une fissure, un petit tremblement de terre ? »

« On ne parle pas d’une tour Eiffel, on parle d’un lac »

Pour Michel Poudade, les impératifs environnementaux seront respectés. « En termes de paysage, l’eau ne dégrade rien. On ne parle pas d’une tour Eiffel, on parle d’un lac. Je ne comprends pas ces attaques. Je me demande si, avec ces associations, on aurait fait le lac de Matemale. » Il évoque un talus autour du lac avec la terre végétale récupérée lors des travaux, et sur lesquels seront replantées des espèces locales.

S’agissant du profit à court terme, il s’inscrit en faux. Michel Poudade envisage en effet un revenu sur le village grâce à de l’hydroélectricité. L’idée, dans un second temps, sera en effet de faire remonter l’eau depuis les retenues plus basses, aux heures où l’électricité est moins chère, puis de la faire descendre sur les 400 mètres de dénivelé et passer à travers des turbines quand la revente devient intéressante.

« Si dans 30 ans le ski s’arrête, la commune sera contente d’avoir un retour financier de 400 000 ou 500 000 euros pour développer son activité quatre saisons. »

© Mairie des Angles

Ce système en circuit fermé est appelé « STEP » pour station de transfert par énergie. Enfin le maire des Angles évoque des utilisations secondaires de la retenue, comme l’alimentation d’abreuvoirs pour l’élevage ou celle des bouches d’incendie du domaine. Pour cela il restera toujours un minimum de 15 000 ou 20 000 m3 sur la retenue.

Les travaux avancent en vue d’une mise en service pour l’hiver prochain. Suite à leur premier recours retoqué, les associations espèrent néanmoins être entendues devant le Conseil d’Etat.

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