Ce mercredi 10 juin 2026, le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) des Pyrénées-Orientales a présenté son dispositif de lutte contre les feux de forêt. Si les moyens sont au rendez-vous, c’est aussi parce que le risque est plus que jamais élevé.
« Il ne faut pas se laisser endormir par l’apparent calme de la météo de ces dernières semaines, rappelle le préfet des Pyrénées-Orientales, Pierre Regnault de La Mothe. Selon nos informations, nous allons avoir un été chaud. »
Il évoque le double tranchant des dernières pluies, certes salvatrices mais qui ont fait grimper une végétation pouvant être combustible. Cette biomasse herbacée et arbustive a en effet tendance à s’assécher en début d’été. Depuis quelques années, la doctrine du SDIS est d’attaquer massivement les feux naissants. Six groupes de quatre camions seront ainsi mobilisés tout l’été.

L’année 2025 avait été marquée par le feu historique dans l’Aude, mais était plutôt positive dans les Pyrénées-Orientales. On note en effet une baisse de 36 % du nombre de feux et de 80 % des surfaces brûlées par rapport à l’année précédente. Le SDIS travaille à reconduire ces résultats. Essentiel aussi pour réduire le coût des interventions. En quelques jours de lutte, le feu de Camélas en 2024 se chiffrait à plus de 3 millions d’euros.
Pélicandrome, caméras IA, détachement roumain… les moyens de l’été
Parmi les renforts, des moyens nationaux rejoignent les Pyrénées-Orientales. Un « pélicandrome » sera déployé sur l’aéroport de Perpignan par la sécurité civile. C’est une sorte de station-service pour les moyens aériens nationaux, qui permettra entre autres de recharger en produit retardant les avions. Sans oublier les deux hélicoptères bombardiers d’eau qui resteront tout l’été sur le département. Leur présence coûtera près d’un million d’euros. Le SDIS obtient enfin des renforts européens sous la forme d’un détachement de pompiers roumains.

Toujours pour répondre à la stratégie sur les feux naissants, la détection sera encore renforcée. Dix caméras de pointe sont en place pour renforcer les cinq tours de guet du département. Coûtant près de 700 000 euros, elles seront opérationnelles dès le 1er juillet. Avec l’intelligence artificielle, elles vont progressivement apprendre à discriminer les départs de feux des autres phénomènes, comme les nuages de poussière. Si l’on ajoute l’ONF, la gendarmerie ou encore les bénévoles des Réserves communales et intercommunales de sécurité civile, 500 personnes en tout surveillent les paysages catalans.

Le préfet rappelle l’origine humaine de neuf feux sur dix et fait appel à la citoyenneté de chacun, qu’il s’agisse des mégots, du débroussaillage et toutes les règles de prudence. Sur le volet pénal, un « Groupe local de traitement de la délinquance » ou GLTD permettra de prioriser les incendies criminels et d’aboutir plus rapidement à des sanctions.
Dans un département où manque l’eau potable, avec quoi éteindre les feux ?
Le colonel Eric Belgioïno, directeur du SDIS, évoque la question de l’eau utilisée pour l’extinction. « Trois ans en arrière, on s’est interrogé sur nos capacités à utiliser de l’eau brute plutôt que de l’eau potable. »
Avec la sécheresse, cette question devient de plus en plus prégnante, quand les poteaux d’incendie sont connectés à l’eau potable de villages qui en manquent déjà.
Le SDIS travaille à épargner ces prélèvements en multipliant les points de stockage en eau brute. Citernes DFCI financées par le Fonds vert national, bâches en entrée de camping remplies par la vidange des piscines… Mais aussi, suite à l’idée ingénieuse d’un des pompiers, également viticulteur, l’utilisation des cuves viticoles désaffectées. 15 caves sont aujourd’hui mobilisées pour 2 500 m3. Depuis l’an dernier, des réseaux de réutilisation d’eaux usées sont aussi mis à disposition. A ce jour la réserve stratégique compte 20 000 m3 d’eau.
Ceintures de protection : des projets pilotes dans le département
Des périmètres protégés autour des communes. C’est le nouveau concept sur lequel travaillent les services préfectoraux. « Quand on est dans des couloirs de feu historiques ou des zones très exposées, on va organiser un système de défense en cercles concentriques » explique le préfet.
Le premier cercle impose un débroussaillage complet. Le suivant, plus large, doit disposer de ralentisseurs et de végétation coupe-feu de type vigne. Enfin le dernier cercle, le plus vaste, doit être entretenu avec du sylvopastoralisme, afin d’éviter les taillis trop denses.
Evidemment, la mise en œuvre est complexe pour les communes, notamment en raison de la maîtrise du foncier nécessaire. D’ici la fin de l’été, plusieurs villages du département seront labellisés « communes pilotes – ceintures de protection contre les feux de forêt. » L’association des maires et les « Communes forestières 66 » sont impliquées dans ce travail.
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