Article mis à jour le 13 janvier 2026 à 14:11
La curiosité scientifique prend racine à Saint-Paul-de-Fenouillet. Une toute nouvelle salle de classe initie les enfants au codage et à la robotique. Pendant trois semaines, la Newton Room a pris quartier dans le collège du village. Ce projet européen visant à démocratiser les filières scientifiques s’installe pour la première fois dans le Sud, et dans un territoire rural.
D’une main assurée, Lisa* pose son robot sur le sol. 1…2…3 tours de roue ! Elle vient de programmer le trajet de la petite machine électronique à force de calcul et de codage. Lisa est pourtant en CM2, comme le reste du groupe de 15 élèves actuellement en cours dans cette salle de classe de Saint-Paul-de-Fenouillet. Pendant trois semaines, le collège Joseph Calvet a accueilli la Newton Room, une salle de sciences immersive. Chaque demi-journée, un atelier de trois heures est délivré à des élèves allant du CM2 à la troisième.
Au total, 250 élèves seront passés dans la première Newton Room installée dans le sud de la France. La première aussi dans une zone aussi rurale que Saint-Paul-de-Fenouillet. Ce projet européen lancé en 2021 cherche à démocratiser les sciences. Faire germer dans le cerveau des jeunes élèves l’idée qu’ils et elles pourraient aussi faire des études scientifiques. Porté par la fédération Léo Lagrange, le programme vise une meilleure accessibilité aux métiers scientifiques. Alors même qu’en France, seuls 3% des élèves atteignent un niveau avancé en sciences, contre 10 % dans le reste de l’Union européenne.
Une nouvelle pédagogie : « On a moins de stress que dans les autres cours »
Une estrade, quelques tables et des calculatrices, mètres et tablettes éparpillés. Les élèves s’assoient sur l’estrade quelques minutes le temps que Gwenaëlle, animatrice référente, leur explique ce qu’ils doivent trouver. Au top, ils retournent à leur table et mesurent, testent, calculent. « Ils apprennent en essayant et en s’amusant. » Trois heures d’ateliers pendant lesquelles la concentration ne baisse pas. « Sur l’estrade, ils savent qu’ils doivent m’écouter, à leur table, ça bouge, ils discutent et sont plus libres », remarque Gwenaëlle.
La dynamique de classe séduit les élèves. « L’activité nous apprend à être attentifs, à réfléchir, faire par étape, et corriger nos erreurs quand la voiture ne veut pas s’exprimer », raconte Léo, élève de troisième. Marina, Mélody et Léa notent aussi le « stress » qui s’efface lorsque l’atelier n’est pas soumis à une évaluation ou un résultat. Le collège tire aussi profit de l’innovation. Selon la principale Nathalie Gourlay, les professeurs de sciences se sont déjà saisis de l’atelier pour l’intégrer dans leurs cours.
Réduire les inégalités de genre dans les filières scientifiques
Mais au-delà de l’expérimentation, le projet porte un enjeu plus large : celui de l’égalité entre filles et garçons dans les sciences. « C’est un projet qui permet à chacun de concevoir qu’il est possible de se projeter dans les professions scientifiques », note Sébastien Delannoy, chargé de projet de Léo Lagrange. Le projet Newton, financé par Boeing France, cherche aussi à pousser les jeunes filles vers les filières scientifiques. Présent lors de la présentation du dispositif à Saint-Paul-de-Fenouillet, Jean-Marc Fron, directeur général de Boeing France, a déploré le manque de femmes dans les écoles d’ingénieurs.
Message reçu par les collégiennes de Saint-Paul-de-Fenouillet. Marina, passionnée de calculs, sera ingénieure ou professeure de maths. Ses camarades lui emboîtent le pas. Rien de fixe pour leur avenir, mais elles veulent garder en tête que les sciences sont une porte ouverte. Reste à savoir si ces actions dans le primaire et le secondaire se confirment dans la suite de leur cursus. Selon l’Education nationale, seuls 42 % de filles suivent l’enseignement de spécialité de mathématiques au lycée. Et l’égrenage se poursuit à mesure que les études avancent. Elles ne représentent qu’un quart des étudiantes en ingénierie et informatique.
« On doit aller chercher 4 à 5 filles par classe pour corriger le tir », explique Anne-Laure Arino, directrice adjointe des services de l’Education nationale dans les Pyrénées-Orientales.
Les Newton Rooms veulent se développer. Depuis 2021, elles ont touché plus de 2 500 élèves. Hervé Paugam, directeur de Léo Lagrange Animation, insiste sur une volonté d’aller davantage vers les territoires ruraux à l’image de Saint-Paul-de-Fenouillet. « Pour cela, on a besoin d’être porté par des initiatives locales. Cela ne repose pas uniquement sur le partenariat de nos grosses structures. À Saint-Paul-de-Fenouillet, on voit que le projet fonctionne bien parce qu’il y a des dynamiques qui sont à l’œuvre au niveau local. »
Hervé Paugam salue notamment l’engagement des professeurs et animateurs du village qui se sont formés pour le projet, l’organisation de la mairie qui a permis à des élèves de primaire d’y participer. À Saint-Paul-de-Fenouillet, la curiosité a pris racine ; reste à voir jusqu’où les Newton Rooms feront pousser les vocations.
*Le prénom a été modifié
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