Le village-station des Pyrénées-Orientales accueille la ligne d’arrivée de la 3e étape du Tour de France 2026. Le temps de quelques heures, les yeux du monde entier seront braqués sur Les Angles. Pour quel impact ?
Cet article est en accès libre, et nous voulons qu’il le reste. Mais après dix ans, Made In Perpignan est menacé. Sans le soutien de ses lecteurs, notre média ne passera pas l’année ➡️ Si vous le pouvez, faites un don.
Le lac de Matemale est d’ordinaire si calme. En contrebas du village des Angles, il offre au Capcir l’un de ses plus beaux panoramas. Ce lundi, le lac sera au cœur d’une tempête planétaire. Camions, hélicoptères, voitures, motos, caravane publicitaire, peloton et spectateurs par milliers s’apprêtent à prendre d’assaut ses rives.
L’arrivée de la 3e étape du Tour de France, en provenance de Granollers en Espagne, marque le moment clé de l’été pour le village-station de 600 âmes. Un moment historique. En 113 éditions, le Tour n’est passé qu‘une dizaine de fois dans les Pyrénées-Orientales et seule une poignée d’arrivées s’y sont tenues. Forcément, se voir désigné ville-arrivée d’une étape a été un moment marquant pour les élus locaux.
« Il y a un an, j’ai reçu un coup de fil de Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France, raconte Michel Poudade, le maire des Angles. Il m’a dit : ‘Vous avez été retenus, vous serez ville-arrivée du Tour’. J’ai ressenti une grande joie ! Mais c’est une joie et un moment extrêmement intense qu’on doit garder intérieurs, puisqu’on ne peut pas les partager ».
La nouvelle doit rester secrète quelques mois, jusqu’à la présentation officielle du parcours complet de la Grande Boucle.
Une ville s’installe dans le village
Une fois officielle, la nouvelle engendre un raz-de-marée. Recevoir le Tour de France, c’est accueillir une machine. Une ville dans le village. L’événement, à la fois sportif, populaire et médiatique, engendre un défi logistique d’une ampleur rarement égalée. « Dès qu’on est officiellement désigné, le compte à rebours commence et on met les équipes en place », poursuit Michel Poudade. Aux Angles, la préparation démarre dès l’automne. Avec un avantage : la commune est déjà une station touristique, habituée à passer de 600 à 18 000 habitants durant les vacances d’hiver. Elle a des agents habitués à recevoir du monde, des services structurés pour, une police municipale, des équipements et des parkings. Mais le Tour, c’est autre chose.
« Le cahier des charges est vraiment conséquent, précise le maire. Il y a des obligations en termes de sécurité, de place, d’alimentation. Le Tour de France, c’est à peu près 1 000 personnes qui arrivent pour préparer l’arrivée », détaille Michel Poudade. Parmi elles, environ 400 techniciens doivent travailler toute la nuit de dimanche à lundi pour installer les tribunes, les barrières, les zones techniques et les structures nécessaires à l’arrivée.

comme ici à Céret en 2021
À cela s’ajoutent les camions, les douches mobiles, les raccordements en eau et en électricité, les branchements, les sanitaires, les accès. Et bien sûr, ensuite tout ce qui concerne la course elle-même avec le peloton et les bus des équipes, les voitures suiveuses, les motos. Et les médias, avec plus de 200 journalistes accrédités et donc une salle de presse à monter et devant contenir au moins autant de prises et de raccordements à internet.
Aux Angles, la difficulté est renforcée par le lieu même de l’arrivée. Le Pla del Mir, au pied du domaine skiable, n’est pas une grande avenue urbaine. C’est une route de montagne en cul-de-sac. Il faut donc fermer ou dévier les axes. Tout cela mis bout à bout débouche sur une organisation millimétrée.
Un événement qui soude la commune
Dans le village, l’événement a déjà produit un effet. « Les 80 agents, en comptant ceux de la régie, sont tous motivés à l’idée de recevoir le Tour de France. Et au-delà de ça, tous les commerçants aussi. On a véritablement un esprit Tour de France dans toute la population», souligne David Mias, directeur de la communication de la station.

« Le Tour, c’est la récompense d’un travail de nombreuses années. C’est une vitrine ouverte sur le monde. Mais c’est aussi un outil fédérateur pour les équipes. »
Investissement à long-terme pour l’image des Pyrénées-Orientales
L’enjeu dépasse largement la journée de lundi. Pour la commune comme pour le Département, l’arrivée du Tour est aussi un investissement d’image et d’attractivité. Le Conseil départemental (CD 66) a voté une subvention de 40 000 euros en soutien à la collectivité hôte.
Contactée, Hermeline Malherbe, présidente du CD 66, revendique un choix politique et économique « en faveur d’une fête populaire accessible à toutes et tous ». Elle met également en avant l’exposition colossale permise par le Tour de France. La Grande boucle étant diffusée dans 190 pays par 100 chaînes de télévision avec des audiences cumulées colossales : près de 150 millions de téléspectateurs. « S’il fallait communiquer sur des encarts de publicité dans 190 pays, ça nous coûterait bien plus cher que ce que ça nous coûte avec le Tour de France, sourit Hermeline Malherbe. C’est une vitrine internationale qui profite au rayonnement de l’ensemble du territoire ».


La présidente du Conseil départemental tient aussi à souligner les retombées concrètes pour les acteurs et les habitants du territoire, notamment en termes d’infrastructures. « On aménage tout le réseau routier pour que le Tour puisse passer et que les coureurs n’aient pas de soucis », des routes qui bénéficient ensuite aux locaux et aux touristes. « Ce sont des travaux qui étaient prévus, mais qui ont été accélérés parce qu’il y avait le Tour de France ».
Attractivité, tourisme et quatre saisons
Aux Angles, les premiers effets semblent déjà se mesurer. À quelques jours du passage du peloton, David Mias avait comptabilisé un taux de fréquentation de la station passé à 41%, contre 38% habituellement à cette période. « Il y a l’impact du Tour, forcément, parce que les projecteurs sont braqués sur la station ». Mais il y a aussi l’impact de l’activité de la commune », analyse-t-il en expliquant que la station s’est depuis de nombreuses années muée en « station de montagne avec de la pluriactivité ».
Pour la commune, le Tour est en effet l’occasion de réaffirmer un positionnement qui ne se veut plus seulement tourné vers le ski. Aux Angles, l’économie de la neige reste centrale et les sports d’hiver avec. Mais la commune mise déjà sur d’autres activités pour le futur. Avec des attractions familiales comme la balnéo avec Angléo, le parc animalier, la luge monorail. Mais aussi et surtout les sports outdoor comme la randonnée, le trail… et le vélo.
Le vélo comme axe de développement
La station dispose d’un bike park depuis plus de vingt ans. « L’un des meilleurs et l’un des plus gros des Pyrénées », assure David Mias. Les Angles ont également accueilli d’autres épreuves cyclistes, comme une épreuve qualificative à la Coupe du monde de gravel ou une arrivée d’étape de la Route d’Occitanie. Comme autant de répétitions générales et d’atouts pour séduire les organisateurs de l’épreuve reine.

Michel Poudade, le maire, assume cette stratégie. « Dès qu’on a vu que Barcelone serait la ville du grand départ, on s’est dit qu’on avait peut-être une chance de recevoir le Tour de France », comme l’aboutissement d’un travail de fond. « C’est véritablement ancré aux Angles, l’idée de faire du vélo sous toutes ses formes », insiste le maire en égrenant les différentes formes de pratique, du VTT de descente à l’enduro en passant par le vélo électrique.
La commune veut installer son nom sur la carte du cyclisme. Elle dispose déjà du label Accueil vélo. Avec l’objectif de l’incarner concrètement. L’idée est simple : utiliser l’expérience de l’hiver pour accueillir les cyclistes l’été. « Comme on le fait pour l’hiver avec des pièces pour mettre les skis, il faut pouvoir accueillir dans ces mêmes pièces des vélos, avec des racks et des prises. Parce que les vélos et VTT électriques sont en plein boum. » Dans cette stratégie, l’arrivée du Tour agit comme une consécration. « C’est le Graal », se réjouit Michel Poudade. Une forme de label ultime. « Le Tour de France, c’est l’événement qui permet à toute une société de se retrouver autour d’une fête. Et cet esprit convivial colle bien à ce que je veux pour la commune des Angles. »
Village « refuge climatique » ?
Un esprit que l’édile entend asseoir comme base pour le futur de sa commune. Pour ça, les acteurs locaux ont bien compris l’importance du tracé. « Ils vont passer de l’autre côté du lac de Matemale, traverser le village des Angles et finir au Pla del Mir. Quand on connaît ce plateau, c’est superbe », souffle David Mias. « Si on a la chance d’avoir du soleil, je pense que ça fera une belle étape».

Michel Poudade sait très précisément ce qu’il veut montrer. « L’image du village derrière le lac« . Un choix qui n’a rien d’anodin. Faire passer le Tour par ce côté du lac a compliqué l’organisation. Mais l’élu voulait ce décor. « On s’est créé davantage de difficultés pour avoir ce phare d’été qu’est le lac de Matemale.«
Car pour le maire, l‘étendue d’eau et la montagne racontent l’avenir des Angles. Pas seulement son décor. « Ce n’est pas une question de transformer l’image, explique-t-il. C’est une question d’apposer le ski, que l’on revendique fort l’hiver, mais pas que… ». Le maire fait ainsi le lien avec le dérèglement climatique et la chaleur.
« Je suis persuadé que nos villages auront demain des labels, ou au moins des images, de refuges climatiques.«
Lundi, Les Angles joueront bien plus qu’une arrivée d’étape de course cycliste. Le temps d’une journée, les yeux du monde seront braqués sur le lac de Matemale et le Roc d’Aude. Le lendemain, le Tour sera déjà loin. Mais les images, elles, resteront.
Envisagez-vous 2027 sans Made In Perpignan ? C’est la question que nous devons vous poser. Après dix ans, notre média libre est aujourd’hui menacé. Cet article, comme près de 5000 autres, est en accès libre grâce au soutien de nos lecteurs. ➡️ Si vous le pouvez, faites un don pour que cette aventure continue.
- Tour de France aux Angles : Comment un village de 600 habitants se prépare à devenir le centre du monde - 5 juillet 2026
- Climat : « Chaque dixième de degré compte », entretien avec le chercheur Wolfgang Cramer, invité à Port-Vendres - 1 juillet 2026
- Collages politiques à Canohès : pourquoi la mairie RN a porté plainte contre un collectif féministe - 30 juin 2026
