Comme chaque année en septembre, le tribunal judiciaire organise son audience solennelle d’installation. Alors que de nouveaux magistrats sont accueillis, venant à peine combler des postes vacants, la justice vit des remises en questions amplifiées par les résonances médiatiques.
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Jérôme Bourrier, procureur de Perpignan, entame son discours par l’affaire Lhyanna, ce viol et assassinat dans le Gers en mai 2026, qui a questionné tout le système judiciaire.
« La douleur, c’est la mort de la jeune Lhyanna et l’onde de choc qu’elle a suscité dans notre pays, venant percuter de plein fouet nos pratiques, notre conduite de la politique pénale, la direction des enquêtes et l’exigence de protection des victimes. »
Pour le procureur, il s’agit de savoir y répondre en se tenant éloigné de la vindicte et de la désignation facile des boucs-émissaires, sans pour autant se draper dans une posture sourde. Le parquet de Perpignan, comme ailleurs en France, s’est engagé dans des opérations de contrôles des procédures en cours concernant les violences sexuelles. Un pôle famille, composé de quatre magistrats, avec une permanence consacrée aux violences intrafamiliales et aux mineurs, sera bientôt créé.
600 dossiers de violences sexuelles
Néanmoins, il faudra déterminer des priorités entre les affaires. 600 dossiers en cours de violences sexuelles ont été passés au crible sur les Pyrénées-Orientales. « C’est énorme, constate Jérôme Bourrier. Et pendant que je fais ça, d’autres arrivent. Cela implique des enquêteurs et on en manque, des parquetiers pour superviser les enquêtes et puis des juges pour juger. » Le procureur souhaite porter la priorité sur les violences et le narcotrafic, quitte à repousser encore d’autres affaires, tels que les cambriolages. Le procureur ne cache pas son inquiétude.
« Quand vous avez une brigade de protection des familles composée de cinq enquêteurs en charge, chacun, de 250 procédures, il est impossible de penser qu’ils sont en capacité de sortir ces procédures en six mois. » Hors les enquêtes de flagrance, les enquêtes préliminaires durent entre six mois et trois ans.
« La justice se fait sur les réseaux sociaux »
A la surcharge de travail s’ajoute une pression médiatique toujours plus forte. Pour Jérôme Bourrier, il y a ce balancier entre l’affaire Outreau, où l’on reprochait de sacraliser la parole des victimes, et des affaires actuelles où l’on reproche de ne pas les croire.
« La justice se fait sur les réseaux sociaux, grince-t-il. Il y a des gens qui commentent des décisions de justice alors qu’ils ne connaissent strictement rien d’une affaire qui a été jugée, l’atmosphère d’un dossier, sa subtilité, tous les faits qui sont analysés. Comment peuvent-ils se prononcer sur la culpabilité d’un individu ou sur sa peine ? Alors que c’est justement notre métier de nous pencher dessus des jours, parfois des semaines pour arriver à ce résultat judiciaire. »

La présidente du tribunal évoque elle aussi le déchaînement médiatique et politique qui a suivi l’affaire Lhyanna, évoquant sa tristesse de « voir condamner hâtivement toute une profession qui fait œuvre de sacerdoce dans des conditions de travail rudes, parfois indignes. »
« C’est toute la chaîne pénale qui va voir déferler des procédures alors qu’elle est structurellement en surchauffe. Les violences sexuelles requièrent du temps et du tact. »
Rattraper 30 années de manque de moyens
Le tribunal compte mettre en place des journées ouvertes au public, pour débattre des thèmes avec pédagogie. « Nous voudrions toucher un public plus large que celui des étudiants en droit » assure Jérôme Bourrier.
Les six nouveaux magistrats du tribunal sont Joséphine Lindgren, Xavier De Croix d’Arut, Boujemaa Arsafi, Caroline Silvestre d’Ailhaud Castelet, Nathalie Truel-Castelli et Romain Vinet. De son côté le parquet s’enrichit de la vice-procureure Céline Meynet et de Laetitia Bailleul comme substitut. Elles portent à 14 les membres du parquet, sur les 15 nécessaires selon la loi de programmation. « On est quasiment au complet, explique le procureur. C’est un rattrapage de quasiment 30 années de manque de moyens. Ils ne vont pas, en deux ans, révolutionner la situation. » Car en face de cela, le flot de délinquance qui parvient au tribunal ne cesse d’augmenter.
C’est donc un chemin aussi difficile que passionnant que les nouveaux magistrats devront parcourir. « La vie d’une juridiction est rythmée par les misères, les vulnérabilités et la violence, rappelle la présidente. A Perpignan nous n’en oublions aucune malgré, il faut bien le reconnaître, un état du greffe en grande souffrance. »
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