Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le tribunal de Perpignan ce lundi 8 juin pour dénoncer les défaillances judiciaires que révèle l’affaire Lyhanna. Devant une foule marquée par l’incompréhension et le choc, les collectifs féministes ont appelé à la mise en place d’une loi intégrale. Pour faire entendre cette colère, le rassemblement s’est transformé en manifestation spontanée à travers la ville.
« Les enfants parlent, les institutions refusent de les entendre », déclare devant la foule Aurélie, membre de Femmes Solidaires 66 et du collectif des Chouettes Anonymes. Environ 500 personnes ont répondu à l’appel national ce lundi 8 juin devant le palais de justice de Perpignan en réponse à la mort de Lyhanna dans le Gers. L’enfant de 11 ans a été retrouvée morte le 4 juin, une semaine après sa disparition. Le principal suspect est un homme de 41 ans contre lequel quatre plaintes pour viols sur mineurs avaient déjà été déposées, ainsi que deux signalements effectués. Malgré des soupçons de pédocriminalité, il n’avait jamais été entendu auparavant par les enquêteurs. Dans les Pyrénées-Orientales, un rassemblement avait également lieu à Prades à la même heure.
« Je suis indignée que les enfants ne soient plus protégés, confie Michèle, 71 ans. C’est la goutte d’eau. »
Comme elle, beaucoup participent pour la première fois à un rassemblement de ce type. Ils se mêlent aux habitués des manifestations. « Plutôt que de pleurer devant ma télé, je suis venue, raconte Marine, 38 ans. C’est à nous de protéger les enfants qui ne peuvent pas se défendre. Si les agressions et viols d’enfants ne passent pas au-dessus de la pile ? Qu’est-ce qui est en haut de la pile ? » Les explications d’un manque de moyens de la justice ne lui suffisent pas. « On ne comprend plus. »
160 000 enfants victimes chaque année
Le collectif Femmes solidaires le rappelle : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année. 94 % des plaintes pour viol sont classées sans suite. « Ce qui est arrivé à Lyhanna, c’est ce qu’on dénonce depuis des années. Nous refusons que le meurtre d’une petite fille soit réduit à une défaillance exceptionnelle. Ce qui manque aujourd’hui n’est pas l’expertise, mais une volonté politique à la hauteur de l’urgence. »

Femmes solidaires appelle à une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles
Plus tôt ce lundi 8 juin, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a demandé d’inscrire à l’ordre du jour de la chambre basse la proposition de loi « intégrale » pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Le texte déposé en décembre était resté jusqu’ici au point mort.
L’association Femmes Solidaires, ainsi que le Planning familial et d’autres organisations, au sein d’une coalition, appellent depuis deux ans à la mise en place d’une loi de ce type. Un texte intégral qui oblige plusieurs secteurs à agir ensemble. 140 propositions avaient été émises en octobre 2024 par une soixantaine d’associations.
« La loi intégrale encadre du début à la fin, déclare Aurélie, membre de la section Femmes Solidaires 66. Aujourd’hui le gouvernement jette la faute sur une procureure et sur des gendarmes, alors que les failles sont sur l’ensemble de la chaîne et dans tous les tribunaux de France. Tout ça, c’est un manque de moyens, un manque de formation, un manque d’application. »
Le collectif Droits des femmes 66 a appelé à une embauche massive de magistrats, à l’application des programmes d’éducation à la vie affective et relationnelle et à la revalorisation du système de santé mentale pour mieux prévenir les violences. « Femmes et enfants, ça a toujours été le même combat. C’est le même système qui est violent, Cette loi permettrait de prendre en compte l’ensemble du problème », enchérit Aurélie.
« On ne fait pas assez de bruit », une manifestation spontanée après le rassemblement
Le rassemblement se termine sur une minute de silence. Mais la colère des personnes présentes sur place veut se faire entendre plus loin. Une centaine de personnes quitte le palais de justice pour défiler spontanément à travers le centre-ville. « Je suis animateur, explique un manifestant. En tant qu’homme, on se rend parfois moins compte des épreuves administratives que traversent les femmes et les enfants, mais c’est bien réel. »

Le groupe se mêle aux voitures boulevard des Pyrénées. Difficile alors de distinguer les klaxons de soutien de ceux de protestation. La manifestation se faufile entre les conducteurs et marque une pause devant un bâtiment du tribunal judiciaire. Le groupe scande « Justice pour Lyhanna » pendant plusieurs minutes. « On ne fait pas assez de bruit », regrette une participante. Quelques-uns frappent sur la porte en aluminium du bâtiment pour se faire entendre.
La crainte de lendemains semblables
Le cortège poursuit sa route jusqu’à son point de départ. Une dernière minute de silence est observée en hommage à l’enfant tuée. Dans la foule, la frustration reste vive. « On est trop peu. » Serrant la main de son fils, une participante éclate. « Demain, qu’est-ce qui aura changé ? » La crainte de revenir rendre hommage à de nouvelles victimes lui serre la gorge.
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