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À Perpignan, l’usage des drones pourrait-il contribuer à lutter contre les rodéos urbains ?

Dans son plan de mandat 2020-2026, Louis Aliot, maire RN réélu en 2026, annonçait envisager « d’acquérir un équipement de drones dans le but d’optimiser les opérations de surveillance. » Aujourd’hui, les planètes semblent s’aligner alors qu’une nouvelle loi de sécurité est actuellement examinée au Parlement. Elle pourrait, entre autres, faciliter les modalités d’usage de ces engins de surveillance volants. Le Conseil d’État pointe des restrictions significatives des libertés. Credit photo Idhir Baha.

« Nos rues servent de circuit aux rodéos urbains et aux voitures bolides »

Lors de la réunion du 22 avril consacrée à la sécurité dans le quartier perpignanais de Saint-Gaudérique, Jérôme Bourrier, procureur de la République, listait les nuisances découlant du trafic de stupéfiants, parmi lesquelles les rodéos.

Dans le public, un habitant détaille le problème : « Nos rues servent de circuit aux rodéos urbains et aux voitures bolides. La rue doit faire 200 mètres, mais alors sur 200 mètres, c’est infernal. » Stella Chene, directrice de cabinet en charge des questions de sécurité auprès de la préfecture répond : « Aujourd’hui quand les forces de l’ordre poursuivent les auteurs, il y a un risque de dangerosité pour eux, comme pour les forces de l’ordre ». Concrètement, poursuivre un deux-roues piloté par un conducteur et un passager parfois sans casque est dangereux.

C’est là que l’usage du drone pourrait faciliter la lutte contre les rodéos. Les images aériennes captées permettraient d’identifier des auteurs sans engager de course-poursuite immédiate. Le drone pourrait aussi servir à suivre certains suspects jusqu’à leur point de chute et à repérer des lieux de stockage en vue de saisies.

La mairie de Perpignan propose de mettre à disposition de la police nationale plusieurs drones 

La préfecture précise que cet usage dépend de l’évolution du cadre légal. C’est l’objet du projet de loi Ripost, pour « Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité de nos concitoyens », prévoit un recours à la procédure d’urgence pour faciliter l’usage des drones. Le projet de loi Ripost proposé par le ministre de l’Intérieur sera débattu devant les sénateurs du 18 au 26 mai, et la sénatrice des Pyrénées-Orientales Lauriane Josende a été désignée rapporteure.

La directrice de cabinet du préfet des Pyrénées-Orientales explique qu’un des sujets de cet aménagement législatif est de donner aux policiers et gendarmes des moyens de poursuivre les auteurs au moyen de drones. Concrètement par rapport à la situation actuelle où les agents doivent, en amont de leur intervention, demander un arrêté préfectoral, l’article 14 prévoit une régulation après l’usage du drone, au maximum une heure après le vol de l’aéronef. Dans son avis du 19 mars, le Conseil d’État alerte sur le risque « d’atteinte au droit et au respect de la vie privée. »

Il est aussi question de dotations matérielles supplémentaires. Selon Chantal Bruzi, ancienne adjointe à la sécurité et désormais maire de quartier. « Si c’est un problème de moyens, je pense que la mairie, je m’avance au nom de monsieur le maire, participera. Si la loi avance, et qu’il n’y a que 4 ou 5 drones pour le commissariat, je pense que les Perpignanais seront heureux de savoir que leurs impôts servent à financer quelques drones de plus. » Même financés par la ville, ces appareils resteraient utilisés dans le seul cadre des compétences de la police nationale. Pour rappel, une loi visant à élargir les compétences de la police municipale pourrait faire évoluer la situation.

Usage du drone par les autorités, que dit la réglementation aujourd’hui ?

Dans les Pyrénées-Orientales, les services de police, comme de gendarmerie, sont équipés de drones. Leur usage est soumis à un arrêté préfectoral qui définit les conditions dans le temps et sur le territoire. Des dispositions légales prévues par la loi relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure (RPSI) promulguée en janvier 2022. Aujourd’hui, ces petits engins volants sont notamment utilisés lors des manifestations. Et les images recueillies ne peuvent être conservées au-delà de 7 jours, hormis dans le cadre d’une procédure judiciaire.

Ce fut notamment le cas lors des manifestations du mouvement « Bloquons tout » en septembre 2025. La préfecture avait publié deux arrêtés informant de l’usage de deux drones, un pour la gendarmerie et un pour la police. Les deux engins pouvaient survoler l’ensemble du département. Les services spécialisés avaient justifié leur demande : « Le département est composé d’un relief contrasté entre la plaine du Roussillon, et les massifs montagneux. » Le chef de cellule d’appuis Drone 66 précisait vouloir s’appuyer sur « un dispositif de vision aérienne rapidement déployable », permettant « d’avoir un point de vue global sur un secteur plus important, dans l’objectif de rendre les interventions plus efficientes ».

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