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Actrice et réalisatrice, Judith Chemla « s’amuse avec le monde » à Port-Vendres avec Courts Circuit 66

Article mis à jour le 18 août 2026 à 08:00

Des planches de la Comédie-Française au littoral de la côte Vermeille. Dans le cadre du festival Courts Circuit 66, Judith Chemla, actrice et réalisatrice, sera à Port-Vendres le 22 août pour présenter son court-métrage Les Enfants de bohème. Celle qui a prêté son jeu, ici à une mariée au cœur de la fête, là, à une duchesse, passe de l’autre côté de la caméra. Elle prépare en ce moment son premier long métrage dont des extraits seront également projetés à Port-Vendres. Une soirée à l’image d’une carrière au sein de laquelle se mêlent interprétation et réalisation, spectacle vivant et cinéma. Photo © Eric Dervaux / Hans Lucas

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Vous présenterez à Port-Vendres votre court-métrage Les Enfants de Bohème, sorti en 2021. Que marque ce court-métrage dans votre carrière ?

C’est un peu la réunification de tout ce que j’aime faire. Jouer, chanter, travailler la mise en scène. Ce sont des questions qui m’intéressent depuis toujours. Donc oui, j’ai de plus en plus envie d’aller vers la réalisation. J’ai un projet de long-métrage depuis vraiment longtemps. Environ 12 ans. Je pensais tourner ce court-métrage comme un avant-propos à un plus long film. Un film dans lequel on verrait différents âges de leur vie.

Comment s’est fait ce passage de l’interprétation à la réalisation ?

Quand j’ai commencé à être actrice, c’était surtout au théâtre. Je n’imaginais pas faire du cinéma. Je voyais le jeu comme une chose du présent et l’acteur comme un créateur qui improvise, qui invente des mondes, qui tout seul sur scène va inventer une épopée. C’est ce qui m’intéresse à la base.

Au fil de mes rencontres, de mon expérience, le cinéma est arrivé, et aussi le fait de pouvoir écrire, inventer des histoires moi-même. J’ai eu envie de le faire au cinéma. Mes plus grands moments, c’est de jouer au théâtre et à l’opéra. C’est ce qu’il y a de plus fort dans ma vie. Mais pour mettre en scène, pour capter, j’ai envie de le faire au cinéma. C’est une œuvre qui dure. Et j’ai filmé mes enfants, j’ai voulu arrêter le temps.

Pourquoi avoir voulu parler d’enfance avec ce court-métrage ? Et donc dans le long métrage qui va suivre ?

Être actrice, pour moi, c’est aussi vivre pleinement une enfance que j’ai l’impression de ne pas avoir vraiment vécue en toute insouciance. C’est la grande joie que j’ai à faire ce métier, c’est de pouvoir réexplorer ce que c’est que s’amuser avec le monde.

Et en ayant des enfants, c’est vrai qu’on redécouvre tout à leur hauteur. À travers les yeux d’un enfant, les expériences sont dures, mais c’est assez miraculeux comment on regarde le monde, comment on voit tout se réinventer. Ils me fascinent, leur intensité, leur drôlerie. Mon imagination est très fertile avec eux, et c’est vrai que j’ai envie de les emmener dans une aventure.

Avec des enfants, il faut s’adapter. Ce ne sont pas des machines qui exécutent. Il faut que ça reste un jeu. Et j’étais très heureuse de réussir ça, un truc pas tout à fait rationnel.

Vous êtes une actrice qui revendique son engagement dans la lutte contre les violences et sur la place qu’ont les enfants dans notre société. Est-ce que le cinéma a un rôle à jouer sur cette question ?

Les enjeux sont partout, dans les familles, dans les institutions, partout. Mais c’est vrai que le cinéma a une grande responsabilité, parce qu’il impose des modèles. Le cinéma scrute. Évidemment, il y a beaucoup de lumière, donc c’est un peu un miroir grossissant.

Banaliser les violences a beaucoup fait partie de notre culture. Le cinéma crée des mythes. Les histoires qu’on voit en si grand s’impriment dans notre esprit. On apprend à désirer avec le cinéma. Donc on a en effet une grande responsabilité de récit, je le ressens fortement.

C’est aussi le cas dans le choix des histoires dans lesquelles je vais emmener mes enfants. C’est pour ça que je prends beaucoup de temps à écrire. Je suis devenue une autre personne aussi, au fil des années. Je me demande ce qu’on va raconter ensemble. Les rôles que j’ai joués m’ont imprégné. Ça imprègne nos pensées, nos vies, et comment on envisage le futur. On est aussi responsable de cela.

Votre projet de film en cours sera en partie dévoilé le 22 août à Port-Vendres, puisque vous allez en lire des extraits aux côtés de Cécile Guerin et Claire Olivier, de la compagnie Alma. Là aussi vous brouillez les pistes entre théâtre et cinéma.

Pour moi, c’est vraiment lié. Il y a presque un an, j’ai travaillé avec Kirill Serebrennikov, un grand metteur en scène russe exilé en Europe, qui vient du théâtre aussi et fait des grands films. C’est aussi un grand cinéaste. Et c’est le cinéma qui me plaît parce qu’il a une liberté qu’il a pu développer parce qu’il maîtrise les arts de la scène.

Au théâtre, l’imaginaire n’a pas de frontière. Au cinéma, on s’est un petit peu enfermé dans un réalisme. Et lui, il ouvre aussi les portes de la réalité pure. Je pense qu’il y a encore plein de choses à inventer au cinéma.

Est-ce que ces scènes que vous allez jouer ou voir jouer par les actrices font aussi partie de votre processus d’écriture et de réalisation ?

C’est un peu inattendu. J’ai accepté sans savoir si c’est bien ou pas de faire ça en cours d’écriture. Mais je trouve ça intéressant de partager là où j’en suis, de pouvoir me dire ça sonne, ça non. C’est génial de pouvoir faire ça. Ce n’est complètement pas dans les protocoles habituels, mais c’est marrant. C’est un petit vertige.

Est-ce que le court-métrage, qui se diffuse beaucoup en festival et justement autour d’événements comme ceux que crée Courts Circuit 66, se rapproche du théâtre dans son lien avec le public ?

Oui, c’est très important et ça noue beaucoup de liens de confiance de pouvoir le partager. Comme c’est un format court aussi, c’est facile à partager. Le film peut être reçu rapidement, et puis il y a quelque chose qui se noue, qui donne envie d’aller plus loin, qui donne confiance.

Courts Circuit parcourt la Catalogne du 11 août au 20 septembre. Le programme complet est à retrouver en ligne ici. Judith Chemla et la compagnie Alma seront à Port-Vendres le 22 août à partir de 18h.

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