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Backyard de Port-Vendres : Plus vite, plus fort, plus cher, jusqu’où ira la course à pied ?

[ Série. « Esprit sain, portefeuille plein » ]. Courir n’aura jamais été aussi intense, et coûteux. La Backyard, format de course qui se déploie depuis peu en France, est à l’image d’un sport qui se diversifie pour conquérir de plus en plus d’adeptes, et leur portefeuille. Et dans les Pyrénées-Orientales, ce sont davantage les prestataires et marques que les organisateurs qui remportent la mise. Photo d’illustration © Miguel A Amutio – Unsplash.

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Premier coup de sifflet. Les 75 concurrents s’élancent, gravissent 240 mètres de dénivelé. 2000 marches. Puis redescendent. Une heure plus tard, ils repartent pour le même parcours de 6,7 km. Au fil des heures, la scène se répète, avec à chaque fois un peu moins de coureurs sur la ligne de départ. Jusqu’à l’ultime boucle. La quatorzième. Il n’y a plus qu’un coureur : Lilian Sarrat. Après avoir avalé près de 100 km, il est le vainqueur de la Backyard de Port-Vendres, première course de ce type dans les Pyrénées-Orientales, qui a eu lieu le 12 juillet dernier.

Une boucle à l’infini, un seul coureur à l’arrivée

Ce format d’ultramarathon a été inventé au début des années 2010 aux États-Unis. Et depuis quelques années, il s’installe en Europe. Son créateur, Gary « Lazarus Lake » Cantrell, n’est autre que l’inventeur de l’une des courses les plus dures au monde, la Barkley. Avec la Backyard, il crée une épreuve qui permet de tester les limites de l’endurance des participants. Les coureurs ont une heure pour compléter la boucle. Au coup de sifflet suivant, ils doivent être prêts à partir. Cela implique donc d’avoir mangé et de s’être reposé dans le temps imparti, car la Backyard est pensée pour durer des dizaines d’heures.

Au fil des boucles, les coureurs qui ne peuvent pas partir où qui ne terminent pas le tour sont éliminés. Il ne peut y avoir qu’un finisher. La compétition s’achève quand celui-ci a parcouru un tour de plus que les autres. Le record mondial masculin est détenu par le Belge Merijn Geerts qui a parcouru 737,7 km en 110 heures, le féminin par la Britannique Sarah Perry Eckert avec 583,4 km parcourus en 87 heures.

Port-Vendres veut devenir la Backyard « la plus dure de France »

Mais en matière de course, la barre n’est jamais trop haute. La difficulté ne semblait pas suffisante pour les organisateurs de la course de Port-Vendres. « La plupart du temps les backyards se font sur un terrain plat ou alors avec peu de dénivelé, explique Romain Torreilles, président de l’association MS Race. Et là, c’est vrai que tous les coureurs ont été surpris par la difficulté. Courir dans des escaliers est différent de courir en montagne, par exemple. Malgré tout, cela a intéressé beaucoup de monde. Les coureurs sont contents d’avoir ressenti cet effort, et ça les challenge pour revenir l’année prochaine et essayer de battre leur record. »

Les organisateurs ont un objectif bien précis en tête : devenir « la Backyard la plus dure de France. » De quoi courtiser les grands coureurs du pays, voire du continent. « On a tout intérêt à le faire perdurer et je pense que ça va drainer du beau monde l’année prochaine », se réjouit Romain Torreilles. C’est tout l’enjeu de ce format. Le gagnant ne peut pas battre son record sans concurrent de taille. Une fois qu’il est seul sur la ligne de départ, il ne peut effectuer qu’un tour supplémentaire. Par conséquent, les organisateurs ont tout intérêt à faire monter le niveau des coureurs et coureuses en lice pour faire tomber les paliers.

Attirer les stars, pour vendre une expérience unique aux novices

Le gagnant cette année s’était d’ailleurs inscrit dans l’optique d’une course plus large encore : la Diagonale des Fous à la Réunion. « C’est un parcours avec beaucoup d’escaliers. Donc, ça lui permettait de faire une préparation, de voir comment réagissait son corps, de travailler aussi sur une gestion de la nutrition pendant un long effort. »

Avec ces coureurs, l’évènement veut se faire un nom. Devenir exceptionnel dans le paysage de la course à pied, c’est ensuite garantir aux coureurs un moment unique. Les participants de ce 12 juillet n’étaient pas tous confirmés. « Il y a ceux qui veulent sortir d’un entraînement routinier avec ce type de course et puis ceux qui courent très peu et qui n’ont pas envie d’aller sur des formats classiques parce que souvent, il y a beaucoup de monde. « Ça peut faire peur. » La Backyard se présente comme un jeu au milieu des marathons homologués où la performance et le chrono prennent de plus en plus de place.

« Je pense que maintenant les coureurs ont fait un petit peu le tour. Ils recherchent davantage que du dénivelé ou de la distance. Ils veulent une expérience de course. Des semi-marathons, il y en a plein. Des trails très longs, aussi. Mais ce qu’on propose, non. »

Transpirer, c’est payer

Et l’expérience a un prix. Romain Torreilles explique que MS Race possède peu de sponsors, en partie en raison de ses formats atypiques qui surprennent les marques. Alors le prix de la course est répercuté sur les participants. « On fait en sorte que chaque coureur, quand il participe à une de nos courses, ait la meilleure expérience possible et reparte aussi avec le maximum de dotation. » Comprendre des cadeaux que le coureur aura prépayés au moment de son inscription. Les chaussettes, le gel de glucides, la casquette peuvent en faire partie, mais aussi le ravitaillement sur la course, l’accès aux vestiaires, les photos calibrées pour les réseaux sociaux ou le chronomètre détaillé. Au total, pour prendre le départ de la Backyard, il faudra débourser 79 euros. MS Race parvient toutefois à garder des prix raisonnables, autour de 20 euros, pour ses autres courses, mais une telle organisation coûte cher.

« La tendance générale est à l’augmentation des prix de tous les dossards. On est pas dans un objectif mercantile au niveau de l’association. Mais c’est quasi uniquement la vente des dossards qui nous permet de faire la course. » Si les organisateurs sont bénévoles, ils doivent payer les prestataires qui l’encadrent. « On a toujours des photographes professionnels sur place. Là aussi, on cherche toujours la qualité et on a mis un point d’honneur, depuis le début, à développer la partie image et vidéos. » Sur les réseaux sociaux de l’association, les photos et vidéos aux angles impressionnants défilent. Le coureur paye sa course et l’expérience virtuelle qui va avec sur Instagram.

Un marché contre la montre

MS Race est friand de ces formats et fait des Pyrénées-Orientales son terrain de jeu. En plus des escaliers de Port-Vendres, le groupe d’amis s’est attaqué à la tour de Madeloc avec la Madsale, course à système d’élimination, ou encore au lac de Villeneuve-de-la-Raho avec le Grun Raho Lake. Des formats qui s’accumulent jusqu’à l’overdose ? « C’est un petit peu le mal du siècle. On est insatisfait et on a besoin d’avoir du nouveau. » Le marché court après l’innovation et la promesse d’expériences toujours plus uniques, vendues à foison.

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