Informer pour ne pas laisser le silence s’installer. L’association des parents d’élèves de l’école Jean-Jacques Rousseau, à Perpignan, a créé un support d’éducation destiné aux enfants et à leurs parents. Un moyen de se saisir collectivement de la prévention des violences sexuelles sur les enfants alors que la médiatisation croissante de ces affaires laisse parfois les parents seuls avec leurs angoisses.
Un outil crucial pour aller au-delà de l’inquiétude et de la paralysie. L’association des parents d’élèves de l’école Jean-Jacques Rousseau vient de mettre à disposition un cahier d’activités en ligne pour apprendre aux enfants et aux parents comment se protéger de potentielles agressions. Une réponse face à la peur qu’ont ressentie et exprimée certains parents suite à l’affaire Lyhanna. Cette enfant de 11 ans a été retrouvée morte le 4 juin 2026 dans le Gers. Le principal suspect était déjà visé par plusieurs plaintes pour viols sur mineurs.
« Beaucoup de parents ont tendance à éviter le sujet. Et c’est tout à fait compréhensible. C’est extrêmement sensible. Mais il n’est pas possible de protéger les enfants en faisant comme si le problème n’existait pas », interpelle Ana, membre de l’association à l’origine du carnet.
Connaître son corps, poser ses limites
Dans le cas des violences sexuelles, 9 victimes sur 10 connaissent déjà leur agresseur. « Ils profitent souvent du silence, de la confiance, du secret. » L’idée est alors de faire connaître le plus possible leurs droits aux enfants. Dans le livret créé par les parents d’élèves, une page est par exemple consacrée à nommer les différentes parties du corps, et à nommer celles qui ne peuvent pas être touchées par d’autres, celles où l’on accepte d’être touchées, et celles où le contact nous met mal à l’aise. « Les parents ne savent pas toujours par où commencer, nous on s’est dit que les enfants apprennent par le jeu. »
Les pages suivantes incitent à distinguer les lieux où l’on ne doit se trouver qu’avec un adulte de confiance, ou encore les secrets qu’il n’y a pas intérêt à garder. Un enfant peut ainsi faire la différence entre un anniversaire surprise et un secret qui le met mal à l’aise. À travers le e-book, le jeune lecteur est amené à s’exprimer sur ses propres émotions et sur ce qu’il accepte ou non.
Une démarche parfois contre-intuitive
Ana a elle-même été sensibilisée à la question alors qu’elle vivait au Mexique. « Une pièce de théâtre avait été présentée à nos enfants, montrant explicitement une agression sexuelle. Au début j’ai été choqué, mais mon fils pas du tout. » C’est alors qu’elle suit une formation destinée aux parents. Elle y apprend l’importance de nommer l’agression et les parties du corps privées.
La fin du carnet propose également des ressources pour les parents. D’abord avec les numéros d’urgence et d’information, mais aussi avec les signaux d’alerte à repérer. Enfin, le carnet se conclut sur une liste de messages à transmettre aux enfants. « Tu ne seras jamais puni parce que tu as demandé de l’aide », « Ton corps t’appartient »…
Une rencontre avec le procureur des Pyrénées-Orientales pour accompagner juridiquement les familles
L’association de parents d’élèves a été reçue par le procureur de la République des Pyrénées-Orientales pour s’informer sur les dispositifs juridiques qui permettent d’accompagner les victimes et les parents. « L’idée, c’est ensuite d’aider les parents d’élèves dans leurs démarches s’il y a un besoin. » Elle prévoit aussi de créer des affiches informatives qui pourraient être affichées en classe à la rentrée.
La question des violences sexuelles s’inscrit dans une dynamique de l’association des parents d’élèves de l’école Jean-Jacques Rousseau. En parallèle, le groupe a lancé un podcast dont le prochain épisode sera consacré à cette rencontre avec le procureur.
« Il y a vraiment une nécessité d’accompagner les parents avec bienveillance. La parentalité n’est pas évidente, on vit tout le temps avec un stress pas possible. »
Leur compte Instagram diffuse aussi fréquemment des informations sur l’éducation. Au-delà de l’école Jean-Jacques Rousseau, l’association veut combler un besoin alors que de nombreux parents se disent démunis face à la réalité des violences faites aux enfants.
Tout au long de l’année, vous pouvez nous soutenir et financer plus de temps d’enquête pour nos journalistes ➡️ Je participe à votre campagne de dons ✊🏻
- Après l’affaire Lyhanna, des parents d’élèves de Perpignan créent un cahier d’activités pour sensibiliser et « prévenir l’impensable » - 17 juin 2026
- Opposition entre ‘Black Lives’ et ‘White Lives Matter’ : « Une fausse symétrie rhétorique », décrypte le chercheur Nicolas Lebourg - 16 juin 2026
- Poste de CPE non renouvelé au collège Albert Camus de Perpignan : « Les équipes vont s’épuiser » - 16 juin 2026
