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Des jardins familiaux sacrifiés après les incendies ? L’incompréhension grandit à Ille-sur-têt

Article mis à jour le 3 août 2026 à 15:56

La mairie souhaite raser des jardins mis à disposition des habitants pour créer un coupe-feu autour de la commune. Mais l’annonce, parfois brutale pour les concernés, ne passe pas. Ils se réunissent pour réclamer davantage de dialogue. Photo d’illustration © Jonathan Kemper– Unsplash.

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Les conséquences de l’incendie d’Ille-sur-Têt pourraient bien encore faire disparaître des parcelles. Alors le feu de Trévillach a lourdement touché la commune, les bénéficiaires des jardins municipaux ont reçu la visite d’élus leur demandant de débarrasser leur parcelle qui allait être rasée. Ce lundi 3 août, un rassemblement aura lieu devant la mairie pour contester cette décision à l’appel de l’organisation Jeunesses populaires du Conflent.

« J’ai investi des centaines d’euros »

« C’est des heures de travail, se désole Hayat, qui accède à l’une des parcelles depuis 12 ans. Pour elle et ses deux enfants qui vivent en appartement, il s’agit de leur seul accès à un terrain extérieur. Et ça nous nourrit, on a des légumes, des œufs… » Laeticia poursuit : “C’est un endroit magnifique.” Elle a eu accès à sa parcelle il y a 5 ans, après une longue attente. « J’ai investi des centaines d’euros sur ces plantations. Des poussins viennent juste de naître. »

La décision de la mairie tombe comme un couperet. « On a pas d’info. C’est décidé, acté. Il faut juste accepter, résume Hayat. Aucune explication du pourquoi et comment. Je suis réellement en colère. »

Des terres récupérées pour créer une ceinture de protection

Sur ces réseaux sociaux, le maire d’Ille-sur-Têt justifie sa décision. L’espace des jardins deviendra un coupe-feu. « Nous devons renforcer durablement la protection de notre ville. Cela passe par la création d’une véritable zone tampon entre les espaces naturels et les habitations. Cette ceinture de protection constitue un rempart supplémentaire face aux incendies de demain. »

La démarche s’ancre dans la volonté locale et l’appel à manifestation lancé par la préfecture pour des ceintures de protection autour des zones urbanisées. Les jardins pourraient devenir des parcelles en pâturage, entretenues par l’agriculture. Le maire ne précise pas le devenir exact des parcelles.

Une absence de dialogue qui alimente les craintes

Le flou de l’annonce attise les doutes. Le dernier conseil municipal, daté du 25 juin 2026, avant l’incendie, ne mentionne pas la mesure. Les habitants contactés par Made in Perpignan n’ont pas reçu de documents explicitant la décision. La date de l’évacuation varie en fonction des témoignages.

Les contrats signés par les habitants pour exploiter les parcelles restent larges quant aux conditions d’évacuation. « Si pour une cause quelconque, la commune d’Ille-sur-Têt devait reprendre ledit terrain avant une des dates fixées par le présent accord ou était obligée de l’utiliser dans un but d’intérêt général, les preneurs seront avisés et seront tenus d’évacuer le jardin, dans les moindres délais, sans qu’ils puissent demander aucune indemnité », est-il noté. Sans plus de précisions quant aux délais et à la forme que doit prendre l’annonce.

Face au manque d’information, les habitants ont le sentiment de servir de bouc émissaire. « Nous avons constaté que certains aménagements présents dans cette zone – cabanons, matériaux combustibles, bouteilles de gaz, végétation dense – ont contribué à favoriser la propagation du feu en direction des premières habitations. Les conséquences auraient pu être encore plus dramatiques« , écrit Alain Fabresse. Pour Laeticia, l’incompréhension est totale. « Mon jardin n’a pas brûlé. Le feu n’est pas lié au jardin. Ça fait mal au cœur de l’entendre. »

Davantage de contrôles pourraient-ils limiter les flammes ?

Si les habitants admettent que les jardins peuvent s’adapter face aux feux, c’est la méthode qui choque. Pourquoi ne pas cadrer l’usage des jardins, interdire les matériaux dangereux et ainsi, permettre l’entretien des parcelles par les habitants ? « Nous, on veut travailler les jardins », clame Hayat. Marie-José explique que les contrats pour bénéficier des parcelles sont renouvelés chaque année, sous condition d’entretien. Celles-ci pourraient évoluer. Pour comprendre pourquoi de telles mesures n’ont pas été prises, Made in Perpignan a contacté le maire, qui n’a pas répondu.

« Le dialogue est indispensable, mais il ne doit jamais nous empêcher d’agir lorsque la sécurité de notre population est en jeu », explique-t-il sur les réseaux sociaux.

Alain Fabresse précise que des jardins seront proposés aux familles dans d’autres secteurs de la ville. « Mais moi je n’en veux pas, explique Marie-José. Ce jardin, c’est celui de ma mère depuis 1945. Je l’ai récupéré en 1996. Ce sont mes souvenirs qui sont là. » Alors qu’elle avait mis de côté le lieu au moment de la mort de son mari, elle recommençait à le cultiver. « J’y vais avec mes deux chiens. On y allait, on s’asseyait, et on écoutait les chants des oiseaux. Plus de brouhaha. C’était bien. »

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