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Des apprentis artisans et un plasticien érigent une œuvre monumentale à la Casa Musicale

Cinq colonnes grandioses prendront bientôt place à la Casa Musicale au cœur du site de l’Arsenal. Ces œuvres d’art sont le fruit d’une collaboration entre le CFA de BTP de Perpignan et le plasticien Gzilépoc. Art et artisanat se retrouvent au cœur d’un projet qui a permis de mettre à mal le mur les clichés. Photo : illustration 3D de Luc Jeanjean

« On a fait quelque chose d’extraordinaire. » Aurélie Munoz, accompagnatrice socio-professionnelle du Centre de formation d’apprentis (CFA) en bâtiment de Perpignan, se réjouit de l’aboutissement de trois ans de travail avec l’artiste Gzilépoc, de son vrai nom Grégory Cortès. Le résultat nommé « Parades » sera exposé dès ce jeudi 21 mai 2026 à 18h à la Casa Musicale, à quelques semaines de son festival Ida y Vuelta.

« Un projet artistique, ce n’était pas dans notre ADN »

En partenariat avec le plasticien, ces cinq objets mobiles ont été pensés pour habiller l’espace. « J’ai voulu créer de la verticalité dans cette grande cour minérale traversée par les vents », explique Grégory Cortès. Une façon aussi de rappeler l’existence d’un cloître qui a autrefois pris place dans l’arsenal. « J’ai imaginé ces colonnes qui font écho à la verticalité de l’église. Elles redonnent un regard vers le ciel. »

Les cinq œuvres, Tranquillaigua, Night Fever, Ballant Si, Staying Alive et Taques y Taques sont le fruit d’une collaboration audacieuse. Art et pédagogie ont dû s’apprivoiser. « Nous sommes de deux mondes très différents. Le oui a pris un certain temps », raconte Aurélie Munoz. Pendant deux ans, les formateurs et l’artiste ont cherché à faire coïncider leurs emplois du temps et leurs attentes. « Il fallait qu’il y ait un intérêt pédagogique pour les élèves, explique la référente du CFA. Un projet artistique, ce n’était pas dans notre ADN. » Construire la rencontre demande du temps. « On a avancé lentement, avec les formateurs et les apprentis, dans une réflexion autour de la matérialité, de la forme, de la mise en œuvre et de la technicité », explique Grégory Cortès.

Menuisiers, carreleurs, plombiers… 150 apprentis impliqués

Petit à petit, le projet fédère, et après des mois de mise en place, la réalisation débute en septembre 2025 au gré du rythme des apprentis. Alors qu’en premier lieu, seuls les étudiants en menuiserie étaient ciblés, se sont joints les plombiers, les maçons coffreurs, les électriciens, les métalliers et les carreleurs. Ils sont finalement 150 apprentis à avoir participé à la confection des œuvres. Aurélie Munoz et Grégory Cortès s’accordent : Parades a aussi été permis par l’enthousiasme de Rebecca Bouillou, directrice de la Casa Musicale, et de Stéphane Tapias, directeur du campus de Perpignan du CFA de BTP, qui ont encouragé cette collaboration.

« C’est un projet vivant. Ce n’était pas forcément évident pour tout le monde à la base, mais une dynamique s’est mise en œuvre, avec une vraie adhésion, se réjouit Grégory Cortès. Les formateurs se sont approprié le projet. »

Il cite par exemple Luc Jeanjean qui a réalisé les modélisations numériques des socles. Alors qu’artistes et artisans se regardaient en chien de fusil au début du projet, ils trouvent facilement leur terrain d’entente. « Grégory Cortès a aussi fait preuve de son savoir-faire technique et cela a permis de casser des représentations », remarque Aurélie Munoz.

Perruque et recyclage

Le travail de Gzilépoc s’inspire de la « perruque ». Une tradition ouvrière qui consiste à détourner l’usage des outils de travail, ici à des fins artistiques. Ses réalisations se basent sur le recyclage de matériaux. « C’est un travail qui s’inscrit dans la culture architecturale et artisanale. » Il a permis aux apprentis d’aborder toute la question de la réutilisation, parfois peu présente dans leur cursus.

« Ce qui m’intéressait, c’était d’utiliser des éléments qui sont liés aussi à la culture urbaine que défend la Casa Musicale. » Des bombes de graff sont par exemple la clé de voûte de l’une des colonnes. « Quand on les coupe et les retourne, on se retrouve avec une feuille de couleur, et c’est passionnant. » Ailleurs, des planches de skate se transforment en assises et des miroirs en boules à facettes.

Il n’est pas question d’art qu’on « touche avec les yeux », Gzilépoc a voulu créer avec ces élèves des structures sur lesquelles on peut s’asseoir, dont on peut se servir de rangement ou pour trouver un point d’ombre. « Je les accompagne dans une réflexion plasticienne. » Pour Grégory Cortès, il est aussi question de mettre sur le devant de la scène le travail du bâtiment.

« Ils ne sont jamais nommés. Alors même qu’ils construisent notre paysage intime. Ce sont eux qui fabriquent nos niches, nos cavernes, nos petits palais personnels ou nos HLM. Cette collaboration n’est pas anodine. »

Aurélie Munoz y voit aussi l’intérêt de « faire rencontrer deux jeunesses, celle de la Casa musicale et celle du CFA qui se connaissent peu ». Reste maintenant à s’engager dans ce qu’elle appelle le « dernier sprint », à quelques semaines de l’inauguration où se matérialiseront les mois de rencontres, au croisement des savoir-faire.

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