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Les associations et professionnels écartés de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle à l’école dans les Pyrénées-Orientales

Article mis à jour le 3 juillet 2026 à 13:55

Quelle éducation à la vie affective, relationnelle (et sexuelle), dans les Pyrénées-Orientales ? Les associations locales ont été écartées de l’enseignement pour privilégier une prise en charge par l’éducation nationale elle-même. Un éloignement des professionnels de la santé sexuelle qui a créé un trou d’air dans cet enseignement sur l’année 2025-2026.

La décision est tombée brutalement. « Mi-novembre, on a reçu un mail nous demandant d’arrêter. Toutes les interventions calées ont été annulées du jour au lendemain. Parfois deux jours avant », raconte une professionnelle de santé intervenante en éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle à l’école. Alors que l’année scolaire s’achève, elle n’est depuis pas retournée en classe. Ces derniers mois, dans les Pyrénées-Orientales, les associations agréées et les professionnelles qui accompagnaient les équipes éducatives durant ces trois séances obligatoires par an d’Evar au premier degré et Evars au second ont été mises à l’écart. A noter que l’éducation sexuelle n’est en place qu’à partir du secondaire.

Cette décision est assumée par l’Éducation nationale. « On a souhaité que les associations nous laissent du temps pour nous approprier le programme », explique Anne-Laure Arino, directrice académique des services de l’Éducation nationale (Dasen). Une période qui pourrait bien s’étendre au-delà de l’année scolaire qui se termine. Pour la Dasen, l’Evars est aujourd’hui dans les mains des professeurs.

Une épine de plus dans le pied d’un enseignement déjà mis à l’épreuve

La ligne académique interprète les directives nationales. Le livret pédagogique dédié aux Evar et Evars inscrit que ces enseignements sont à la charge de l’équipe éducative. Il précise : « Des partenaires extérieurs, tels que des associations spécialisées, dont les compétences sont dûment reconnues et agréées aux niveaux national ou académique, peuvent être associés aux équipes de personnels de l’Éducation nationale. » Le livret ajoute que ces interventions doivent se faire en présence de l’équipe éducative.

Les séances d’Evar au primaire et d’Evars au secondaire sont obligatoires à hauteur de 3 séances par an depuis 2001. En 2023, le Planning familial, SOS homophobie et Sidaction avaient saisi la justice et accusé l’État de « carence fautive » en raison des manquements à son application. Deux ans plus tard, l’État est reconnu coupable. L’arrêté publié en février 2025 visait à repréciser le programme et à réaffirmer son application. Les trois séances spécifiques doivent être associées à un enseignement transverse dans les autres matières.

L’académie place un « cadre maîtrisé » malgré le manque de formation

Ce sont généralement ces trois moments dédiés à l’Evars qui étaient confiés à des acteurs externes spécialisés. Dans son livret pédagogique, l’Éducation nationale précise : « Sous la responsabilité pédagogique de l’équipe éducative et sous la responsabilité du chef d’établissement, les intervenants extérieurs respectent la nature scolaire de cette éducation, sans jamais instrumentaliser et en promouvant le respect et l’égalité. » Si l’Éducation nationale acte la responsabilité des établissements, elle n’exclut pas la présence associative en complément. L’académie de Montpellier a tranché. Contactée par Streetpress, elle justifie son choix de confier l’enseignement uniquement aux professeurs par une volonté de « renforcer ce lien de confiance essentiel, dans un cadre pédagogique maîtrisé. »

Mais de quel cadre parle-t-on ? Selon une enquête du syndicat enseignant Se-Unsa, près de la moitié du personnel déclare ne pas avoir été formée. « Dans le second degré, moins d’un répondant sur deux affirme qu’un référent Evars a été désigné », précise le syndicat. « On ne s’improvise pas référent Evars. On ne s’improvise pas intervenant sur des discussions de santé sexuelle ou de consentement. Ce sont des sujets sensibles », revendique une ancienne intervenante.

Des « erreurs de communication » de la part des associations

Plutôt que d’une exigence de formation, la décision académique semble alors aussi émaner d’une volonté de délimiter plus fermement ces séances. « On a besoin d’un ancrage disciplinaire qui légitime cet enseignement, explique la Dasen. Il y a aussi eu des erreurs de communication des associations. Par exemple, l’Evar ou l’Evars n’ont pas vocation à ‘libérer la parole’. » Pour l’une des anciennes intervenantes, il s’agit néanmoins d’être en capacité de récupérer cette parole si elle apparaît. Elle rappelle qu’en moyenne, dans une classe, trois élèves sont victimes de violences sexuelles.

Pourtant pour Anne-Laure Arino, « à partir du moment où c’est dans le programme, ce sont les enseignants qui s’en chargent, il n’y a pas d’association qui intervient en maths ou en français. »

Les services départementaux de l’Éducation nationale assurent que la mise en place de l’Evars sous cette formule a commencé en avril dans les établissements par les professeurs. Elle concède que l’application n’est pas intégrale. « S’il n’y a pas de mise en œuvre du programme par les profs, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas d’outils. Un plan de formation a été lancé entre janvier et mars, il s’est terminé début mai. » Le personnel éducatif a fini sa formation à quelques semaines des vacances scolaires.

Des professeurs exposés

Avec un trou d’air entre novembre et mai, les établissements doivent très vite assurer trois séances à chaque élève, ou sortir du cadre légal. Pour Monique Hernandez, présidente du Collectif Droits des femmes et membre du syndicat FSU, la Dasen fait reposer la charge sur les professeurs.

« Quand on laisse la part à la débrouille, ça tombe très vite à l’eau. Actuellement, il faut être hyper militant pour faire de l’ÉVAR ou de l’ÉVARS dans sa classe. On s’expose aussi en faisant ça. Des associations réactionnaires, proches des milieux d’extrême droite ou des milieux intégristes, sont assez virulentes et font pression contre les Evars. »

Depuis sa réaffirmation dans le droit, le contenu de l’Evar et des Evars a été sujet à de nombreuses fausses informations. Certains professeurs ont été publiquement ciblés suite à des accusations. Une menace qui peut décourager, selon Monique Hernandez. « Et s’il n’y a ni les associations, ni les enseignants, rien ne se passe. »

« Les associations reviendront, promet Anne-Laure Arino. Mais pas forcément pour les programmes Evar et Evars. » Pour elle, passer par les enseignants permet aussi une égale répartition de cet enseignement sur le territoire. Mais dans les Pyrénées-Orientales, les professionnelles se lassent. 25 ans après son lancement, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle est à nouveau confrontée à une mise en place laborieuse. En parallèle, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, de la prévention jusqu’à l’institution judiciaire continue de miser sur elle pour protéger et prévenir.

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