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Une carte Vitale pour payer ses courses ? La Sécurité sociale de l’alimentation tente de prendre pied dans les Pyrénées-Orientales

Marche des producteurs à Céret

Article mis à jour le 21 mai 2026 à 09:12

L’alimentation comme bien commun. C’est ce que porte la Sécurité sociale de l’alimentation qui prend forme dans les Pyrénées-Orientales. Elle prône un revenu commun dédié à la nourriture en échange d’une cotisation. Le collectif local qui étudie la question depuis un an cherche aujourd’hui à mobiliser pour que le projet prenne vie.

Une alimentation saine et locale pour tous, une juste rémunération des producteurs et un système financier basé sur la solidarité. Le projet de Sécurité sociale de l’alimentation (SSA) a des allures d’utopie mais pourrait bien s’esquisser dans les Pyrénées-Orientales. Lors d’une réunion au Miam Collectif à Perpignan ce mardi 19 mai, le collectif SSA66 a présenté ses travaux lancés il y a un an sur la question.

« Il y a de plus en plus de difficultés à se nourrir. Les agriculteurs eux-mêmes ont du mal à se nourrir, alors que dans les Pyrénées-Orientales, on possède une grande richesse de production, explique Muriel Baux, membre du collectif. Le principe des caisses de SSA, c’est de reprendre le système alimentaire en main. »

150 euros par mois pour faire ses courses auprès de producteurs locaux

Concrètement, les utilisateurs cotisent chaque mois en fonction de leurs revenus ou de leur reste à charge. Ils reçoivent en échange tous le même montant : autour de 150 euros ,sous la forme de monnaie type tickets restaurant. En clair, selon le principe de solidarité, certains cotisent plus qu’ils ne touchent, d’autres moins. Cet argent peut être dépensé auprès des lieux de vente et producteurs conventionnés. « On peut décider de conventionner une boutique entière ou certains produits dans un magasin, par exemple », expliquent les organisateurs. Un modèle basé sur celui de la Sécurité sociale que l’on connaît en France pour la prise en charge des maladies, des familles ou encore des retraites.

Un Conseil local de l’alimentation devrait naître le 17 juin

Dans les Pyrénées-Orientales, le projet est encore balbutiant. Montant et calculs des cotisations, critères de conventionnement, territoire de lancement restent à définir. Mais une prochaine étape pourrait lui faire grimper une marche conséquente. Le 17 juin, le collectif convie les personnes intéressées à constituer le Conseil local de l’alimentation. « C’est une instance démocratique qui va construire le projet de caisse. » Les citoyens qui souhaitent s’engager dans le projet peuvent participer à ce lancement. Cette instance de décision pourra ensuite lancer l’expérimentation. « Au niveau du territoire, on voit pour l’instant se dessiner un triangle entre Perpignan, Argelès-sur-Mer et Céret, avec aussi un intérêt pour le projet à Prades. »

Car l’engagement et l’adhésion des participants de la SSA sont au cœur du projet. Les « mangeurs » comme les appelle le collectif, sont les piliers de ce système. Ce mardi soir au Miam, chacun est amené à se prononcer sur ce qu’il pourrait apporter, du temps, des produits, des moyens de transport, de l’éducation alimentaire, etc. En parallèle, les participants énoncent ce qu’ils ont à y gagner. Trois points émergent principalement : l’accès à une alimentation locale de qualité, la lutte contre la pauvreté et une indépendance vis-à-vis du système agroalimentaire. Dans le public, la SSA porte l’espoir d’une « utopie accessible ».

Les « mangeurs » questionnent le modèle

Au-delà de l’objectif, la construction du système de Sécurité sociale alimentaire est un réel exercice démocratique. Les participants ont pu faire part de ce qui pourrait freiner leur participation et des interrogations qu’ils avaient face au projet. Peut-il tenir financièrement ? Est-il ouvert au plus grand nombre ? N’y a-t-il pas des limites logistiques ? Pendant l’atelier, les participants sont confrontés à leur propre déstabilisation face au projet.

Les membres du collectif l’assurent, la SSA des Pyrénées-Orientales doit être à l’image de ses adhérents. Il en existe déjà plusieurs dizaines en France. En Occitanie, un système réunit 600 adhérents à Montpellier. Mais le modèle n’est pas reproductible tel quel. « Le projet doit venir de nous », revendique le collectif. La Sécurité sociale de l’alimentation a cet avantage d’être malléable, et de se jouer à toutes les échelles « Bien sûr, on attend une volonté politique nationale. C’est la seule solution si on veut en faire un système d’ampleur. Mais on peut déjà le mettre en place à l’échelle citoyenne. » SSA66 a déjà identifié des producteurs prêts à y prendre part.

« On veut aussi en parler le plus possible, explique Gérard Llorca, du collectif SSA66. Un événement comme celui-ci permet aussi cela. Rassembler du monde autour de nous. »

Projet crédible ou idéalisme ? La Sécurité sociale de l’alimentation doit encore convaincre mais semble sur le point de faire ses preuves. De quoi laisser les participants quitter l’atelier avec l’espoir qu’elle voit véritablement le jour.

Le SSA66 convie les intéressés à l’assemblée générale du 17 juin. Le lieu reste à définir.

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