Dans les murs de la Casa Musicale, la scène hip-hop de Perpignan se construit cours après cours. Et au fil des années, les professeurs y observent comment les réseaux sociaux influencent la danse des pratiquants les plus jeunes. Résister et s’adapter : la culture hip-hop devra relever le défi dans les prochaines années pour ne pas se fondre dans les réappropriations qu’elle subit.
Cet article a été écrit par Aileen Di Donato accompagnée par Léo Lagrange Animation. « Perpignan Stories » est un projet initié par Made In Perpignan en septembre 2025. Depuis, une vingtaine de jeunes ont découvert les rouages du journalisme dans notre rédaction. Ils et elles ont réalisé le reportage de leur choix, à l’écrit et en vidéo.
Grâce au soutien de Journalismfund Europe, Made in Perpignan met en avant les histoires qui inspirent ces jeunes souvent éloignés de l’information et peu représentés dans les médias.
Des milliers de vidéos à la chaîne. Un ou une danseuse, face caméra, répète une chorégraphie. TikTok est inondé de vidéos de danse depuis sa création. Beaucoup d’entre elles sont devenues virales à partir du réseau social. Et forcément, plus de 10 ans après sa mise en ligne, TikTok a bouleversé le monde de la danse. Danseur et professeur de hip-hop à la Casa Musicale de Perpignan, Miguelito l’observe chez ses élèves.
« Ils vont faire des petits mouvements. Parce qu’il faut que ça rentre dans le cadre. Je leur parle parfois d’une danse tiktokable. »
Les jeunes danseurs acquiescent. « On ne s’autorise parfois pas à sortir des codes, qui sont devenus les codes de TikTok », admet Tamara. Alors que le hip-hop est aussi le lieu du freestyle où les mouvements se construisent au fil de la danse, difficile de le rendre compatible avec des chorégraphies millimétrées. En plein cours, Miguelito demande aux danseurs de ne plus fixer le miroir qui parcourt la pièce. « Vous avez tendance à trop vérifier où se placent vos gestes », explique-t-il. Le risque : une uniformisation de la danse, alors même que le professeur pousse ses élèves à explorer leurs propres façons de bouger.
Tout n’est pas à jeter. « C’est aussi un réseau social sur lequel on peut trouver de l’inspiration pour nos propres pas », reconnaît Ilian. Mais la plupart des danseurs refusent de poster leurs essais sur la plateforme. « TikTok, c’est fait pour des danses qui sont carrées, qui sont pensées pour être belles. » Les sensations de la danse freestyle ne résistent pas à l’exigence esthétique des réseaux sociaux.
En ligne, le hip-hop victime d’appropriation culturelle
Pourtant, certains créateurs de contenus parviennent à adapter le hip-hop à TikTok. « Souvent ce sont des danseurs qui vont appeler ça du street jazz, du heels etc… »,, explique Miguelito. Des vidéos qui deviennent virales et qui servent ensuite à vendre des cours. « C’est super de faire du business grâce à la danse hip-hop. Le problème, c’est que cela ne prend que des images et des codes stéréotypés du hip-hop. L’essence n’est pas là. » Pour le danseur, il s’agit d’appropriation culturelle :
« Il s’agit de se faire de l’argent grâce à une culture, sans que les gens qui ont créé cette culture en tirent des bénéfices. Pour moi, c’est même une forme de colonialisme inconscient. »
La solution ? Être « sur le terrain hip-hop », préconise Miguelito. Séances d’entraînements, événements, cours, cypher (sessions collectives), autant d’événements qui permettent de rencontrer la communauté qui fait vivre cette culture. « Pour capter l’essence du hip-hop, il faut aller là où il y a les danseurs, les DJ, les graffeurs et les rappeurs hip-hop. » Un lieu s’impose dans ce domaine à Perpignan : la Casa Musicale qui ouvre ses portes chaque semaine les mercredis soir. Le jour où nous rencontrons Miguelito, certaines danseuses sont d’ailleurs venues pour la première fois à la rencontre des freestyleurs locaux.
« Il n’y a pas un endroit précis à fréquenter, poursuit-il. Partout, il y a des endroits hip-hop. Ici, on est peu. Mais il y a des trainings, des événements de temps en temps. On se regroupe, on se déplace. Ça se fait naturellement. » Selon lui, la scène hip-hop doit toutefois relever le défi des réseaux sociaux, sans perdre sa nature, ni s’enraciner dans ses traditions.

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