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Couvre-feu à Perpignan – Récit d’une nuit de contrôles avec la police municipale

ILLUSTRATION Perpignan, France 04/04/2020 Police municipale couvre-feu attestation dérogatoire contrôle nuit ronde stupéfiants dealer © Arnaud Le Vu / MiP / APM

Article mis à jour le 28 août 2022 à 18:16

Samedi 4 avril, 19h50, la sirène du couvre-feu perpignanais retentit. Aux premiers jours, fleurissaient sur les réseaux sociaux des vidéos accompagnées de commentaires catastrophés. « On se croirait à Londres sous les bombes » ; ou encore « mes enfants sont effrayés ». À Perpignan, le couvre-feu est en place depuis deux semaines ; une mesure exceptionnelle décrétée par le préfet, le maire de Perpignan, et le procureur suite au non-respect du confinement.

Nous avons suivi un équipage de la police municipale de Perpignan en début de nuit. Durant ce laps de temps, Michaël et Gabriel* ont effectué près d’une trentaine de vérifications. À pied ou en voiture, la moitié des personnes contrôlées étaient en infraction. Absence d’attestation dérogatoire, motif futile pour sortir… Quand l’autre moitié était dehors pour motif professionnel, médecin du Samu, aide-soignant ou infirmière de retour de tournée, employé des pompes funèbres, ou cheminot en rythme 3/8.

Vous pouvez également parcourir le photoreportage de cette nuit du 4 avril dans cet article.

♦ 260 contrevenants au couvre-feu verbalisés à Perpignan en 6 jours

Tel est le bilan rappelé par Jean-Marc Pujol, maire de Perpignan, dans une vidéo mise en ligne le 4 avril. Plusieurs fois, Michaël et Gabriel ont fait montre de pédagogie ; notamment avec cette dame âgée qui  promenait son yorkshire à minuit. « Mais il est âgé, et il ne tiendra pas toute la nuit. C’est pour ça que je le promène ». Gabriel de répondre, « vous pouvez mettre une litière chez vous ; ça suffira pour un petit pissou ». Insistant, « vous savez, on est là pour vous protéger ».

Jean-Marc Pujol s’adressant à la population d’abonder dans ce sens : « Ceux que vous ne respectez pas, ce sont ceux qui s’exposent, ce sont les soignants qui ont besoin tous les jours de se déplacer. Ce n’est pas de la répression ; c’est une solidarité que vous devez à votre police municipale ».

Questionné sur les effets du confinement, le docteur Hugues Aumaître responsable du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Perpignan est formel.

« Sur le plan épidémiologique, le confinement fait partie des éléments essentiels et indispensables au  contrôle de l’épidémie. Surtout quand il s’agit d’une épidémie dans laquelle, il n’y a ni vaccin ni traitement. La seule façon d’agir, ce sont les mesures barrière et le confinement. Le confinement a un impact beaucoup plus significatif que toutes les autres mesures. Et c’est capital dans la gestion de l’épidémie. Le confinement a eu lieu à l’échelle nationale et à un moment proche du début de l’épidémie. C’est le cas à Perpignan où nous avions peu de cas. On pense que cela va atténuer l’intensité de la vague ».

20 heures, deux unités mobiles postées pour la vérification des attestations dérogatoires.

Pour rappel, la règle est de rester chez soi ; seules quelques sorties sont autorisées. Motif médical, motif professionnel, achat de première nécessité. Cette règle devient encore plus stricte à Perpignan à compter de 20 heures tous les soirs. Durant 50 minutes, dans l’un des carrefours de Perpignan, les 4 agents arrêtent tous les véhicules ; comme cette voiture avec plusieurs occupants déclarant venir de Pezilla-la-Rivière pour faire leurs achats près de la place Cassanyes. « Les commerces sont fermés messieurs ; ce sera 135 euros d’amende. Vous recevrez l’amende dans quelques jours chez vous ».

Un autre équipage avait décidé d’essayer une voiture en vue de son achat. « Mon frère veut me vendre la voiture chef, on est juste sortis pour l’essayer. Je sais qu’il ne faut pas sortir, il y a des haut-parleurs qui le disent, mais on n’est pas loin de la maison ». Les trois personnes dans la voiture recevront une contravention.

En début de soirée, le premier point de contrôle est la cité des Oiseaux, un lieu qui défraie régulièrement la chronique. « En temps normal, nous venons plusieurs fois par jour ; et ils sont 3 ou 4 dealers dans le bâtiment 11 ». Ce soir, un seul individu est sur place, âgé d’une vingtaine d’années. Il est invité à décliner son identité et à vider le contenu de ses poches. Bien organisé, le jeune homme montre une liasse de 11 billets de 20 euros, des briquets, et un flacon de gel hydroalcoolique. Le kit parfait du revendeur de produits stupéfiant en temps de crise sanitaire. Il écopera d’une amende en récidive.

♦ Faire face aux difficultés engendrées par la misère sociale de Perpignan

Après ce contrôle, nous reprenons la patrouille pour contrôler les piétons. Michaël et Gabriel interpellent un monsieur au distributeur de billets. Ce dernier se montre immédiatement agressif : « Vous voulez quoi ? On est n’est pas en guerre ! Je vis dans une cage à poules sans fenêtres ; et justement je sors la nuit pour éviter de croiser du monde ». Michaël rappelle justement que, selon le président, nous étions en guerre ; l’individu de proférer quelques noms d’oiseau à l’encontre d’Emmanuel Macron. Le ton monte rapidement, l’homme souhaitant coûte que coûte faire fonctionner le distributeur de billets. Il écopera d’une amende avant d’être invité fermement à rejoindre son domicile.

Petite pause dînatoire dans « la maison » de la brigade ; l’équipage prend une petite demi-heure pour dîner. « On est sur le pont depuis 16h30, on a un petit creux ». Vers 23h30, le duo reprend du service et prévient « Olympe », le poste de commandement, qu’il est à nouveau disponible.

À peine repartis sur le terrain, l’appel tombe sur la radio pour un individu couché au sol au milieu d’un boulevard. Allongé sur le passage piéton, légèrement blessé, l’individu déclare venir de la Croix-Rouge ; mais aussi ne vouloir être pris en charge ni par les pompiers ni par l’hôpital. Il montre d’ailleurs 2 bracelets de ses récents passages au centre hospitalier de Perpignan. Gabriel tente d’appeler la maraude qui pourrait l’amener au centre ouvert 24h/24 pour les sans domiciles fixes. Mais l’homme au fort accent des pays de l’Est ne veut pas non plus. N’étant pas en ivresse manifeste, tenant des propos cohérents, Michaël et Gabriel n’ont d’autre solution que de l’inviter à se déplacer vers un lieu moins dangereux que le milieu de la chaussée.

> À lire l Grève | La brigade de nuit de la police municipale exige la prime promise par Louis Aliot

*Les prénoms ont été modifiés pour respecter l’anonymat des agents.

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