Article mis à jour le 1 octobre 2026 à 18:51
Les lycéens et lycéennes de Perpignan et ses alentours ont bloqué plusieurs établissements avant de manifester ce jeudi 1ᵉʳ octobre. Ils se joignent au mouvement de protestation nationale pour de meilleures conditions d’études. Ce jeudi soir, le ministre de l’Education a annoncé qu’il recevrait les représentants du personnel, des professeurs et des lycéens.
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Sacs de cours à bout de bras, téléphones brandis vers la foule, devant le lycée Arago ce matin, quelques centaines d’élèves sont réunis. « On manifeste parce qu’on peut pas voter », revendique Lisa*, en première. L’établissement est bloqué depuis environ 7h, tout comme celui de Pablo Picasso, de Jean Lurçat et d’Aristide Maillol ce jeudi 1ᵉʳ octobre. Le mouvement national s’est répandu partout en France depuis quelques jours.
« Il faut en finir avec Parcoursup »
Au cœur de la colère, des conditions de scolarisation considérées comme chancelantes et l’impossibilité de se projeter. « Il faut en finir avec Parcoursup, s’exclame Louna. Ce sont des robots qui décident de notre avenir. » La plateforme d’admission aux études supérieures revient dans tous les discours, en lien avec la surcharge de travail qui ne permet pas de s’épanouir selon les jeunes étudiants. « J’ai les mêmes cours d’espagnol depuis la quatrième, avec un emploi du temps surchargé. » Plus loin, un lycéen explique avoir dû arrêter toute pratique sportive à cause de la charge de travail.

« Les adultes ne nous écoutent pas. C’est notre seule façon d’être entendu. L’interdiction de téléphones portables au lycée, ça peut se justifier, mais ça s’est fait sans nous. »
Le mouvement, majoritairement parti des établissements de banlieue parisienne, s’est accompagné de vidéos sur les réseaux sociaux montrant des lycées délabrés, manquant de place et de professeurs. Les lycéens perpignanais s’y reconnaissent. « La chaleur est étouffante à Arago, explique un élève de première STMG. Dans notre section, le soleil tape sur la fenêtre toute la journée. On ne peut plus se concentrer. » Pause hydratation refusée, manque d’écoute, prix des repas trop élevés, anxiété climatique… la liste s’allonge. « On sait qu’à Arago on n’est pas les plus à plaindre, reprend Emma*, mais on est aussi là par solidarité avec les autres lycées. »
Interpellations et blessures pendant la manifestation
Aussitôt dit, des lycéens de Jean Lurçat et de Pablo Picasso arrivent devant l’établissement. Le groupe prend de l’ampleur. Des scooters traversent la manifestation tandis que des mortiers sont tirés devant le lycée. Après quelques minutes, le groupe d’environ un millier de lycéens se dirige vers le lycée privé Notre-Dame de Bon Secours, puis Mariac. Le groupe se stabilise, les forces de l’ordre qui suivent le mouvement se placent face à eux. Le face-à-face se dessine pendant une demi-heure. Des lycéens ressortent le visage gazé après plusieurs usages de bombes lacrymogènes et quelques tirs de grenade lacrymogène. Quelques-uns sont évacués pour des soins après des blessures. Ils repartent avec les pompiers, le véhicule est barré d’une banderole « en grève ».


Dans la foule, un lycéen est marqué à l’épaule et aux poignets. Il raconte avoir été plaqué au sol puis menotté avant d’être emmené au commissariat le matin même, alors qu’il déplaçait une poubelle pour bloquer son lycée. La préfecture des Pyrénées-Orientales a annoncé que « 14 personnes ont été interpellées, pour des faits concernant, outre l’emploi de mortiers d’artifice, la dégradation d’un bien public (abribus), l’incendie volontaire (poubelle), des faits de violences et des faits de violences contre agents de la force publique. » Selon le ministre de l’Intérieur ce 30 septembre, l’IGPN, « police des polices », a été saisie de trois enquêtes sur le territoire national.
« On ne peut pas manifester en sécurité. Mes parents l’ont fait, mes oncles l’ont fait. Si on ne le fait pas, personne ne le fera pour nos enfants. C’est notre dernier recours », revendique Lucas, les yeux rougis par le gaz lacrymogène.
Au-delà des lycées, une mobilisation globale
Le mouvement dépasse Perpignan. Ce jeudi, entre 150 et 200 lycéens de Céret ont également manifesté. Et c’est le cas partout en France avec 350 établissements concernés ce jeudi. Le mouvement dépasse peut-être même les lycées. Plusieurs d’entre eux parlent de leur soutien envers la grève de la fonction publique, de leurs professeurs, ou encore des pompiers. Quelques jeunes manifestants ne sont pas au lycée mais viennent se joindre au rassemlement. Le mouvement semble à l’image d’une colère globale. Plusieurs slogans clament le soutien à la cause palestinienne. Les drapeaux français se mêlent à ceux du Maroc ou du Sénégal, où, il y a quelques mois, des mouvements importants de la Gen Z avaient eu lieu.

Une cellule de crise interministérielle a été convoquée cet après-midi par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Les syndicats départementaux de la CGT et FSU ont soutenu le mouvement ce jeudi et annonce une grève des enseignants « pour soutenir les revendications des jeunes mobilisé·es, les protéger et se tenir à leurs côtés là où cela est nécessaire. » La fédération des parents d’élèves des Pyrénées-Orientales demande « instantanément aux autorités un message d’apaisement et le respect strict du droit démocratique d’expression et de manifestation. »
« La colère des lycéens est compréhensible, écrit-elle dans un communiqué. (…) Nous exprimons la vive inquiétude des parents d’élèves et notre crainte réelle de voir la situation dégénérer si une issue pacifique n’est pas trouvée rapidement. La violence, d’où qu’elle vienne, et la répression ne construiront jamais l’avenir de nos enfants. »
La fédération appelle l’Éducation nationale et le rectorat de Montpellier à répondre à « l’urgence éducative des Pyrénées-Orientales ». La rectrice Carole Drucker-Godard a, quant à elle, condamné les blocages et tentatives de blocages. Elle a apporté son soutien aux chefs d’établissement et aux forces de l’ordre. Un conseil académique de la vie lycéenne exceptionnel a été organisé aujourd’hui.
*prénoms modifiés
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