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Exposition Antoni Clavé au Musée Rigaud – De l’exilé de la Retirada au front de l’art

Du 2 février au 16 mai 2019 se tiendra au musée Rigaud la rétrospective de l’œuvre d’Antoni Clavé. Une 3ème exposition temporaire perpignanaise après Picasso et Raoul Dufy qui retrace 70 ans de création. Une œuvre marquée par son parcours personnel, la guerre d’Espagne, la chute de la République, la dictature de Franco. Il fut l’un des 400 000 réfugiés espagnols à franchir les Pyrénées à l’hiver 1939. 80 ans plus tard, année de commémoration de la Retirada, l’exposition d’Antoni Clavé prend tout son sens.

♦ L’art en héritage d’Antoni Clavé à Antoine Clavé

Présent lors de la visite de presse de l’exposition des œuvres de son grand-père, Antoine Clavé, nous confiait être particulièrement fier de l’exposition.

“J’avais 8 ans quand il est décédé, j’ai donc de très nombreux souvenirs de lui. Et même s’il ne parlait pas de ces événements très durs pour lui, ce n’était pas non plus un sujet tabou. Peut-être une pudeur à dévoiler ses sentiments. Des sentiments qui s’exprimaient dans ses œuvres. La guerre et l’exil faisaient partie de sa vie personnelle et de son œuvre”.

Comme son père, commissaire priseur, Antoine Clavé se destine à une carrière dans le secteur de l’art. Malgré l’exil, sa famille a gardé un très fort attachement avec l’Espagne et la Catalogne.

♦ Rétrospective de 70 ans de création d’Antoni Clavé

Aude Hendgen, commissaire de l’expositionClavé, sur le front de l’art”, présentait le travail d’une vie. Depuis ses débuts en 1932, d’affichiste à Barcelone à son engagement auprès de l’armée républicaine où il fera ses premiers travaux lithographiques, jusqu’à son arrivée à pied avec des centaines de milliers d’autres réfugiés.

Alors qu’il est interné tour à tour à Prats-de-mollo puis aux haras de Perpignan, il parvient à se procurer quelques feuilles de papier pour y témoigner de ses souffrances, son vécu, son quotidien. C’est grâce à la garantie personnelle apportée par Martin Vivés*, conservateur de l’ancien Musée Rigaud, que l’artiste quitte son enfermement.

Un geste qui fait dire à Jean-Marc Pujol : “quel lieu plus emblématique que le Musée Rigaud pour recevoir les œuvres de Clavé. Je pense que Clavé et les exilés auraient aimé que l’on se souvienne d’eux dans un lieu culturel, un lieu où on va faire réfléchir. Cette exposition est avant tout un moment historique qui montre les souffrances des exilés”.

Pour Aude Hendgen, cette expérience, non seulement de réfugié, mais aussi de soldat est le fil conducteur de l’exposition. Le guerrier, qu’il soit représenté enchaîné ou combattant, est une des figures marquantes de tout l’art de Clavé.

La commissaire de l’exposition s’enthousiasme de faire découvrir au public de nombreuses œuvres rarement exposées au public. Ce sont des gravures, des peintures, des sculptures qui permettent de voir l’évolution de l’artiste. Artiste engagé, aux côtés de Picasso et toute l’école espagnole de Paris, dans le réseau d’entraide et de lutte contre Franco.

♦ Une technique artistique toute personnelle

À compter du milieu des années 1970, Antoni Clavé développe une technique toute personnelle : la peinture de papiers froissés en trompe l’œil. Ce sont ses recherches en gravure qui le conduisent à redécouvrir les recettes de peintre pour représenter l’illusion parfaite de la matière. Ces savoir-faire qu’il a dû maîtriser encore adolescent quand il était peintre en bâtiment à Barcelone et qu’il devait peindre du faux marbre, du faux bois et d’autres trompe-l’œil du quotidien.

Amoureux de la matière, Clavé conçoit à partir de 1975 des œuvres peintes dans lesquelles il juxtapose des collages de «vrais» papiers froissés et de parfaits trompe-l’œil de ceux-ci. Il prolonge avec audace sa réponse au collage, défi à la peinture et plus encore à la question du réel dans l’art du XXe siècle. 

Interrogée à propos d’un symbole souvent répété dans ses toiles, la commissaire nous dévoile qu’il s’agit d’un simple moule à gâteau confié par un de ses cousins. Une forme qu’il aura plaisir à reproduire dans des formats atypiques.

En juin 1977, les premières élections démocratiques depuis la mort de Franco sont organisées en Espagne. La démocratie représentative est restaurée. Le gouvernement d’Adolfo Suárez rétablit une Généralité provisoire en Catalogne et confie l’élaboration d’un projet de statut à un groupe de députés élus dans ses circonscriptions. Ces circonstances exceptionnelles incitent Antoni Clavé à rendre hommage à la Catalogne si chère à son cœur, aux souffrances et aux humiliations qu’elle a connues sous la dictature.
Trois œuvres présentées dans l’exposition s’intitulent Volem l’estatut. Elles représentent le drapeau catalan – la Senyera – en papier froissé sur lequel quatre larges bandes rouges ont été peintes et qui semble flotter au vent tel une oriflamme.

♦ Les destins croisés de Clavé et Picasso

Antoni Clavé rencontre Pablo Picasso à l’automne 1939 et intègre naturellement le réseau d’artistes républicains espagnols mené par le créateur de Guernica. Les deux hommes se lient d’amitié en 1944, une amitié artistique doublée d’une affection sincère qui ne saurait pourtant résumer leur relation. Clavé parle naturellement de l’influence de Picasso sur son œuvre pendant une période de sa vie. Il s’en est ensuite affranchi.

En 1984 et 1985, Clavé réalise pour le Musée Picasso d’Antibes un ensemble de treize peintures et collages intitulés “À Don Pablo”, hommages au maître et ami. Les deux hommes se rejoignent dans l’emploi des assemblages, transformant l’objet de rebut en singulière démonstration de vie. Les objets usuels, devenus inutiles, sont « recyclés » en matériaux d’œuvres d’art. Clavé, comme Picasso, joue sur leurs volumes, leurs surfaces, les détourne et leur confère une valeur que rien ne les destinait à recevoir, renversant la hiérarchie des choses avec humour.

* Martin Vivés était également le chef de cabinet du maire de Perpignan, Victor Dalbiez de 1929 à 1935. Le portrait réalisé par l’artiste a naturellement trouvé une place dans cette exposition. Et pour la petite histoire, Martin Vivés est également le grand-père maternel d’un journaliste bien connu dans le département, surpris de découvrir l’image de son grand-père accroché sur les murs du musée Rigaud.

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