Musée Rigaud de Perpignan – Rodin et Maillol en face-à-face

Du 22 juin au 3 novembre 2019 se tient la nouvelle exposition temporaire du Grand Rigaud. Une exposition inédite conçue comme un dialogue entre le très Parisien Auguste Rodin et le natif de Banyuls-sur-Mer, Aristide Maillol. Une réunion de deux univers qui, mis côte à côte, mettent en évidence un traitement du corps diamétralement opposé par les deux grands sculpteurs. Quand Aristide Maillol dessine la volupté tout en rondeur de la femme, Auguste Rodin sculpte la force brute et la violence du désir. Une exposition même pour les néophytes de l’art tant elle dégage une immense émotion de part la force des œuvres.

Un dialogue d’autant plus évident dans une perspective de face-à-face. Le Penseur dans sa version plâtre patinée, cette œuvre monumentale créée en 1903, face au plâtre de fonderie de La Méditerranée. Statue dont le bronze orne le patio de l’hôtel de ville de Perpignan depuis 1909.

“Un champ magnétique se crée entre les œuvres de Rodin et Maillol”

Dixit, Alex Susannà, poète, critique d’art et commissaire de l’exposition aux côtés de Antoinette Lenormand-Romain, elle-même conservatrice honoraire du musée Rodin. Chacune des salles est conçue de manière à montrer la vision de chacun des deux artistes sur un sujet particulier.

Alors même que les deux sculpteurs sont plus à l’aise sur les figures isolées, les deux groupes présentés ici semblent se répondre. À travers un thème commun, la passion amoureuse, ils permettent de souligner les caractéristiques propres à chacun des deux artistes.

La scénographie, montrant “Le groupe”, met encore plus en évidence cette vision différente du corps humain. Quand les “Nymphes de la prairie”, bronze de Maillol de 1930, montre la rondeur et la douceur féminine, le bronze de Rodin de 1902 “Les trois Ombres” est comme une réponse en négatif. La noirceur face à la lumière de la beauté des femmes. Des œuvres qui dégagent chacune une force et une présence qui marque même les plus réfractaires.

Les nymphes de Maillol sont isolées, qualifiées par l’absence de dialogue entre elles. À l’inverse, toujours selon le commissaire de l’exposition, de l’œuvre “Les trois ombres” où confluent les trois hommes dans un seul personnage.

♦ Couvrez ces membres que je ne saurais voir

En paraphrasant le Tartuffe de Molière, il est intéressant de voir que Rodin comme Maillol excellaient dans l’art de la sculpture sans membres. Pour le premier, il s’agissait de défendre le principe de la figure partielle. Antoinette Lenormand-Romain précisait que, pour le sculpteur, “il ne fallait pas ajouter des membres, car cela n’apportait rien”. 

Les Trois Ombres font donc figure d’exception avec ces mains masculines qui se rejoignent dans la noirceur. Car, précise Antoinette Lenormand-Romain, Rodin craignait que son œuvre, au départ imaginée sans mains, soit difficilement lisible. Il a donc demandé à l’un de ses élèves de rajouter les membres. Pour la conservatrice honoraire du musée Rodin, “cela retire de l’intensité à l’œuvre”.

Maillol affectionne volontiers les muses aux bras absents. C’est le cas de “L’été sans bras”, bronze qui s’offre au regard du visiteur aux allées Maillol de Perpignan. L’Été de Maillol commence par un torse sans tête ni bras ni jambes, puis devient en 1911, à travers des essais, la sculpture “L’été sans bras”, œuvre presque définitive de “L’été”, mais combien plus attractive pour Maillol.

Pour l’artiste banyulenque dont l’atelier est ouvert au public, «Les bras cachent les profils». Il considérait ses sculptures plus attractives sans extrémités.

L’ultime salle de l’exposition, titrée “Fini – Non fini”, dévoile côte à côte “La méditation” ou “Voix intérieure” de Rodin et “L’harmonie” de Maillol. La première, réalisée en 1896 est une figure allégorique représentant la poésie dans le monument à Victor Hugo. Elle ne possède ni genou, ni bras. Rodin disait d’elle : “Je considère que ce plâtre est l’une des œuvres les mieux finies, les plus poussées”. “L’harmonie” de Maillol est, quant à elle, exposée dans son état inachevé. Selon les spécialistes, dont Pierre Camo poète cérétan, “les bras étaient le tourment de Maillol”. Il déclarait en 1946 à ce propos : “les bras n’ajouteraient rien à sa beauté, ils risqueraient de lui nuire”.

♦ Rodin – Maillol, la rencontre

Les historiens la datent aux environs de 1902. Le premier avait 62 ans quand le second n’en avait que 41. Leurs relations furent denses jusqu’en 1908. Leurs échanges épistolaires, leurs écrits, leurs recherches sont autant d’éléments qui ont permis à cette exposition de mettre les deux artistes en résonance.

Pour Alex Susannà, la tentation aurait été forte d’opposer les deux sculpteurs, mais la volonté de l’exposition était de faire dialoguer les deux artistes. De les mettre face-à-face et non dos-à-dos comme nous confie Claire Muchir, la directrice du musée Rigaud.

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