Article mis à jour le 29 janvier 2026 à 10:52
Ce mardi 28 janvier, à Perpignan, les organisations patronales et agricoles des Pyrénées-Orientales ont soumis les candidats aux municipales à un exercice de « grand oral ». Devant une salle de cinéma comble, le Mouvement des entreprises de France 66 (Medef), la Fédération départementale des exploitants agricoles (FDSEA) et l’Union des entreprises de proximité (U2P) ont interrogé cinq prétendants à la mairie sur leurs projets économiques, à moins de 50 jours du scrutin. Face au patronat, les candidats aux municipales de Perpignan fixent leurs lignes rouges.
Organisée dans le cadre des vœux 2026 du monde économique, la soirée avait valeur de test pour les candidats. Pendant près de deux heures, chacun disposait de quinze minutes pour répondre à six questions, avant trois minutes de conclusion libre. Étaient présents : Louis Aliot, maire sortant et vice-président du Rassemblement national ; Mathias Blanc pour Perpignan Autrement ; Annabelle Brunet, en binôme avec Agnès Langevine (Place publique) ; Mickaël Idrac pour La France insoumise ; et Bruno Nougayrède, candidat de la droite et du centre.
Des positions divergentes sur le projet structurant
Si le temps n’est plus aux maires bâtisseurs, le Medef veut savoir si les quatre candidats et la candidate ont un projet structurant pour Perpignan.
Sur cette question, les réponses ont révélé des orientations contrastées. Louis Aliot a rapidement renvoyé la compétence à Perpignan Méditerranée Métropole, évoquant la nécessité d’un grand projet porté par l’agence d’attractivité. Mathias Blanc et Mickaël Idrac ont, eux, mis en avant la mobilité comme levier économique, plaidant pour un renforcement et une gratuité des transports publics afin de fluidifier les déplacements et soutenir l’activité. « Circuler c’est la galère », assène Mathias Blanc. Mickaël Idrac le rejoint sur ce point. « Un projet qui aura des retombées économiques positives sur le département peut passer par les transports publics. »

Annabelle Brunet a défendu une approche plus globale, parlant d’« électrochoc » économique articulé autour du numérique, de la santé, de la formation et de l’innovation. Bruno Nougayrède a insisté sur les conditions d’accueil des entreprises : ressources humaines, foncier disponible, accès au capital et coût de l’énergie.
Fiscalité : stabilité, exonérations ou baisse assumée
Sur la fiscalité locale, tous s’accordent sur un point : éviter toute hausse. Mathias Blanc a insisté sur la lisibilité et la stabilité des taux, condition essentielle selon lui pour les entreprises. Annabelle Brunet propose un gel de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) et la création d’un observatoire fiscal associant chambres consulaires et syndicats.


Mickaël Idrac défend une exonération de la Cotisation foncière des entreprises (CFE) pour les plus petites d’entre elles en difficulté, assumant une fiscalité différenciée en faveur des TPE et PME. Bruno Nougayrède promet de ne pas augmenter les impôts et envisage une baisse des taux si les bases fiscales progressent. Louis Aliot, enfin, plaide pour une stabilité contrainte, estimant qu’une baisse des impôts se ferait au détriment des services publics locaux.
Stationnement, habitants et animation au cœur du débat pour redynamiser le centre-ville de Perpignan
La revitalisation du centre-ville a cristallisé les échanges. Annabelle Brunet propose de mobiliser 1 000 places de stationnement lors des temps forts commerciaux et de relancer de grandes animations urbaines. Bruno Nougayrède défend la gratuité de la première demi-heure de stationnement et assume une politique de « retour des propriétaires occupants » pour recréer de la mixité sociale.


Louis Aliot mise sur une nouvelle entrée nord de la ville, un parking relais et un projet de zone franche en centre-ville qui serait actuellement en discussion avec l’État. Cette dernière proposition a été vivement contestée par Mathias Blanc, sceptique sur la faisabilité juridique d’une telle mesure. Mickaël Idrac, de son côté, plaide pour une relance par la consommation populaire et la création d’un adjoint à la « ville productive », interlocuteur direct des artisans.
Quelle stratégie pour Perpignan Méditerranée Métropole ?
Interrogés sur la Communauté urbaine, tous les candidats reconnaissent le rôle central de la ville-centre. Mickaël Idrac affirme vouloir se concentrer exclusivement sur la mairie, assumant un rapport de force avec l’agglomération. L’Insoumis en profite pour lancer un tacle au maire sortant. « Depuis deux ans et demi, je me prépare pour l’élection des municipales à Perpignan. Nous ne jouons pas le coup d’après. Parce que sinon, c’est trop facile de venir se plaindre, ‘c’est pas ma faute, c’est la faute de l’agglomération’ et on entend très souvent le maire le faire. »

Mathias Blanc et Bruno Nougayrède estiment au contraire indispensable que le maire de Perpignan prenne la tête de l’intercommunalité. Annabelle Brunet, candidate en binôme Agnès Langevine, ne semble pas encore avoir tranché la répartition des rôles en cas de victoire.
Eau, foncier agricole et renouvellement des générations : un sujet technique, peu idéologique
Sur la gestion de l’eau et la préservation du foncier agricole, les propositions sont restées prudentes. Tous évoquent les retenues d’eau et la lutte contre les fuites. Louis Aliot est le seul à défendre explicitement un projet d’usine de dessalement, estimé à 40 millions d’euros. Pour Bruno Vila, président de la FDSEA, l’essentiel était ailleurs : « L’eau n’est pas un sujet idéologique. La sécheresse ne se gère pas avec des arrêtés, mais avec des infrastructures. » Si Bruno Vila est globalement satisfait de la tenue du débat, il considère que « sur des sujets très techniques comme l’eau, on voit qu’il y a encore un vrai besoin de pédagogie. La sécheresse ne se réglera pas à coups de discours, mais par un travail collectif et des solutions concrètes. »
Trois minutes pour convaincre
En fin d’oral, les candidats avaient trois minutes pour exposer le sujet de leur choix. Louis Aliot a tenté de défendre son programme de soutien aux entreprises locales via notamment la commande publique ou la rénovation urbaine. Mathias Blanc a parlé d’économie sociale et Mickael Idrac d’écologie, trop absente du débat à son goût. Annabelle Brunet est revenue sur la nécessité de sortir Perpignan de l’isolement. Quant à Bruno Nougayrède, pour conclure ce qu’il a qualifié « d’entretien d’embauche », il est revenu sur sa propre expérience en tant que chef d’entreprise et appelant à une gestion municipale basée sur l’exemplarité.
Le débat diffusé en direct est à retrouver sur la chaine Youtube du Medef.
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