À Perpignan, ils sont devenus des rendez-vous incontournables à la portée internationale : les Block Parties de la Casa Musicale. Pour célébrer les 30 ans du festival Ida y Vuelta, la compétition voit les choses en grand. Direction artistique, organisation, programmation : tous les curseurs ont été poussés plus loin. En coulisses, Lucie Le Guen, chargée d’accompagnement hip-hop à la Casa, et Adam, du Mercenaire Crew, dévoilent les secrets de cette édition anniversaire, placée sous le signe du partage.
La réputation des block parties dépasse depuis longtemps les frontières catalanes. En restant fidèles à leur ADN, un événement gratuit, en plein air et ouvert à tous, les organisateurs perpétuent l’esprit originel des block parties : une fête populaire née dans la rue. « Ça permet aussi de remettre au centre d’un festival de musique l’importance de la danse et de montrer que les deux peuvent se connecter », annonce Lucie. Si la compétition jouit aujourd’hui d’une solide renommée dans le milieu du hip-hop, ce n’est pas tant pour les gains à remporter que pour l’atmosphère unique qui s’en dégage.

Car à Perpignan, le succès repose aussi sur un public à part. Il est majoritairement composé de non-initiés, il n’en est pas moins passionné. « Tous les danseurs sont sur scène, mais dans le public, tout le monde peut se mettre à danser, et cela crée une grosse ambiance de qualité », prévient Adam. Les spectateurs n’hésitent pas non plus à faire entendre leur voix lorsqu’ils contestent les décisions du jury. Une ferveur que les danseurs apprécient particulièrement. Ici, toutes les générations et tous les horizons se retrouvent autour d’une même énergie.
La direction artistique confiée à trois figures historiques des Block Parties
Pour cette édition des 30 ans, la direction artistique a été imaginée conjointement par Nasty, Hamid Bensami et Sébastien Ramirez, piliers de la Casa Musicale. Nasty a grandi avec l’établissement, et il revient après être passé entre autres, par la direction artistique d’évènements tels que la fête de la musique à Marseille ou encore le Red Bull Symphonic aux Champs Elysées. Hamid Bensami est l’incontournable professeur de breaking de la Casa. Il rayonne à travers toute l’Europe à travers différents projets comme les Furies Crew de Montpellier ou les Supremos Crew à Valence en Espagne. Enfin, Sébastien Ramirez, qui a lui aussi fait ses débuts à la Casa, est aujourd’hui un chorégraphe international, n’hésitant pas à mêler le hip-hop avec la danse contemporaine, le ballet, les arts martiaux ou encore le théâtre.
Leur ambition pour cette édition : mettre en lumière la très jeune génération et valoriser les talents qui feront le hip-hop de demain. À l’image d’Adam, bientôt 18 ans : « Je peux aller puiser aussi bien dans le flamenco que dans la danse contemporaine pour enrichir mon univers et créer mon propre style ». Une démarche qui reflète parfaitement la philosophie de la Casa : un hip-hop ouvert, curieux et perméable aux influences extérieures. Cette édition pourrait bien révéler quelques futures références de la scène de demain.
Le retour des battles en 3 contre 3
Après plusieurs années dominées par le format 5 contre 5, les 3 contre 3 reviennent. Un changement qui modifie en profondeur l’esprit de la compétition. Les équipes de cinq reposent généralement sur des crews déjà constitués, avec des routines préparées. « En tant que public, on est dans l’émerveillement, et l’idée de Nasty, c’était vraiment d’axer le battle sur les danseurs pour permettre au public de mieux comprendre les choix des jurys, de percevoir leur identité, leur vocabulaire, ce qui les différencie », explique Lucie. Car les formations en 3 contre 3 sont créées spécialement pour l’événement. Les participants disposent de seulement quelques jours pour apprendre à se connaître et construire une cohésion. Résultat : davantage d’improvisation, de spontanéité et de prise de risque, et chaque danseur peut proposer deux passages au lieu d’un en 5-5.



Chaque danseur bénéficie ainsi d’un espace d’expression plus important. Musicalité, créativité, personnalité : autant de qualités qui s’expriment plus clairement dans ce format resserré. « On ne promet pas que le public sera d’accord avec le jury mais en tout cas il aura plus de clés de lecture », prévient Lucie.
Le hip-hop se met au vert
Cette édition marque également une nouvelle étape dans la démarche d’éco-certification engagée par le festival. Si la qualité artistique reste le premier critère de sélection, les organisateurs ont privilégié des équipes déjà présentes sur des tournées passant à proximité de Perpignan, limitant ainsi les déplacements aériens inutiles.
Par ailleurs la scène catalane est une réalité qui dépasse les frontières administratives, en témoigne la présence dans le jury de Movie One, B-Girl barcelonaise reconnue sur la scène internationale et déjà sollicitée pour juger les Battle of the Year, souvent considérés comme la Coupe du monde de la discipline. Aux platines, DJ B.Ros, lui aussi venu de Barcelone, sait créer une ambiance dans l’instant, et faire monter la tension.
Artistes et athlètes
Depuis l’entrée du breaking au programme officiel des Jeux olympiques de Paris 2024, la question de la santé des athlètes occupe une place grandissante. Spectaculaire et exigeante, cette discipline met le corps à rude épreuve. Conscient de ces enjeux, Nasty a accordé une attention particulière aux conditions d’accueil : menus adaptés, présence de kinésithérapeutes, salles d’entraînement ouvertes plusieurs jours avant la compétition… autant de dispositifs encore peu répandus il y a quelques années.

L’accueil des artistes sera également assuré par les jeunes danseuses et danseurs de Perpignan. Une expérience qui leur permettra de développer de nouvelles compétences dans les domaines de l’organisation et de la logistique.
Pour Adam, cette implication fait pleinement partie de l’aventure : « C’est une occasion supplémentaire de créer des liens entre les langues et les cultures. » Avant d’ajouter : « Le but, c’est que chacun se sente à l’aise et oublie un peu l’enjeu de la compétition. »
Car au-delà des performances et des trophées, les Block Party de Perpignan cultivent depuis trente ans ce qui fait leur identité et leur renommée : la convivialité et l’échange.
Ce jeudi 4 juin, le rendez-vous est donné. Et ce ne sont pas les quelques gouttes de pluie annoncées qui détourneront les danseurs et le public perpignanais de cette grande fête du hip-hop. Tout le programme est à retrouver ici.
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