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Pollution de l’air à Perpignan, Alternatiba 66 ne s’en laisse pas compter

Pollution de l’air à Perpignan : Alternatiba 66 ne s’en laisse pas compter

Article mis à jour le 28 novembre 2023 à 19:25

Ce lundi 19 juin les militants d’Alternatiba 66 étaient réunis au-dessus de l’autoroute A9, sur le pont du chemin du Pont des jardins entre Perpignan et Saint-Estève. Le but ? Se livrer pendant 24h à une opération de comptage de camions afin de dénoncer la pollution de l’air à Perpignan.

Opération comptage des poids lourds au-dessus de l’A9

Compteur à la main, le regard tourné vers la frontière, ils sont une vingtaine de militants perchés au-dessus de l’A9 en ce milieu de matinée. À tour de rôle, ils ont égrainé les camions toute la nuit, au rythme du klaxon enthousiaste des automobilistes. C’est le cas de Valérie qui a pris le relais à 7h30 du matin avant d’enchaîner bientôt avec une journée de travail. « Y a bien pire relativise-t-elle dans un sourire, je suis bien entourée ! ». Bien entourée et bien équipée : les chaises de camping, les larges auvents fournis par la CGT et les cageots de pêche disposés çà et là rendent la tâche moins ingrate.

L’opération a commencé à 22h la veille, avec la reprise du trafic poids lourds, interrompu le dimanche. Douze heures après, les compteurs d’Alternatiba 66 (originellement destinés au bétail) ont dénombré plus de 7000 individus sur l’A9 et la RN9 attenante. Soit quasiment 10 camions à la minute. « C’est énorme » souligne un militant présent sur place. Une moyenne pour l’instant conforme aux décomptes réalisés par l’INSEE sur la seule autoroute A9. En 2022, l’Institut national de statistique estimait le trafic à 12.600 camions par jour, notant une augmentation 6,7 % par rapport à 2021.

« Trafic PL A9 = pollution à Perpignan »

L’ambiance est bien moins étouffante que ce à quoi on aurait pu s’attendre au-dessus de l’asphalte de l’A9. Une légère brise souffle sur l’autoroute : un air frais mais certainement pas sain. Le bilan annuel sur la qualité de l’air d’ATMO Occitanie ne laisse pas place au doute.

« Dans l’agglomération de Perpignan, la pollution au dioxyde d’azote est principalement liée au transport routier. Les zones les plus touchées se situent majoritairement dans le voisinage d’axes importants (autoroute, rocades, voies sur berges) et le long des voies dont la configuration étroite favorise la concentration (effet « canyon »), axes fort trafic de traversée de la ville. ».

Ainsi, sur la plupart de l’agglomération perpignanaise, la pollution de l’air est supérieure aux normes prescrites par l’OMS. Il faut dire que depuis le pont, les habitations du Bas-Vernet ne sont qu’à quelques encablures. Une banderole, préparée par les militants simplifiait l’équation : « Trafic PL (poids lourds NDLR) A9 = pollution à Perpignan ». Cependant,  la gendarmerie de Saint-Estève a demandé son retrait, invoquant un risque pour la sécurité des automobilistes,.

Comment changer d’air ?

Pour rendre l’air plus respirable, l’association enjoint les décideurs locaux à se pencher sur les divers outils à leur disposition. « On a demandé un plan de protection de l’atmosphère au préfet » révèle Éric Le Balier, membre fondateur d’Alternatiba 66.

La réduction de la limitation de vitesse à 90 km/h pour tous les véhicules sur la portion d’autoroute longeant la ville fait partie des solutions proposées par l’association. Une décision qui reviendrait au préfet mais dont le maire pourrait être à l’initiative. En 2015, la ville de Valence avait œuvré pour la mise en place de cette législation. Elle avait permis de limiter de 15 % l’émission de gaz à effet de serre aux abords de la ville. « S’il y a des villes qui ont pris des mesures, Perpignan n’a rien fait ! Alors qu’on a l’un des flux les plus importants de camions ! », s’insurge E. Le Balier.

L’énigme du trafic ferroviaire

Mais la problématique s’inscrit également dans des dynamiques nationales. En France, la stagnation de la part du trafic ferroviaire, pourtant seule alternative crédible au transport routier, interroge particulièrement les militants pour le climat. Autrefois hégémonique, le fret ferroviaire plafonne depuis plus de 10 ans aux alentours de 10 % du transport total de marchandises. Une situation d’échec, alors même que les gouvernements successifs ont annoncé divers plans de relance. Le cas de la fermeture annoncée du train des primeurs, reliant quotidiennement Perpignan et Rungis a fait beaucoup de bruit dans la région. Une situation symptomatique de politiques de réorganisation du fret par la SNCF et d’infrastructures vieillissantes selon Eric.

Or, parallèlement, la part de transport par poids lourds, plus attractif, n’a cessé d’augmenter. « La route, c’est la flexibilité, la rapidité, la fiabilité, les prix bas, la disponibilité de la capacité » résumait le président de l’Association des utilisateurs de transport de fret dans un entretien au Monde. « Ça devrait aller dans l’autre sens » déclare Eric, amer.

Alternatiba 66 n’en est pas à son coup d’essai

Alternatiba est un mouvement citoyen qui se décrit comme « apartisan » visant à alerter sur les conséquences du changement climatique. Le mouvement promeut des alternatives écologiques tout en dénonçant les pratiques et comportements écologiquement problématiques. « On est l’aiguillon qui va un peu agacer l’économie, parce que le tout économie ça ne marche pas tout le temps. Au bout d’un moment, il faut renverser un peu les choses quoi ! », déclare Gilbert, militant.

Leur antenne locale dans les Pyrénées-Orientales Alternatiba 66, date de 2015 au moment de la Cop21. L’association, qui compte à peu près 70 adhérents a déjà fait parler d’elle à plusieurs reprises ces dernières années dans le département. En décembre dernier par exemple, lorsqu’ils avaient mené une campagne de dénonciation à l’égard de 110 entreprises perpignanaises dont les enseignes lumineuses restaient allumées la nuit.

À Perpignan, le mouvement fait cependant face à un vieillissement de ses adhérents. Une situation qui préoccupe les membres de l’association : « je trouve important qu’il y ait des jeunes qui aient une vision plus percutante que la nôtre » rappelle Gilbert. Éric préfère relativiser : « on vieillit tous et on devient ce qu’on appelle des « boomeurs » aujourd’hui. Donc les jeunes ont du mal a nous rejoindre et se tournent plus vers des mouvements où il y a des jeunes, c’est normal… ». D’autant que, selon lui, la lutte pour le climat a toujours obéi à des dynamiques générationnelles. La jeunesse militante des Pyrénées-Orientales se tourne donc vers d’autres associations avec d’autres formes de mobilisation. La montée en puissance d’Extinction-Rébellion révèle cette attractivité. Pour Eric, l’essentiel est là, « on n’est pas en concurrence, on est tout à fait complémentaires ».

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