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Sécheresse : « une épée de Damoclès » pour René, petit exploitant bio à Llupia

Sécheresse: "une épée de Damoclès" pour René Rovira, petit exploitant bio à Llupia

Article mis à jour le 11 mai 2023 à 18:54

Dans le contexte de sécheresse inédite que connait le département, le préfet des Pyrénées-Orientales a établi de nouvelles restrictions. L’agriculture se voit contrainte de réduire de moitié son irrigation et voit son accès à l’eau de l’Agly et de la Têt de nouveau restreinte. Des règles qui touchent aussi bien les grandes que les petites exploitations, comme celles de René Rovira à Llupia.

« C’est une épée de Damoclès au-dessus de ma tête ».

René Rovira n’a pas de mots assez forts pour exprimer son inquiétude face au manque d’eau qui touche tout le territoire des Pyrénées-Orientales. L’agriculteur fait partie des petits exploitants en bio : 2,5 hectares en arboriculture et 7000 mètres carrés en maraîchage sur la commune de Llupia.

L’agriculteur faisait déjà partie des bons élèves avant le passage en « crise sécheresse ». Les économies d’eau sont devenues son quotidien depuis quelque temps déjà. « Les 50 % d’arrosage en moins, on n’est pas loin de ça. » René arrose avec son propre forage qui fonctionne sur batterie photovoltaïque, ce qui restreint déjà les capacités de pompage. Chaque année, il déclare sa consommation d’eau à la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer), l’organe dont dépend la police de l’eau.

Toutes ses cultures sont arrosées en goutte à goutte, et du paillage biodégradable à base d’amidon de maïs a déjà été installé pour préserver l’humidité du sol. L’agriculteur va même aller plus loin : en prévision de l’été qui s’annonce aride, il a commandé du broyât vert qu’il va répandre sur les pieds de tomates, les poivrons et les aubergines pour éviter l’évaporation.

« Avec ça, je pense pouvoir économiser au moins 30 % ou 40 % d’arrosage et sauver les récoltes de l’été. » René estime faire déjà le maximum pour sauver ses cultures. « Pour les arbres fruitiers, on utilise 30 litres d’eau par semaine. En conventionnel, c’est au moins le triple. Je vais avoir du mal à descendre plus bas, sinon je vais avoir de grosses pertes. J’accepte déjà d’avoir une perte de rendement, mais si on baisse encore plus, les cultures vont flétrir. »

Chaque semaine, René fournit près de 70 paniers aux membres de l’Amap d’Energie Citoyenne.

Les membres de cette association pour le maintien de l’agriculture paysanne signent un contrat à l’année avec l’agriculteur pour acheter ses fruits et légumes et payent plusieurs mois d’avance pour permettre une meilleure visibilité à l’exploitant. René quant à lui s’engage à leur fournir un panier hebdomadaire, pour une (11 € le panier) ou deux personnes (20€ le panier). Un système sécurisant selon le maraîcher de 58 ans : « C’est une assurance que la récolte est vendue, de savoir les quantités qu’il faut planter et combien je peux prélever pour vivre décemment ». Il est installé depuis trois ans avec son fils, et chacun se tire un revenu d’environ 800€ par mois.

Mais si faire partie d’une Amap lui procure une certaine sécurité financière, ça ne le protège pas plus des conséquences d’une mauvaise récolte due à la sécheresse: « Si la cueillette est vide, ce n’est pas soutenable. Il faut qu’il y est quelque chose dans le panier… les gens acceptent qu’il soit moins rempli, mais il ne peut pas être vide. » Depuis la semaine dernière, les courgettes, concombres, oignons et fèves ont commencé à être récoltés, les fraises ne vont pas tarder.

Le maraîcher évacue les possibilités d’aides aux agriculteurs annoncées par le ministre de l’Agriculture la semaine dernière. « Si je me base sur mes antécédents, j’ai été inondé deux fois en 2015. Malgré l’état de catastrophe naturelle, au bout de deux mois et demi on m’a répondu que j’étais sur une ferme trop diversifiée et que je ne toucherai rien du tout. Ces histoires d’aides, ça se finit toujours en entonnoir et les petits n’y ont pas droit. Pour la sécheresse ça va faire pareil alors je n’attends rien du tout. »

Pour l’agriculteur, l’argent doit être investi dans des fermes pilotes pour le développement de nouvelles cultures plus propices à un climat aride, comme la pistache ou la noix de cajou : « Il faut changer de stratégie. Indemniser seulement les agriculteurs c’est comme mettre du plâtre sur une jambe de bois. »

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