Témoignages | 1ère soirée d’un Ramadan à nouveau sous Covid

Ramadan à nouveau sous Covid

Le ramadan débutait ce mardi 13 avril. Pour la deuxième fois en France, il doit se vivre à la sauce Covid-19. Tout comme pour Pessa’h ou pour la procession du Vendredi Saint, les croyants s’adaptent pour une pratique version 2021. Les habitudes changent désormais ; et des sacrifices doivent être faits pour respecter les mesures sanitaires en vigueur.

Outre une journée de jeûne à sec précédent un iftar au coucher du soleil, le mois saint des musulmans, quatrième pilier de l’Islam, est une période propice à différentes incitations. De citer notamment : le renouement religieux et spirituel ; le ressourcement ; l’union collective; la fraternité et la solidarité ; la Zakaat ; mais aussi les retrouvailles dans la convivialité.

Deux Perpignanais nous ont partagé leurs ressentis sur ce deuxième ramadan depuis la pandémie. Céline* et Fred*, croyants non-pratiquants, sont dans deux états d’esprit différents. Témoignages.

♦ Céline ne cache pas sa nostalgie pour l’an dernier

Interrogée sur ses souvenirs du ramadan de l’année dernière, Céline pousse un grand “ouf” de bonheur. “Je l’ai vécu comme dans une douce bulle hors du temps. J’ai ressenti la possibilité de pouvoir le faire dans des conditions idéales. Nous étions chez nous; nous pouvions nous reposer ; et nous avions la chance d’avoir le temps. Nous avons pu cuisiner des plats qu’on n’a pas l’habitude de faire, normalement, faute de temps”

Céline insiste – comme une grande partie des français.es au sujet du premier confinement – sur une certaine notion agréable du temps. J’ai eu une importante prise de conscience. Comme se prendre des créneaux nécessaires pour pouvoir méditer ou lire. De même pour le côté spirituel”. La Perpignanaise détaille sur ce dernier point et nuance :

“Je ne parle pas du religieux, je ne suis pas trop là-dedans. Je préfère dire spirituel. Nous étions dans une période de vie où le monde était en train de changer et nous le savions. Ça a été un ancrage intérieur fort”

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♦ Quand il faut assumer la sale gueule au bureau

La quarantenaire est basée à Perpignan. Elle est à son compte mais ne peut pas télétravailler aujourd’hui. Céline ne se lasse pas de repenser au ramadan précédent, vécu dans un monde mis en pause. Elle continue, nostalgique, avant de faire la comparaison avec le présent : “En tant que français.es, nous n’avions jamais vécu un ramadan dans un tel environnement. Habituellement, quand tu fais le ramadan, la vie continue et tu dois courir ; tu dois respecter les plannings, tu dois être aussi performant.e que les autres qui prennent leur café. Mentalement c’est dur de garder ce rythme, de voir que tout va aussi vite, alors que t’es épuisé.e“. 

Et de se confier dans l’auto-dérision : “Aujourd’hui, pour ceux qui peuvent télétravailler, ou les auto-entrepreneurs qui peuvent se permettre de petits kiffes, ce n’est peut-être pas le même discours. Sinon attention : il faut assumer la tête de merde et l’haleine qui sent mauvais. Non mais finalement, en 2020, il n’y avait pas tout ça à gérer. Tu étais bien enfermé.e et en famille. Mais aussi face à toi-même”.

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♦ Céline : “J’ai beaucoup pensé aux personnes isolées “

La discussion se poursuit mais nous la réinterrogeons sur ses propos de la spiritualité lors du ramadan 2020. Est-ce que tous ces changements dans le monde l’ont poussée à davantage de réflexion ? Elle confirme et argumente. “Personnellement ça m’a amenée à beaucoup de méditation. Mais aussi à sortir de ma condition. À avoir une vision du jeûne complètement différente et de le ressentir encore différemment.  J’étais davantage en adéquation avec mon corps. C’était vraiment fort”.

Pas de frustration donc l’année dernière ?  “Je ne vais pas à la mosquée donc il n’y a pas eu de manque de ce côté-là. Il y a eu un manque de la famille et des amis pour les dîners forcément. Le ramadan, c’est le partage. C’est la contribution commune. Tout ça n’a pas pu exister. J’ai beaucoup pensé aux gens qui sont seuls. Les pauvres !”

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♦ “J’ai l’impression que nous sommes dans une vie qui est pire que celle d’avant.”

Céline est plus négative concernant cette année. Les mois ont passé et la pandémie est toujours là. Ce poids se ressent dans ses propos. “Ce ramadan ne sera pas du tout comme celui de l’an dernier. La vie professionnelle a repris. En 2021, j’ai l’impression que nous sommes dans la bulle d’une bulle : nos activités et nos responsabilités sont revenues à mille pour cent”.

Et elle élargit le dialogue : “Il faut souligner la misère qui s’est beaucoup installée. Les plus démunis sont encore plus démunis”. Céline participe une fois par semaine, et bénévolement, à des distributions de repas et de vivres aux étudiants de la ville. “J’ai l’impression que nous sommes dans une vie qui est pire que celle d’avant. Pourtant je fais des choses pour donner de l’espoir, mais aussi pour m’en donner : l’associatif me remet dans la réalité“. 

La Perpignanaise se sent déjà fatiguée en ce premier jour de ramadan. C’est comme si nous devions pousser un bagage dans chaque main. Il faut avancer avec tout ce poids”. Avant de conclure sur une note positive : “Je pense que la solidarité, qui s’exprime traditionnellement pendant ce mois saint, prend tout son sens aujourd’hui. Tout ce qu’on peut partager, on doit le faire encore plus”.

Centre Communal d'Action Sociale CCAS Perpignan distribution repas personnes en difficulté quartier Saint Mathieu © Arnaud Le Vu / MiP / APM

♦ Pour Fred, faire les courses a miné l’ambiance du ramadan

Fred, la trentaine en recherche d’emploi, ne se remémore pas l’an passé de la même manière que Céline. Le confinement strict l’a déprimé.Nous n’avions pas les plats traditionnels qu’on a l’habitude de manger pour le ramadan. Nous n’arrivions pas à faire les courses chaque jour. Le gros problème était logistique“.

Fred s’occupe de ses parents qui vivent chez lui. “À l’époque c’était nouveau. Nous connaissions moins le virus, nous ne savions pas comment réagir, en plus des pénuries de masque. J’avais peur de contaminer ma mère qui est une personne à risque. Faire les courses était une grosse pression psychologique”.

Il semble que le confinement n’ait pas favorisé la pratique du ramadan pour Fred. Physiquement oui, j’étais posé ; mais mentalement, ce n’était pas ça du tout. Ne pas profiter des retrouvailles c’était dur; juste le fait de ne pas pouvoir sortir après manger, ou ne serait-ce de se retrouver autour d’un thé et d’une pâtisserie avec les voisins. C’était un ramadan bizarre. Nous n’avons pas pu profiter de tous ses aspects. L’ambiance était lourde pour un ramadan”.

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♦ Pour lui, le ramadan 2021 sera plus simple à gérer que celui de l’an passé

Interrogé sur les adaptations faites pour cette année, il répond par l’aspect logistique.Beaucoup ! J’ai fait les grosses provisions. Pour ce qui est du reste, non, et je pense que ce sera la même ambiance. Pour moi, c’est le même cas de figure que l’an dernier à peu de chose près ; et dans le sens où nous subissons un énième confinement et que le taux de contamination reste important. Mais désormais, nous ne sommes plus dans l’inconnu. Nous savons comment se protéger”. 

Que peut-on souhaiter pour Fred durant ce ramadan ? “C’est le cas pour tout le monde : un déconfinement d’ici peu. Avant la fin du ramadan. Ce serait trop dur si on nous le rallongeait d’encore quelques semaines”. À l’heure actuelle, le déconfinement est prévu pour mi-mai. L’Aïd el-Fitr, fête qui marque la fin du ramadan, est prévue pour le 13 mai.

L’AFP, dans un article de mai 2018, estime que “la France compte entre cinq et six millions de musulmans pratiquants et non-pratiquants (…) ; ce qui fait de l’islam la deuxième religion du pays ; et fait de la communauté musulmane française, la première communauté musulmane en Europe“.

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