Série – « Le mois de l’Europe ». Jusqu’au 31 mai, le Joli Mois de l’Europe sensibilise aux actions de l’Union européenne. Parmi les leviers d’actions européens, au-delà des volets politiques et des questions liées à la citoyenneté, les aides économiques. Ces dernières couvrent un spectre très large de politiques publiques qui touchent directement les citoyens. Photo d’illustration © Unsplash – Fabian Kleiser.
Que ce soit en ville à Perpignan, à l’université, dans une exploitation agricole du Conflent, ou via un projet de développement d’une commune touristique de la côte, l’Union européenne est souvent présente sans être nommée. FEDER, FSE+, FEADER, POCTEFA, PAC, Erasmus+ : les sigles sont opaques, mais les montants sont bien réels.
Pour réaliser ce panorama, Made in Perpignan s’est appuyé sur deux sources publiques. D’abord sur Kohesio, la plateforme de la Commission européenne qui recense les projets soutenus par les fonds européens de cohésion dans les territoires. Et ensuite sur les données publiées par L’Europe s’engage en Occitanie, qui détaillent les bénéficiaires des programmes européens gérés à l’échelle régionale. L’objectif n’est pas ici de présenter une vision exhaustive de l’ensemble des financements européens dans les Pyrénées-Orientales. Mais bien de montrer l’éventail des domaines dans lesquels l’Union européenne investit concrètement dans le département.
La plateforme Kohesio donne une idée globale du nombre de projets soutenus dans les départements en offrant une cartographie par territoire et par commune. A l’échelle des Pyrénées-Orientales, 377 projets de financements sont présentés pour la période 2014-2020 (dont 129 pour la seule ville de Perpignan).
Soutien de l’économie locale et de l’emploi
C’est l’un des volets les plus concrets des financements européens. Dans les Pyrénées-Orientales, les fonds européens ne servent pas uniquement à financer des équipements publics. Ils accompagnent aussi des entreprises, des projets touristiques ou des structures qui aident des porteurs de projet à créer leur activité.
À Canet-en-Roussillon, ils accompagnent la filière nautique avec 900 000 euros de FEDER pour l’agrandissement de l’usine Windelo / Gokata18, spécialisée dans les catamarans écoresponsables, et 400 000 euros pour l’industrialisation de Tenderlift Group, acteur des plateformes hydrauliques pour bateaux de plaisance. Le tourisme est également concerné : 400 000 euros pour un projet hôtelier à Amélie-les-Bains-Palalda, 200 000 euros pour un hôtel 4 étoiles à Collioure, 200 000 euros pour un autre à Torreilles, ou encore 117 000 euros pour la réhabilitation du Grand Hôtel du Golfe à Argelès-sur-Mer.
À côté de ces investissements visibles, le FSE+ finance aussi l’accompagnement à la création d’activités. Ou encore du conseil et du suivi pour des entrepreneurs. Plusieurs structures locales ou régionales, comme Plein Sud Entreprises, Perspectives ou BGE Languedoc Catalogne, sont ainsi soutenues pour accompagner ces projets, avec des aides allant de 153 000 à 426 000 euros.
Bâtir ou rénover les infrastructures du quotidien
L’Europe investit aussi dans des infrastructures utilisées au quotidien par les habitants du département. Elle soutient ainsi la création ou la rénovation d’équipements publics, culturels, sportifs ou encore patrimoniaux.
Les données consultées montrent, entre autres, l’appui au Mémorial du camp de Rivesaltes pour la refonte de son parcours scénographique (plus d’un million d’euros). À Pézilla-la-Rivière, près de 460 000 euros accompagnent la création du Centre d’interprétation d’architecture et du patrimoine des Celleres. À Banyuls-sur-Mer, plus de 200 000 euros soutiennent la création d’un parcours de visite au Mas Reig, dans le cadre du développement d’un pôle oenotouristique. À Prades, la rénovation et l’extension de la Maison Felip bénéficient de près de 144 000 euros.
Les équipements du quotidien sont également concernés. À Tresserre, la création d’un espace associatif intergénérationnel est soutenue pour plus de 90 000 euros. À Maureillas-las-Illas, l’Europe finance aussi la création d’un pumptrack, avec une enveloppe dépassant 70 000 euros. À Port-Vendres, c’est la requalification des quais qui bénéficie de plus de 115 000 euros.
Maintenir l’activité agricole
L’agriculture constitue l’un des grands canaux historiques d’intervention de l’Union européenne. Dans les Pyrénées-Orientales, la politique agricole commune (PAC) représente environ 50 millions d’euros par an. Elle est versée aux exploitants agricoles via différentes aides : au revenu, à l’élevage, à l’installation, aux pratiques environnementales ou au développement rural.
Cette PAC reste discutée : sa répartition est jugée insuffisamment redistributive par une partie du monde agricole, et son rôle dans la transition écologique demeure contesté. La Commission européenne met d’ailleurs en avant, pour l’après-2027, l’idée d’un soutien plus ciblé aux agriculteurs, dans le cadre des propositions budgétaires 2028-2034 encore en négociation. Mais localement, son poids est décisif.
Dans un département où l’élevage, la viticulture, le maraîchage ou l’arboriculture font face à la sécheresse, aux coûts de production et aux difficultés de transmission, ces aides contribuent directement au maintien de l’activité agricole. À cela s’ajoutent aussi des soutiens européens aux entreprises de l’industrie agroalimentaire, qui participent à structurer les filières locales et à assurer des débouchés pour les productions.
Adapter le territoire au climat
Alors que les Pyrénées-Orientales sont en première ligne face au dérèglement climatique, les aides européennes sont cruciales. Entre les épisodes de sécheresse, les vagues de chaleur, l’érosion du littoral et ou encore le risque d’inondation, les défis sont nombreux.
Perpignan Méditerranée Métropole bénéficie ainsi de 393 529 euros de FEDER pour l’Observatoire de la Côte Sableuse Catalane, chargé de suivre l’évolution du trait de côte, des dunes et des mouvements de sable. Sur le bassin de l’Agly, 321 000 euros soutiennent l’opération « Agly à l’abri », destinée à réduire la vulnérabilité du bâti face aux crues. A Canohès, l’Europe a investi 139 000 euros pour la mise en place d’une chaufferie automatique au bois, dans le cadre de la réhabilitation totale des groupes scolaires et périscolaires.
Développer les liens transfrontaliers
Dans les Pyrénées-Orientales, cette coopération prend des formes très concrètes. Le POCTEFA soutient par exemple des projets entre l’Université de Perpignan Via Domitia et l’Université de Gérone, pour structurer un espace transfrontalier de formation supérieure et de recherche. Il finance aussi des coopérations sportives et culturelles, comme le projet porté par l’USAP et le GEiEG de Gérone autour du rugby.
D’autres projets concernent l’artisanat et la gastronomie catalane, avec la Chambre des métiers d’Occitanie et la Chambre de commerce de Gérone, le tourisme pyrénéen avec EnjoyPyr, ou encore la biodiversité avec Gestes. La question de l’eau est également au cœur d’un nouveau programme transfrontalier nommé Gestrac, dont l’objectif consiste à mettre en commun les connaissances des acteurs de part et d’autre de la frontière, pour organiser un suivi commun.
Autant d’exemples qui montrent que l’Europe ne finance pas seulement des équipements localisés, mais aussi des circulations, des coopérations et des usages partagés. Des investissements précieux dans un territoire frontalier comme les Pyrénées-Orientales.
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