fbpx
Aller au contenu

Enquête sur le projet éolien de Passa – Les Aspres finiront-elles en champs d’éoliennes ?

Dossier Éoliennes de Passa - Força Real éoliennes Fenouillèdes

Article mis à jour le 28 décembre 2022 à 20:00

Alors que l’enquête publique s’ouvre ce 26 août pour 4 petites semaines, nous avons enquêté sur le dossier de ces 6 éoliennes qui doivent s’implanter à Passa. Un projet qui s’inscrit dans une volonté politique. Celle d’être la première région à énergie positive. Avec pour objectif de multiplier par 4 la puissance éolienne installée d’ici 2030. Alors qui héritera des 200 à 300 prochaines éoliennes prévues dans les Pyrénées-Orientales ?

Les Aspres semblent avoir tiré le ticket gagnant. Les sociétés Éléments, Engie et EDF-EN lorgnent sur les communes de Passa, Terrats, Vivès, Saint-Jean-Pla-De-Corts, Le Boulou, Banyuls-dels-Aspres, Brouilla, et Caixas. Pour l’instant, place à Passa et au millier de pages du dossier que nous avons décortiqué.

♦ Vous avez dit « parc éolien » ? 

« Le projet consiste en l’implantation de 2 alignements de 3 aérogénérateurs (soit, 6 éoliennes), d’un réseau électrique inter-éoliennes et de 2 postes de livraisons« . Description faite par la Mission Régionale d’Autorité Environnementale (MRAe). La MRAe, créée en 2016, est la carte « indépendance » de la DREAL* en matière de décision notamment dans le domaine éolien. La DREAL étant l’organisme régional en charge de l’environnement et de l’aménagement du territoire.

Une implantation donc sur la commune de Passa dans les Aspres. Cette zone du département est l’un des trois contreforts du Canigou et s’étale sur 40km, à l’Ouest de Thuir. Elle comprend, notamment, la commune de Passa ou de Castelnou. Le type d’éolienne envisagé sur le site varie d’une hauteur maximale en bout de pale de 132m, pour 5 d’entre elles, à 152m pour la dernière.

Ces éoliennes seraient donc les plus hautes implantées sur les Pyrénées-Orientales. Des mastodontes comparés aux éoliennes de Rivesaltes dont la hauteur oscille entre 40 et 64 mètres. Loin des 100 mètres des parcs d’Opouls-Périllos ou des Fenouillèdes. Et finalement plus proche des 35 éoliennes de 125m de Baixas, Calce, Villeneuve-le-Rivière et Pézilla la Rivière.

La SAS Éléments, société basée à Montpellier et créée en 2015, est le porteur du projet. Avec la SARL Noria France, ils ont créé la SAS Parc Éolien de Passa qui sera, in fine, le représentant légal du parc éolien. Dans notre lecture du dossier fourni par Éléments, certains détails interrogent. Notamment une implantation avec un impact sur la biodiversité de 119 espèces. 119 espèces qui conduisent la société à demander des dérogations à la DREAL. 

Le dernier rapport de l’UNESCO sur la biodiversité alerte sur la perte grandissante d’espèces. Ces dérogations questionnent sur la réelle volonté des pouvoirs publics de défendre cette biodiversité.

♦ 119 espèces sacrifiées au nom de « l’intérêt public »

Car le code de l’environnement (art L411-1) interdit entre autres, toute atteinte, destruction, perturbation ou dégradation de l’habitat pour les espèces de faune ou de flore protégées. Mais il faut regarder de plus près. Car il est possible de déroger légalement à la protection de ces espèces animales ou végétales. En effet, la loi (art 411-2) prévoit 3 cas de dérogations possibles dont celui retenu pour ce dossier.

« Dans l’intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d’autres raisons impératives d’intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l’environnement ». En clair, la DREAL précise dans son courrier au ministère de l’Écologie du 10 mars 2019 que « le projet répond à un intérêt majeur dans le cadre de la politique énergétique française ».

Dans le cadre des politiques nationale et européenne de lutte contre le changement climatique et de diversification des sources d’énergie, la France s’est engagée dans un programme ambitieux de développement des énergies renouvelables. Ce programme prévoit notamment que la part de consommation assurée par les énergies renouvelables soit portée à 23% en 2020, 32% en 2030.

Comme le précise la DREAL, le projet concernera donc 119 espèces protégées. 23 chiroptères (chauves-souris), 81 oiseaux (tels l’aigle royal, le milan noir, le faucon crécerelle, etc.), 2 mammifères terrestres, 7 reptiles (dont le lézard ocellé, le lézard vert catalan), 4 amphibiens, 1 insecte, et 1 espèce de flore.

♦ Sur l’autel d’une politique régionale « à énergie positive »

Comme argumente Éléments, « la Région Occitanie, depuis le 6 février 2017, a pour ambition de devenir une « Région à énergie positive » (RéPos). […] la démarche vise à couvrir 100 % des besoins en énergie du territoire par des énergies renouvelables locales à l’horizon 2050″.

« La Région a mobilisé plus de 100 experts réunis dans le cadre de 7 groupes de travail pour valider les hypothèses à partir desquelles a été élaboré le scénario RéPos. L’objectif est donc de multiplier la puissance éolienne installée par 4 d’ici 2030 » souligne Éléments dans son étude d’impact. Une course effrénée dans laquelle il va falloir tenir des objectifs courts.

Sans oublier la pression sur le bassin occitan de l’emploi, l’éolien pourvoyant 1.310 emplois sur la région. Les choix politiques en matière d’énergie ont été actés, et les Pyrénées-Orientales devront suivre, de gré ou de force.

Enfin pas toutes les Pyrénées-Orientales … Car le Nord de la plaine du Roussillon est trop contraignant à cause de l’aéroport et du radar météo d’Opoul. Le littoral ? Hors de question car trop protégé. Et la montagne est, quant à elle, difficile d’accès. De la même façon, Éléments évite les secteurs réputés de forte sensibilité écologique, tout comme les lieux de vie principaux. Alors certains territoires comme les Aspres seront-ils abandonnés aux champs d’éoliennes pour tenir les engagements énergétiques ?

♦ Vous reprendrez bien quelques euros ?

Un département sinistré par le chômage. Les dotations de l’État aux collectivités sont en chute libre. Les mots « loyers, taxes, fiscalités, retombées » brillent telle la lumière au bout du tunnel ? En tout cas, ils figurent en bonne place dans le dossier d’Éléments. Quelques pages après le paragraphe dédié à la « perception et l’acceptation de l’éolien ».

Passa serait-elle une commune facile à convaincre pour Éléments ? Selon eux, démographiquement, « c’est la commune qui marque la hausse la plus modérée du secteur, inférieure à celle de la communauté de communes ». Économiquement« aucune des principales entreprises du département ne se trouve sur les communes de l’aire d’étude intermédiaire ». Alors une telle manne financière ne saurait se refuser pour un petit village catalan.

Mais de quelles sommes parle-t-on exactement ? Environ 180.000 €/an de taxes. Une somme répartie comme suit : 65 % pour le bloc communal (env. 117.000 €), 30 % pour le département (env. 54.000 €), 5% pour la région (env. 9.000 €). « Bloc communal », et non « commune de Passa » qui ne touchera donc que le pourcentage d’un pourcentage.

Côté retombées, du fait des travaux, 97.500€ sont prévus pour les hôtels et restaurants du secteur. Sachant qu’il n’y a aucun hôtel, seulement un mas-restaurant et un bar sur la commune, le jackpot est assuré. Pour le secteur du bâtiment, le parc éolien de Passa garantira 3,6 Millions d’€ de chiffre d’affaires. Pour de l’emploi 100% local, à coup sûr…

Et que faire pour Passa de toutes ces recettes selon Éléments ? « Des travaux d’assainissement, d’adduction d’eau potable ou encore d’amélioration globale du cadre de vie (crèche, bibliothèque, salle de sport, …) ».

♦ Quels enjeux environnementaux ?

Cependant, malgré la « verdisation » de l’éolien, celle qui met en avant l’absence « d’effets négatifs » sur la nature (déchets et rejets), de nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour rappeler les pollutions induites par l’utilisation de métaux rares. Ainsi que les coûts engendrés par l’extraction de ces métaux et leur recyclage en fin d’exploitation des parcs éoliens.

Bien loin de l’idéologie, dans le cadre de Passa, les enjeux de l’éolien sur l’environnement sont locaux. Des enjeux liés aux modifications du paysage, aux effets du projet sur les habitats naturels, la faune et la flore, mais aussi au risque incendie.

Codes, lois, arrêtés autorisations, ordonnances, et autres décrets … Comme elle l’indique elle-même, la société Éléments applique à la lettre le petit « guide de l’étude d’impact sur l’environnement des parcs éoliens (MEEDTL, 2016)« . « […] Conformément aux lignes directrices nationales sur la séquence Éviter, Réduire et Compenser les impacts ».

La société Éléments est dans la posture du chevalier blanc écologique qui ne fait qu’appliquer les préconisations nationales. Et de brandir son étude d’impact sur l’environnement de 627 pages en guise de faire-valoir. Les Aspres devront donc plier le genou devant ce rouleau compresseur juridique. Sauf si …

♦ Plier le genou, sauf si …

Car la citation « Éviter, Réduire et Compenser les impacts » se termine bien par le mot … « Impact« . Et au fond de la pièce, une petite voix consultative du dossier s’élève à l’évocation de ce terme.

La MRAe qui juge que : « l’étude d’impact évalue très succinctement les enjeux sur la faune terrestre… Et qu’il faut que les mesures compensatoires soient mieux décrites. » Contrairement à la DREAL, la MRAe, estime « que les effets du projet en fonctionnement apparaissent sous-évalués. Elle préconise que les impacts sur l’avifaune soient réévalués. Et, par précaution, elle recommande également que « la mise en œuvre du système d’effarouchement prévu sur chacune des éoliennes prévoit aussi l’arrêt des machines ».

D’ajouter que « dans l’ensemble, l’étude d’impact sur les aspects naturalistes conclut à des impacts faibles, or elle n’apparait pas suffisamment aboutie pour l’affirmer. En particulier, « le périmètre de l’aire d’étude rapprochée, devrait être élargi de manière à intégrer l’ensemble des incidences sur l’habitat et la faune ».

♦ Un ciel sans battement d’ailes

Car les inventaires de l’avifaune réalisés par Calidris, prestataire pour Éléments, ont été menés durant « un cycle complet avec 20 sorties du 30/08/2016 au 07/11/2017. Sept sorties ont été consacrées à l’étude de la migration prénuptiale, huit à l’étude de la nidification, neuf à la migration postnuptiale et deux aux hivernants ». Sorties dont les résultats laissent présager au porteur de projet des « impacts bruts » le plus souvent nuls ou négligeables.

« Ainsi les effets du projet n’auront pas, sur les populations d’oiseaux, d’impact biologiquement significatif, susceptible de remettre en cause la dynamique de la population de l’espèce, tant à l’échelle local, départemental ou régional. […] les effets sont jugés faibles à nuls sur l’ensemble des espèces ».

En clair, on évite de trop déranger les bestioles à plumes pendant les travaux, et on remet gentiment les nids en place après. Pour le reste, comme se plaît à le souligner Éléments, les différentes « causes anthropiques » feront le reste. Comprendre par là que les oiseaux finiront plus probablement dans la gueule d’un chat, contre le pare-brise d’une voiture, ou dans la ligne de mire d’un chasseur. Alors à quoi bon s’en soucier !

Tout de même, par mesure de précaution et pour faire plaisir à la DREAL, « Éléments a demandé l’octroi d’une dérogation espèce protégée pour l’Aigle royal, le Circaète-Jean-le-Blanc, le Busard cendré, la Bondrée apivore, le Milan noir, l’Alouette lulu, l’Engoulevent d’Europe et la Pie-grièche à tête rousse ». Sans manquer d’ajouter, qu’en qualité de grand chevalier blanc, « le pétitionnaire aurait pu s’affranchir de cette procédure ».

♦ Les experts se volent dans les plumes

Les inventaires naturalistes font débat dans ce dossier. Calidris pour Éléments, CNPN** pour la DREAL, ENE*** pour le collectif anti-éolien. Chacun produit son rapport d’experts. Et difficile de ne pas y perdre son latin avec tous ces noms d’espèce et leurs classifications. Une chose est sûre, le volet « naturaliste » du premier dossier d’Éléments datant de 2017 avait été rétoqué par la DREAL en 2018. Et des prospections complémentaires ont été nécessaires.

Le Conseil National de la Protection de la Nature émet un avis « favorable sous conditions« . « Si le secteur retenu pour l’implantation de ces six éoliennes n’occupe pas d’aires remarquables, il recèle une richesse floristique et faunistique de grand intérêt dont le pétitionnaire doit tenir compte ». Un avis conditionné au bridage des éoliennes selon les vents, à des dispositifs d’effarouchement des oiseaux, à des dates spécifiques de travaux, et à des suivis de migrations.

Espace Nature et Environnement a effectué 54 jours d’observation à différentes périodes de 2016 à 2018 (3 fois plus que Calidris). Même si le nombre de sorties ne saurait constituer le seul critère. Pour ENE, le secteur de Passa « présente une grande richesse faunistique, dont aviaire, et est survolé par un flux d’oiseaux migrateurs important à la fois en termes de nombre d’individus que d’espèces concernées ».

D’ajouter, le projet « entraînera une gêne considérable à la phénologie des déplacements migratoires de l’avifaune en période prénuptiale (voir en période de migration postnuptiale) et constitue un facteur élevé de mortalité sur ces migrateurs« .

♦ Ligue de Protection des Oiseaux et Aigle de Bonelli 

Et une autre petite voix se fait entendre. Alors que l’étude du porteur de projets indique ne pas avoir noté la présence de cette espèce lors de son comptage, la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) précise qu’un des 34 derniers couples d’Aigle de Bonelli est présent dans le département. 14 couples dans toute la région Occitanie. Or, cet aigle fait partie des 38 espèces considérées comme « menacées d’extinction en France » (cf arrêté du 9 juillet 1999).

Selon la ligue, « l’Aigle de Bonelli fait partie des rapaces les plus menacés de France. Il bénéficie ainsi d’un Plan National permettant de suivre l’évolution des populations et agir sur les nombreuses menaces qui contribuent à leur déclin ».

Même constat du côté de l’enquête privée de l’Espace Nature Environnement . « La zone est un terrain de ressources pour un couple d’Aigles de Bonelli qui venant du secteur sud du Vallespir, vient chasser sur la commune de Vives, Passa et Fourques, (obs : printemps 2017 et 2018)« .

♦ Un paysage qui perd sa virginité

L’un des autres enjeux environnementaux est l’impact sur le paysage d’un secteur à fort attrait touristique. Le projet se situe aux pieds du Canigou, surnommée la « montagne sacrée des Catalans ». Une jurisprudence qui pourrait donner le coup d’envoi d’une série d’implantations au cœur des Aspres. La société Éléments ayant demandé des avis sur les communes de Fourques, Terrats, Vivès, Saint-Jean-Pla-De-Corts et Le Boulou à la Direction Générale de l’Aviation Civile.

Et, sur ce point l’avis, de la MRAe est sans appel. « Le projet s’implante dans un secteur actuellement vierge de toute éolienne. L’étude n’évalue pas le risque de mitage du paysage. La MRAe recommande que ce point soit étudié. Ainsi, ce projet peut marquer l’ouverture d’un nouveau secteur à l’implantation d’autres projets industriels éoliens, et ce, à plus ou moins grande proximité du périmètre du Grand Site de France du Canigou. La MRAE relève, de plus, que par sa nature, son échelle et la visibilité de ses installations, le projet induit une modification importante du paysage. »

Innocente petite voix … Il existe déjà des projets en cours sur d’autres communes du secteur, certes non portés par Éléments. Banyuls-dels-Aspres et Brouilla développés par ENGIE, et Caixas par le groupe EDF-EN.

♦ Adieu le tourisme vert ?

Et puis quel attrait a vraiment ce territoire des Aspres ? Négligeable selon Éléments qui ne manque pas de pointer du doigt « qu’hormis le musée d’art moderne de Céret qui avec ses 71.680 visiteurs en 2015 se classe au 12ème rang pour la fréquentation, ces sites [NDLR ceux du territoire de l’aire d’étude intermédiaire] ne figurent pas parmi les sites les plus fréquentés des Pyrénées-Orientales ». Vues de Montpellier, les fermes pédagogiques, thermes, églises et autres chapelles en ruines font pitié.

Le tourisme vert, de l’oenotourisme, de l’agritourisme, et du thermalisme ne seraient-ils donc qu’un vœu pieu ? « Les éléments d’intérêt présentent un faible rayonnement en dehors du Monastir del Camp » selon Éléments. Et, quand bien même le touriste quitterait la grande majorité de ses congénères du littoral (82%) pour une randonnée dans les Aspres, « un parc éolien ne génère que peu d’impacts sur le contexte touristique en secteur rural » selon le porteur.

À la lecture de ces lignes, les responsables du Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT) Littoral Sud se sentiront sûrement rassurés… L’objectif visé par le SCOT ? Un meilleur équilibre entre un tourisme littoral et estival. Ainsi que le potentiel offert par un tourisme vert, tourné vers l’authenticité et la qualité. Un projet d’aménagement et de développement durable du tourisme « d’arrière-pays ».

Et puis de toute façon, « 63% des touristes considèrent qu’on pourrait en mettre davantage ». Selon un sondage produit par Éléments, 56% déclarent que « c’est beau » et 51% considèrent que « ça apporte quelque chose d’intéressant au paysage ». 23% affirment que « lors d’une excursion, ils pourraient réaliser un détour pour aller les voir ». Finalement, il est peut-être là le tourisme de demain ? Visiter des parcs éoliens plutôt que des vieilles pierres…

♦ L’impact sur le risque incendie  

Concernant le risque incendie, le SDIS**** a été consulté dans le cadre de cette étude. Cette autre petite voix évoque le fort risque incendie sur le sud de l’aire d’étude. Et souligne que la présence d’éoliennes sur la commune de Passa génère un handicap à la lutte aérienne contre les incendies de forêt. Le SDIS prescrit des aménagements de nature à compenser ce handicap en améliorant les conditions de la lutte terrestre.

Un risque calculé selon Éléments. Car « l’aire d’étude est concernée par ce risque qui reste faible cependant sur sa majeure partie pour devenir élevé au sud. En lien logique avec l’occupation forestière des sols ». À moins d’un caprice de la nature, comme le feu des Aspres de juillet 1976. Ce dernier avait parcouru tout le massif des Aspres, de Corbères à Vivès, sur 6.600 ha.

La même société reconnaît pourtant que « le feu de Port-Vendres du 27 août 2000 a mis en évidence l’intérêt […] de l’utilisation des moyens aériens devenus aujourd’hui un outil indispensable de la lutte contre les feux de forêt. » Choix sera fait d’aménager légèrement une piste existante en grappillant sur quelques pieds de vigne et quelques branches d’olivier.

♦ Les AOC et un risque de déclassement ?

Nouvelle petite voix opposée au parc éolien, l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO). L’institut rappelle fermement son opposition au projet d’implantation des éoliennes de Passa. L’INAO rappelle que dès 2017, il avait écrit au préfet du département en exprimant son avis défavorable. Cet avis défavorable, basé sur le fort risque de déclassement de l’aire géographique AOC, a été renouvelé et porté au dossier du projet en cours.

En effet, l’emprise du projet de parc éolien de Passa (5,18 hectares) est située dans une aire viticole classée AOC. L’institut qui définit l’ensemble des appellations d’origine contrôlée en France rappelle que le simple fait de modifier la nature du sol par une implantation quelconque peut conduire au déclassement.

« S’il aboutissait, ce projet présenterait une nuisance visuelle importante sur une commune située dans le site remarquable des Aspres, piémont du massif du Canigou, commune encore préservée des effets négatifs de la spéculation foncière empêchant la mobilité viticole ». Il motive également son « avis défavorable dans la mesure où il présente une incidence directe sur les signes de qualité concernée et en dégradant considérablement l’image ».

♦ Les vignobles voués à mourir selon Éléments

L’INAO rappelle le travail de labellisation et de montée en gamme réalisé depuis de nombreuses années par les acteurs locaux du vin. Un travail qui risquerait d’être totalement anéanti par le risque qu’engendre le déclassement du fait de ces 6 éoliennes. L’INAO pointe que la commune de Passa se situe dans l’aire géographique des AOP « Abricots rouges du Roussillon ». Mais aussi « Languedoc », « Côte du Roussillon », « Grand Roussillon », ou « Muscat de Rivesaltes »…

Un argument balayé d’un revers de la main par la société montpelliéraine qui lit dans le marc de raisin. En substance, les vins catalans disparaîtront bientôt faute de vocations, d’eau, de qualité suffisante. Si ce n’est de maladie…

« Les tendances montrent que les surfaces agricoles tendent à diminuer, délaissées ou abandonnées au profit de l’étalement urbain. D’après le SRCAE, du fait du changement climatique, les AOP pourraient être amenées à évoluer sous la combinaison de plusieurs phénomènes : déplacement géographique des cépages et des aires de cultures, modification des modalités de production (besoin accru d’irrigation), baisse de la qualité des vendanges concernant le niveau d’alcool (sucre) et le goût (acidité). L’exposition à certaines maladies et parasites pourrait être accentuée (eudémis, cochylis). »

Malgré nos sollicitations, le président du Syndicat des Vins du Roussillon ne s’est pas exprimé sur le sujet.

♦ Les autres voix de la contestation locale

Acteur historique du département, le collectif « Le vent tourne 66 » a commencé très tôt sa lutte contre l’implantation de « champs d’éoliennes industrielles« . Leur combat a abouti en 2009 à l’interdiction d’un projet éolien sur les Aspres par le préfet de l’époque. En 2017, à la connaissance des projets d’Éléments sur plusieurs communes du secteur, le collectif est sorti de son sommeil. 

Ceux que Éléments n’a su convertir s’expriment aussi régulièrement. Comme Frédérique du Domaine Vaquer et son cri du coeur. « J’aime mon terroir, celui des Aspres, ce terroir qui vous fait aussi vibrer au travers de mes vins ». Ou Stéphanie et Dominique Keller du Mas Natura à Banyuls Des Aspres qui mobilisent leurs concitoyens contre les impacts du projet.

Des maires, tels que Bernard Caillens à Caramany dans les Fenouillèdes, s’opposent eux aussi à l’éolien. Ce maire avait été contacté par Abo Wind dans le cadre d’un projet commun à Trilla. Il déclarait dans l’Indépendant que « le parc éolien nous semble en contradiction avec le développement touristique maîtrisé qui apporterait un supplément d’économie à la vallée. L’avant-projet de charte du Parc Naturel Régional vient d’être voté à l’unanimité. Il place ce secteur en zone de sensibilité forte. Les programmes ne pourront porter atteinte à des intérêts paysagers, patrimoniaux, biodiversité. »

Du côté du département, Hermeline Malherbe reste dans la déclaration de principe. Elle a notamment été interpellée sur le sujet lors de la restitution d’Imagine PO. « Nous allons conditionner, sur l’ensemble du département, le développement de l’éolien à la préservation des paysages. […] Ce moratoire permettra d’avoir un poids significatif face à ceux qui portent les projets ». Poids plume ou poids lourd ? L’équilibre du budget, l’apport de l’éolien en taxes, l’influence de politique nationale le détermineront.

♦ Notes sur l’enquête

La consultation publique démarre à partir du 26 août. Elle sera accessible sur le site de la préfecture.

*DREAL : Direction Regionale de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement d’Occitanie.
**CNPN : Conseil National de la Protection de la Nature
***ENE : Espace Nature et Environnement
****SDIS : Service Départemental d’Incendie et de Secours.

// Sur le même thème :

Participez au choix des thèmes sur Made In Perpignan

Envie de lire d'autres articles de ce genre ?

Comme vous avez apprécié cet article ...

Partagez le avec vos connaissances