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Environnement – La vie secrète de l’eau potable des Bouillouses

Il existe plusieurs méthodes pour capter l’eau dans la nature et la rendre potable. Pour les communes de Font-Romeu, Bolquère, Odeillo, Via et Egat, la retenue des Bouillouses est l’unique source d’eau potable. A l’occasion d’une visite presse organisée par le groupe Suez, gestionnaire de l’usine de production d’eau potable des Bouillouses, nous avons arpenté l’envers du décor. Odyssée aquatique dans les Pyrénées, de la source à l’approvisionnement des foyers, en passant par la nécessité de préserver cette ressource essentielle à notre subsistance.

♦ De l’agriculture à l’électricité, un barrage à vocations multiples

Le lac des Bouillouses est un lac artificiel né pour réguler le niveau du fleuve la Têt et alimenter en électricité le train jaune, train qui relie par voie ferrée Villefranche du Conflent et Mont-Louis. Parmi les 19 millions de m3, 10 millions servent pour l’agriculture de la plaine du Roussillon. 600000 malimentent en eau potable les communes réunies dans le Syndicat intercommunal d’eau de la Haute-Cerdagne. Et, depuis 2008, 540000 m3 sont utilisées pour cultiver de la neige pour les stations de ski de Font-Romeu et de Bolquère.

C’est parce que les stations de haute montagne sont soumises à une variation de population, et donc de besoin en eau, importante, que depuis 1994 l’usine de production d’eau potable a été construite. L’eau retenue grâce au barrage, n’est pas consommable sans traitement préalable. Auparavant, seul un traitement destiné à supprimer les germes pathogènes était réalisé. L’eau ainsi nettoyée grâce à l’adjonction de chlore était injectée dans le réseau pour alimenter les robinets.

♦ Du lac au robinet, la vie secrète de l’eau 

Or l’eau du lac des Bouillouses, particulièrement acide, endommageait les conduites. D’où la nécessité de la reminéraliser afin qu’elle ne capte pas dans les tuyaux les minéraux dont elle a besoin pour se mettre à l’équilibre. Moment crucial où intervient l’usine. Elle analyse l’eau et la fait passer dans une nappe de 1,60 mètre de carbonate de calcium et de magnésium. Grâce à ce traitement, les 11 kilomètres de canalisation qui séparent le lac des communes desservies sont préservés.

Outre les économies certaines réalisées sur le réseau d’approvisionnement, c’est la ressource elle-même qui est protégée. “On est passé de 1 million de m3 d’eau consommés par an en 1989 à 600000 m3, aujourd’hui” rappelle le maire d’Egat, Grégoire Valbona. Jany Arnal, directrice régionale eau de Suez Occitanie, rappelle que l’accroissement de la demande en eau sur des périodes courtes de l’année nécessite une organisation sans faille des équipes mais aussi des matériels.

♦ À Font-Romeu, la population varie de 3000 à 35000 personnes

C’est l’une des caractéristiques de notre département, la saisonnalité de sa population. Comme à la plage en saison estivale, les stations de montagne subissent une importante variation de population selon la période de l’année. Pour la ressource en eau, il s’agit d’un challenge, permettre la production de 900 m3 par jour en temps normal et 3000 m3 lors des pics de consommation. À cette variation viennent se greffer les problématiques liées aux conditions hivernales. Des conditions qui mettent à rude épreuve les matériaux et qui compliquent sérieusement la tâche des équipes sur le terrain.

Le maire de Font-Romeu, Jean-Louis Démelin nous confiait, “la ressource en eau est primordiale pour nous. Comment faire de la neige de culture alors que l’eau est un bien précieux ?”. Pour tordre le cou aux idées reçues, il rappelle que les 530 canons à neige de la station Font-Romeu Pyrénées 2000 fabriquent de la neige avec de l’air et de l’eau. “Il ne s’agit pas de neige artificielle, mais bien de neige de culture” conclut le maire.

Insistant même “si nous n’utilisons pas cette eau, elle est perdue. Ici, nous n’avons pas de nappe phréatique”. Soumis à des critiques depuis 2008 et la construction d’une canalisation permettant d’alimenter directement les canons à neige, le maire n’en finit pas de lutter contre cette polémique. “On puise dans le lac, et c’est tout sauf une gabegie !” s’insurge-t-il.
Rappelant que sans les canons, les stations de ski seraient soumises au même avenir sombre que les deux stations fermées dans les Pyrénées catalanes, le Puigmal en 2012 et Puyvalador en 2018Pour information, contrairement à une alimentation en eau potable par captation dans une nappe phréatique, si l’eau du lac des Bouillouses n’est pas utilisée elle n’est pas stockée.

♦ Chiffre clé du lac des Bouillouses 

  • Usine de traitement de l’eau construite en 1994
  • Capacité de production jusqu’à 3000 m3 par jour, soit un volume annuel de 600000 m3
  • Située à 2000 mètres d’altitude, au pied de la retenue des Bouillouses
  • Le lac contient 19 millions de m3 d’eau, renouvelables deux fois dans l’année
  • La température de l’eau en hiver est de 4 degrés. Elle doit donc être refroidie pour atteindre 2 degrés, température idéale pour la production de neige de culture
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