Article mis à jour le 11 septembre 2026 à 14:33
Lors d’une réunion publique consacrée aux « nuisances » dans le centre-ville de Perpignan, ce vendredi matin, le directeur de la Police municipale a revendiqué une politique très dure à l’encontre des personnes sans domicile fixe.
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Seraient-elles la cause de tous les maux de Perpignan ? A en croire les propos tenus ce vendredi matin par Philippe Rouch, le directeur de la police municipale de Perpignan, les personnes sans domicile fixe (SDF) cristalliseraient aujourd’hui l’essentiel des nuisances dans le centre historique de la ville : agressivité, violence et consommation de stupéfiants.
Face à ce qu’il décrit comme un « phénomène », Philippe Rouch reconnaît les limites de l’action policière : « Je suis policier de formation, je sais faire beaucoup de choses dans ce métier-là, mais déplacer ou éradiquer le problème du SDF et de la mendicité, je ne sais pas faire ». Avant d’assumer un autre terme, qui résume selon lui la stratégie menée : « harceler ».
« Nous avons doublé les patrouilles dans le centre-ville, avec des personnels dédiés à ça. Nous menons 50 actions par jour sur les SDF pour les déplacer. Il y en a moins, mais il y en a encore », dit-il avant d’égrener une série de chiffres. « 8 200 interventions, 12 000 contrôles, 1 200 amendes ». Selon lui, jusqu’à « 70 % des effectifs » sont aujourd’hui concentrés sur le « phénomène SDF ».
Un département que le RSA rendrait « trop attractif »
Il regrette que les amendes de 35€ et les arrêtés anti-mendicité mis en place par la ville ne suffisent pas. « La plupart (des personnes) ne sont pas solvables, le taux de recouvrement des amendes est de 17% ». Et rappelle qu’une pratique autrefois utilisée n’est plus possible : « Il y a longtemps on déplaçait les gens vers d’autres communes, on ne peut plus le faire. On ne peut pas faire ce qu’on veut ».
Le directeur de la police municipale évoque les demandes émanant de riverains demandant à la mairie de créer un centre pour accueillir les personnes SDF dans un autre quartier. Mais rappelle que « le social » relève de la compétence du Conseil départemental. Il glisse au passage que ce dernier distribuerait peut-être trop allègrement le revenu de solidarité active (RSA), avec pour effet de rendre le département « trop attractif ».

Philippe Rouch fustige également les associations qui viennent en aide aux sans-abris, qui « feraient mieux de venir vivre en centre-ville ». Il leur reproche de « distribuer des cafés » aux SDF « pendant que nous on essaye de les faire partir ». Enfin, il accuse même certaines associations de « donner des seringues » aux personnes toxicomanes.
« On ne peut pas mettre des gens dans des camps » ou « les repousser à la mer », rappelle le procureur de la République
Après cette première intervention musclée du directeur de la police municipale, le procureur de la République, Jérôme Bourrier, prend la parole. Il commence par distinguer ce qui relève de la justice de ce qui relève du traitement social. « Il y a ce que la justice peut faire et il y a ce que la justice ne peut pas faire », prévient-il. Face à la grande précarité, « il y a un traitement social qui peut être réalisé » et des « leviers » qui peuvent être actionnés, mais pas de solution judiciaire permettant simplement de faire disparaître les personnes sans domicile de l’espace public.
Car, rappelle le magistrat, « le fait d’être SDF dans la rue n’est pas une infraction pénale ». Il évoque « la liberté d’aller et venir » et rejette l’idée qu’il serait possible de simplement « expulser » ces personnes ou de les « rejeter à la mer ».
La situation change en revanche dès lors que des faits pénalement répréhensibles sont caractérisés. Violences, menaces, trafic de stupéfiants peuvent donner lieu à des poursuites. L’ivresse publique manifeste permet également une intervention et un placement temporaire en chambre de sûreté. Mais systématiser ces procédures pour éloigner quelques heures les personnes concernées serait, selon Jérôme Bourrier, « illusoire ».
Distinguer la mendicité du trafic de stupéfiants
Le procureur distingue ainsi deux sujets que les échanges tendent régulièrement à mêler. D’un côté, les nuisances attribuées aux personnes SDF, qui ne peuvent être réprimées que lorsqu’elles correspondent à une infraction. De l’autre, un problème qu’il juge beaucoup plus profond à Perpignan : le trafic et la consommation de stupéfiants. Le trafic fait partie de ses priorités pénales et alimente, selon lui, violences, troubles à l’ordre public et problèmes de santé publique.
Sur ce terrain, Jérôme Bourrier promet une réponse ferme lorsque les faits sont établis. Une personne prise dans un trafic peut être interpellée, poursuivie et jugée en comparution immédiate. Mais encore faut-il pouvoir caractériser l’infraction. Le magistrat rappelle aussi que la lutte contre les réseaux nécessite parfois des mois d’enquête pour identifier vendeurs, organisateurs et circuits financiers.

Présent également, le commissaire de la police nationale plaide pour davantage de patrouilles communes et d’opérations ciblées. Toujours avec le but de « déranger » les points de deal et de déstabiliser leur activité. Là encore, la priorité affichée concerne d’abord les vendeurs et consommateurs de stupéfiants.
Frédéric Planes, directeur des sécurités à la préfecture des Pyrénées-Orientales, rappelle de son côté que le préfet utilise les nouveaux outils administratifs ouverts notamment par les lois sur le narcotrafic et RIPOST. Ces outils permettent de faciliter les fermetures administratives de commerces servant de support à certaines activités illégales, de renforcer les sanctions contre les consommateurs, ou encore d’engager de nouveaux moyens de lutte contre certains troubles à l’ordre public.
« Louis Aliot n’est même pas là »
Mais le représentant de l’État ouvre aussi une autre question, moins policière, plus sociétale. Pourquoi autant de personnes consomment-elles aujourd’hui des stupéfiants ? Le procureur, Jérôme Bourrier, venait de rappeler le nombre élevé de consommateurs en France : « je n’ai pas les moyens de faire juger deux millions de personnes devant le tribunal correctionnel ». Derrière les moyens policiers, judiciaires et administratifs déployés, Frédéric Planes pointe ainsi la nécessité de s’interroger aussi sur les ressorts de cette consommation.
Au fil des prises de parole, les échanges se tendent. Les questions fusent, les apartés entre riverains emplissent progressivement la pièce. Au milieu du brouhaha, une habitante lâche, désabusée : « Et Louis Aliot (maire de Perpignan, ndlr) n’est même pas là pour entendre tout ça. »
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