Aller au contenu

De Villefranche à Perpignan, les Journées du matrimoine interrogent : qui prend soin de nous ?

De Villefranche à Perpignan les Journées du matrimoine interrogent - qui prend soin de nous

Du 4 au 21 septembre 2025, les communes de Villefranche-de-Conflent, Prades, Marcevol, Fillols, Sahorre et Perpignan accueilleront la troisième édition des Journées du matrimoine en Conflent. Porté par l’association Beau Bruit, le Collectif LaClé et de nombreux partenaires, cet événement culturel interroge cette année une question universelle : « Qui prend soin de nous ? ».

Derrière cette interrogation se dessine une réflexion sur la place des femmes dans les métiers du soin et sur la manière dont cet héritage immatériel s’inscrit dans nos vies quotidiennes et notre mémoire collective.

Un événement ancré dans l’histoire et la mémoire des femmes

Le mot « matrimoine » n’est pas un néologisme. Utilisé dès le Moyen Âge, il désignait les biens hérités de la mère, tandis que le patrimoine se rapportait à ceux du père. Peu à peu effacé du langage courant, il refait surface aujourd’hui avec une portée nouvelle. Le matrimoine, c’est aussi l’héritage culturel et immatériel transmis par les femmes : artisanat, organisation sociale, éducation, soins, pratiques domestiques ou agricoles. Des savoirs essentiels, souvent invisibilisés ou minorés, que les Journées du matrimoine entendent remettre en lumière.

À travers une programmation artistique et militante, l’événement souhaite rendre hommage aux mères, grands-mères, sages-femmes, enseignantes, soignantes ou travailleuses sociales qui ont façonné les territoires et les communautés. Les organisateurs le rappellent : qu’il soit domestique, gratuit ou rémunéré, le soin représente un ensemble de tâches vitales mais rarement reconnues à leur juste valeur. « Pourquoi est-ce difficile pour les hommes de prendre soin des autres et d’abord d’eux-mêmes ? »

Loin de constituer une opposition au patrimoine, le matrimoine vise à compléter l’héritage collectif, en donnant aux jeunes générations des modèles féminins dans des domaines où ils ont longtemps manqué. Depuis 2023, l’événement s’ancre dans le Conflent, et rejoint un mouvement national et international qui, depuis une dizaine d’années, valorise la mémoire des femmes et leur rôle dans la transmission culturelle.

Un programme entre art, réflexion et fête collective

Durant près de trois semaines, spectacles, ateliers, expositions et rencontres rythmeront les communes partenaires. La programmation se distingue par sa diversité de formats et par l’ancrage local des intervenants.

À Prades, l’artiste photographe Marie Demunter proposera son exposition Les corps ont mieux à dire, inaugurée le 4 septembre par des lectures dansées. À travers son objectif, elle interroge notre rapport au corps féminin et la manière dont il évolue au fil du temps, souvent dissimulé ou réduit par les idéaux sociétaux.

Le 19 septembre, le Prieuré de Marcevol accueillera 60 ans d’écoute, un théâtre radiophonique de la compagnie L’Escarpée. Inspirée de l’histoire du Planning familial, la pièce met en scène une émission improvisée où récits militants, archives et témoignages s’entremêlent. La représentation sera suivie d’un plateau radio animé par Beau Bruit, centré sur la santé des femmes et la mémoire de la maternité suisse d’Elne, fondée par Elisabeth Eidenbenz.

La chercheuse et historienne Nepthys Zwer sera également au cœur de plusieurs rendez-vous. Elle animera une conférence à l’Université de Perpignan sur la cartographie radicale, avant une rencontre-dédicace et un atelier de contre-cartographie permettant aux participants de se réapproprier l’outil de la carte. Une manière originale d’interroger les inégalités spatiales et genrées.

Les 20 et 21 septembre, direction Villefranche-de-Conflent. Dans le jardin Saint-Pierre, ateliers philosophiques, stands de librairie féministe et broderies thématiques accueilleront le public. La journée se clôturera par « Boom Boum Boum – Soigne ton dancefloor », une soirée électro rassemblant les DJ Weronika, Tbili et Hope4Grace. L’occasion d’affirmer que la fête peut aussi être un soin, un moment de partage et de sororité.

À Sahorre, vous sera proposée une balade guidée dans les pas des trementinaires, ces femmes cueilleuses de plantes médicinales qui soignaient autrefois les habitants des vallées catalanes. Une manière de rappeler la profondeur historique de ce savoir-faire et son importance pour la santé et l’autonomie des communautés rurales.

Si au fil de ce programme varié (à découvrir ici), les Journées du matrimoine invitent à penser autrement notre héritage commun et la valeur du soin, qu’il soit intime, social ou culturel, reste à imaginer comment cette initiative locale pourra inspirer d’autres territoires en quête d’une mémoire plus partagée.

Made In Perpignan est un média local, sans publicité, appartenant à ses journalistes. Chaque jour, nous enquêtons, vérifions et racontons les réalités sociales, économiques et environnementales des Pyrénées-Orientales.

Cette information locale a un coût. Et pour qu’elle reste accessible à toutes et tous, sans barrière ni influence, nous avons besoin de votre soutien. Faire un don, c’est permettre à une presse libre de continuer à exister, ici, sur notre territoire.

Participez au choix des thèmes sur Made In Perpignan

Envie de lire d'autres articles de ce genre ?

Comme vous avez apprécié cet article ...

Partagez le avec vos connaissances