Petits écrans | “Le sous-sol de nos démons”, le tabou de la pédophilie

Le sous-sol de nos démons © Comic Strip Production

Diffusé le 22 février et disponible en replay, ce documentaire de Fanny Fontan s’intéresse aux auteurs de violences et d’actes sexuels sur mineurs. Cette immersion montre comment les spécialistes essayent d’éviter le passage à l’acte ou la récidive. La parole est également donnée à ces hommes, souvent considérés comme des monstres au sein de la société.

♦ “Le sous-sol de nos démons” – Le Synopsis

Chaque jour, au sous-sol de l’hôpital Lapeyronie, au CHRU de Montpellier, Magali Teillard-Dirat et Mathieu Lacambre, écoutent les récits de pédophiles. Cette psychologue et ce psychiatre reçoivent ceux que la société voudrait rendre invisibles. Ils se battent pour que les mots et l’écoute désamorcent le passage à l’acte. Groupes de parole et formations des soignants identifient nos démons pour mieux nous en protéger.

♦ Des hommes écoutés par une femme

Magali Teillard-Dirat anime un groupe de parole dans lequel sont présents Guy, Christian et Richard ; tous condamnés pour des faits de violences sexuelles sur des mineurs. Richard estime qu’après avoir fait deux années de prison, qu’il a “payé sa peine à l’État”, mais que la société le considère toujours comme coupable. Tous trois sont conscients que les autres ont peur d’eux ; peur qu’ils touchent à leurs enfants. Un homme explique être en froid avec son fils qui ne souhaite plus lui rendre visite avec ses enfants.

Ces hommes se posent tous une question “Comment je peux vivre malgré ce que j’ai fait ?”. La psychologue de leur répondre. “Vous ne vous résumez pas à vos actes. Vous n’êtes pas vos actes. Vos actes sont monstrueux mais ça ne fait pas pour autant de vous des monstres“. Elle voit également les hommes seule à seul pour organiser leur suivi et essayer de comprendre pourquoi ils ont commis ces actes.

L’un d’entre eux s’explique “Je me demande encore comment j’ai pu en arriver là. Je ne me rendais pas compte du mal que je pouvais occasionner à cet enfant. Je ne pensais pas que ça la dérangeait. Maintenant, je sais que j’étais en train de la détruire. Et ça, je ne m’en rendais pas compte.

Magali Teillard-Dirat, psychologue à l'hôpital Lapeyronie, CHRU de Montpellier, • © Comic Strip Production
Magali Teillard-Dirat, psychologue à l’hôpital Lapeyronie, CHRU de Montpellier, • © Comic Strip Production

♦ Un homme qui cherche à éviter les violences

Mathieu Lacambre est le créateur du numéro unique (0.806.23.10.63) ; un dispositif national destiné aux personnes attirées sexuellement par des mineurs. Il s’est battu pour la création de ce numéro anonyme et gratuit mis en place afin “d’éviter que les enfants ne soient victimes de violences sexuelles”. Pour lui, “tant que nous n’aurons pas une politique volontariste et efficace de prévention des violences sexuelles, il y aura des violences qui seront faites et subies. Et donc, il y aura des faits divers, des affaires de justice dramatiques avec des victimes.

Il explique que ce dispositif existe depuis 1992 en Angleterre et depuis 2005 en Allemagne. Le principe est d’aider les personnes avant qu’elles ne passent pas à l’acte. Le psychiatre explique que “L’objectif est de proposer la ressource pour accueillir cette parole puis de proposer une évaluation et une orientation vers un dispositif de soins.” Car il estime que “la difficulté c’est de parler” ; et que “quand on met des mots, on évite des actes“.

Le psychanalyste reçoit, lui aussi, des hommes en consultation. L’un d’eux lui confie “Pour tout le monde c’était quelque chose de grave, sauf pour moi. Il a fallu que je me retrouve en prison pour voir qu’il y avait un problème. Je me suis convaincu qu’elles étaient consentantes. Je ne réalisais pas la gravité”. Il rappelle que ses victimes étaient âgées de 4 et 8 ans. Puis il ajoute “C’est difficile de se sentir monstre quand on pense que c’est de l’amour“.

Le sous-sol de nos démons

♦ Des soignants formés pour une meilleure prise en charge

Le 27 septembre 2019, Magali Teillard-Dirat a organisé un atelier réservé aux professionnels pour mieux prendre en charge les auteurs de violences sexuelles. Elle affirme que “rencontrer un auteur de violences sexuelles génère énormément d’émotions“. Pour elle, il faut réussir à être emphatique avec ces hommes car ce sont aussi des humains ; même si leurs actes évoquent le dégoût et la peur.

♦ Pourquoi la rédaction vous le conseille ?

Après les mouvements #MeToo et #MeTooInceste qui ont permis de libérer la parole des victimes d’agressions sexuelles, ce documentaire apporte une vision différente des pédophiles. Ils expriment leur ressenti, parfois leurs regrets et font part de leurs doutes. Fanny Fontan s’est également intéressée aux soignants, eux aussi, remplis de doutes et de questions en ce qui concerne la prise en charge de ces hommes.

♦ Ils font l’actualité des documentaires

Nous paysans sur France Télévisions, un documentaire qui retrace un siècle de changements dans le monde agricole, raconté par celles et ceux qui l’ont vécu. Réalisé par Fabien Béziat et Agnès Poirier et commenté par Guillaume Canet, ce documentaire a rassemblé plus de 5 millions de téléspectateurs lors de sa diffusion.

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