Alexandre Bolo interview 2020 campagne municipales Perpignan
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Alexandre Bolo – Les grands entretiens politiques des Municipales à Perpignan

LECTURE

Avant l’élection des 15 et 22 mars prochain, la rédaction a fait le choix de rencontrer un à un chacun des candidats. Ces entretiens seront publiés simultanément deux par deux. Nous avions choisi l’ordre alphabétique. Un choix sur lequel nous avons dû revenir faute de disponibilité de certains candidats. Vous pouvez retrouver, dans nos précédents articles, la présentation de Louis Aliot, Olivier Amiel, Alexandre Bolo, Caroline Forges, Romain Grau, Agnès Langevine, Jean-Marc Pujol, Clotilde Ripoull.

♦ Alexandre Bolo, on connaît peu votre parcours politique 

J’ai fait ma licence de droit à l’université de Perpignan. Ensuite, j’ai poursuivi par un master à Paris. Durant mon master 1, je deviens l’assistant parlementaire de Bernard Debré, ancien ministre et député Les Républicains du 16ème arrondissement de Paris. En deuxième année de master, j’intègre la direction générale du groupe Bouygues.

Après l’obtention  de mon diplôme, et avant d’intégrer définitivement le groupe Bouygues, je suis rentré en vacances durant l’été. J’ai contacté Jacqueline Irles, la députée UMP (devenu Les Républicains) de la 4e circonscription. Je ne me voyais pas passer l’été à ne rien faire, je lui ai proposé de faire un stage. Elle avait besoin de renforcer son équipe car son directeur de cabinet avait fait un burn-out. Elle m’a d’abord fait un contrat saisonnier.

Un contrat durant lequel j’ai organisé, entre autres, la visite ministérielle de Nathalie Kosciusko-Morizet. La députée m’avait aussi confié la maîtrise de son agenda et de son actualité politique. Jacqueline Irles a été agréablement surprise que, durant l’été, je parvienne à faire vivre sa circonscription. Et alors que j’avais une promesse d’embauche chez Bouygues, j’ai intégré son équipe à la rentrée. J’ai fait toute la fin de mandat avec elle. Mais elle a perdu au profit de la vague rose face au socialiste Pierre Aylaguas.

De Jacqueline Irles à Alain Ferrand, le parcours UMP…

Je me suis retrouvé au chômage. Par l’intermédiaire de Fabrice Rallo (directeur de cabinet à l’agglomération), le maire du Barcarès, Alain Ferrand est venu me chercher pour un poste de directeur de cabinet. Dans un premier temps, j’ai refusé, et puis j’ai fini par accepter le poste.

Bon, ça s’est très mal passé … je suis resté 6 mois. Nous avions des divergences dans la méthode de travail. Mais malgré tout, il ne souhaitait pas me voir partir. J’ai donc choisi de démissionner publiquement de l’UMP durant le psychodrame Copé/Fillon* pour la tête du parti. Mon communiqué de presse l’a contraint à me licencier.

En parallèle, en 2012-2013, j’avais déjà dans l’idée de monter mon restaurant. Mais nous étions déjà dans le calendrier des municipales. J’ai décidé de faire une lettre à Jean-Marc Pujol pour intégrer sa liste. J’y avais d’ailleurs joint une lettre de recommandation de Bernard Debré. Lettre qui est restée lettre morte, alors que j’entendais nombre de personnes se vanter d’être sur la liste du maire de Perpignan qui briguait sa réélection.

♦ Comment vous êtes vous retrouvé sur la liste de Louis Aliot en 2014 ?

Suite à mon communiqué de presse, j’ai reçu un appel téléphonique de Louis Aliot. À l’époque conseiller d’opposition de la région Languedoc-Roussillon. Il voulait me rencontrer et me demander de venir sur sa liste. Mais il était hors de question que j’intègre le Front National. Il m’a alors évoqué le Rassemblement Bleu Marine. Une plateforme, une sorte de sas d’entrée. Je l’écoute et lui demande de me placer en position éligible sur la liste, même en cas de défaite de la liste. Et me voilà embarqué, avec Clotilde Font [NDLR, soutien désormais de Romain Grau] dans la brouette frontiste pour faire la campagne de Louis Aliot.

Mais là, je m’aperçois que c’est une coquille vide, qu’il n’y a pas de programme. Je questionne Louis Aliot sur le sujet, et il tente de me rassurer, m’expliquant que le programme était mis en place par le siège national. Je lui rétorque que ce n’est pas possible. Si nous faisons un programme lambda, nous ne déplafonnerons pas les scores. J’ai donc mis en place une véritable stratégie de campagne répondant aux enjeux locaux. Il m’a fallu des mois pour le convaincre de ne mettre la flamme du Front nulle part, même pas sur les bulletins de vote. Au final, alors qu’il était crédité dans les sondages de 28%, nous finissons à 34,5%. Je crois que ma contribution a été utile.

♦ Comment se déroule l’après-élection municipale de 2014 ?

Après le second tour, me voilà élu conseiller municipal d’opposition et lui disparaît complètement. Louis Aliot part faire la campagne des européennes. Il est élu en juillet 2014, et il m’embauche en tant qu’assistant parlementaire. Il avait été content de mon travail, de mes qualités rédactionnelles. Ça a duré presque 5 ans, 3 ans et demi au Parlement européen et 1 an à l’Assemblée nationale. Et puis j’en ai eu assez, je suis parti. J’avais des problèmes avec ses nouveaux collaborateurs. Il a mis en place une nouvelle organisation que ce soit ici ou à Paris qui ne me convenait pas. Il y avait des problèmes sur le fond et sur la forme.

Et puis il y avait aussi le manque d’assiduité au conseil municipal, l’absence de vision, de stratégie, et le dilettantisme. Je me suis engagé pour ma ville. Et l’absence d’opposition et les courbettes à Jean-Marc Pujol durant toute la mandature, cela ne me plaisait pas.

Je trouve que nous ne jouions pas notre rôle d’opposition. Et quand je voulais dire quelque chose, je me faisais rembarrer ! Deux choses m’ont décidé à démissionner. Le premier quand Louis Aliot nous a demandé de voter favorablement pour la halle multisports parce qu’elle est sur sa circonscription. Le second, ça a été quand il nous a fait voter contre la subvention à l’association LGBT66** pour des querelles de personnes. Alors que cette association fait un super boulot sur le terrain.

Ensuite, j’ai décidé d’ouvrir mon restaurant.

♦ Pourquoi vouloir devenir maire de Perpignan en 2020 ?

C’était quelque chose qui était prévu depuis toujours. D’ailleurs la première fois que j’ai rencontré Louis Aliot, je lui ai dit que je voulais devenir maire de Perpignan. Ce n’était un secret pour personne, il savait que j’avais des ambitions politiques ! Et il en était tout à fait conscient. Mon objectif était de me mettre derrière lui pour incarner la transition. C’est très commun de s’unir avec un homme politique, faire carrière dans son ombre, et ensuite prendre la lumière au moment d’un passage de flambeau. Et d’ailleurs c’est lui qui me l’avait dit, je ne l’ai pas fantasmé ! Or, avec le temps, j’ai bien vu qu’il me garderait toujours sous cloche. J’ai donc décidé de m’émanciper.

♦ Alexandre Bolo, quel est votre projet pour Perpignan ?

J’ai trois axes de campagne : la revitalisation du commerce, une nouvelle politique de stationnement et une stratégie pour créer des emplois dans la ville et dans la communauté urbaine.

Sur la partie stationnement, la solution n’est pas compliquée !

Il faut reprendre la gestion de tous les parkings car les murs appartiennent à la mairie qui a signé des délégations de service public avec des opérateurs privés. Cela permettra d’avoir la maîtrise sur les tarifs, et cela incitera les gens à venir consommer en centre-ville.

L’objectif est de créer un cercle vertueux qui fera revenir les enseignes en centre-ville. Pour la reprise des parkings, il faudra attendre la fin des contrats. En attendant, je demanderai à Qpark et Indigo de mettre en place un tarif spécial entre midi et 14 heures, et le soir. Un tarif négocié de 2 €. Ce forfait encouragera les gens à venir déjeuner et dîner en cœur de ville. Je suis aussi favorable à la gratuité de la première heure pour les stationnements de surface.

Pour financer ces dépenses, je provoque une taxe basée sur l’imperméabilisation des sols dans les zones commerciales au niveau de la communauté urbaine. Et notamment sur ces grandes zones de bitume que sont les parkings des centres commerciaux. Je pense que ce serait un juste retour par rapport aux commerçants  du centre-ville et leurs usagers qui payent leur stationnement.

Il faut aussi créer une grande zone franche pour inciter les jeunes entreprises à s’installer.

Même si c’est la préfecture qui le décide, cela ne peut se faire que sur demande de la mairie. La zone franche irait de l’hypercentre, Saint-Jacques, Saint-Mathieu et toute la partie du Bas-Vernet. Il faut aussi inciter les grandes enseignes à s’installer en centre-ville. Dans mon programme, j’ai prévu l’embauche d’un chargé de mission dédié à l’attractivité du centre-ville. Il aura pour charge de démarcher et d’accompagner les entreprises qui veulent s’installer. Cela passe par la préemption de locaux commerciaux ciblés dans l’hypercentre. L’urgence est d’empêcher que de nouvelles artères sombrent et qu’elles ne se transforment en rue des Augustins bis !

Après cette première partie, il sera temps de faire venir les enseignes du type Decathlon. Aujourd’hui, il  manque une grande enseigne de sport en centre-ville. La boutique en cœur de ville pourrait être la vitrine du magasin en zone commerciale.

Sur les Dames de France, j’aimerais que s’installe un show-room Ikea. Un peu à l’image de celui de la Madeleine à Paris. C’est juste une question de volonté politique. La mairie a bien œuvré pour l’implantation de la Fnac aux Galeries Lafayette. Cette négociation concertée pourrait aussi se renouveler dans le cas d’Ikea ! Mais encore faut-il de la volonté et de l’énergie !

Et si malgré tous nos efforts, on ne trouvait pas une enseigne attractive dans les 6 mois, on pourrait envisager d’y installer la médiathèque du centre-ville. Ce serait une grande médiathèque à l’échelle de la communauté urbaine. L’espace libéré par la médiathèque actuelle pourrait être dédié à l’université. L’idéal serait tout de même qu’une enseigne s’installe, car le bâtiment des Dames de France représente un coût important.

Pour le volet création d’emplois et implantations de nouvelles entreprises…

Il faut utiliser les moyens de l’Agence de Développement Économique pour attirer de l’industrie. Sur le même principe que Républic Tecnologie ou Cémoi, nous pouvons attirer de l’industrie. D’autant plus que la Côte d’Azur, l’Île de France, et même Montpellier, Bordeaux et Toulouse commencent à être saturées.

♦ Que pensez-vous de la sécurité à Perpignan ?

Contrairement à nombre de mes adversaires, je ne ferai pas de la sécurité un axe fort de ma campagne. Pour être en centre-ville tous les jours, tout le monde est très satisfait de l’action et de la réactivité de notre police municipale. La seule problématique est de combler le créneau horaire entre 2 heures et 7 heures du matin où elle n’est pas présente jusque-là.

Il faut pallier les carences de l’État en matière de sécurité, et mettre en place une patrouille de nuit. Mais aussi mettre en place un standard téléphonique très réactif. Parce que la plupart des agressions ont lieu la nuit. Et avec la consommation d’alcool et de drogue, il peut y avoir des dégâts considérables et très rapidement. C’est donc la nuit qu’il faut intervenir le plus rapidement possible.

J’envisage aussi l’implantation d’un commissariat de la police municipale en centre-ville. Je voudrais qu’il s’installe au Palmarium, sur l’emplacement laissé vaquant par le transfert de l’Office du Tourisme à la Loge de Mer.

♦ Vos propositions semblent proches de celles d’Olivier Amiel, Louis Aliot ou Clotilde Ripoull – Pourquoi vouloir faire cavalier seul ?

Oui, c’est vrai, il y a peu de différences. Moi, je considère que je suis un petit candidat, et d’ailleurs les sondages me placent tous en dernière position. Je trouve que c’est plutôt pas mal alors que je n’ai même pas fait campagne, ni même présenté mon équipe !

Aujourd’hui, je tiens à rassurer mes adversaires, je suis en capacité de monter une équipe de 55 personnes. J’ai même une équipe de 15 personnes dans une perspective d’opposition.

J’ai aussi été contacté par plusieurs candidats. Mais je veux me lancer de manière indépendante, parce que j’ai des désaccords et notamment sur l’avenir de Saint-Jacques. Moi je suis partisan de raser les îlots qui menacent de s’effondrer, mais il faut reconstruire dans un style méridional ! Je suis aussi totalement opposé à la construction de tours à Perpignan. Par contre, il faut rénover les logements existants. Et si le privé ne le fait pas, c’est le secteur public qui devra prendre la main.

♦ Alexandre Bolo, quelle est votre vision de la fonction d’élu ?

Je suis favorable à la suppression des avantages liés à la fonction d’élu. Moralisation, suppression des avantages liés à la fonction d’élu. Avec moi, plus de voiture avec chauffeur ou de mise à disposition de parkings pour les élus. Ça me paraît scandaleux, on est dans une ville de 100.000 habitants. Il n’y a aucune nécessité d’avoir un véhicule avec chauffeur !

Pour ce qui est des indemnités, je suis pour un alignement des indemnités sur la vie réelle. En clair, si les élus décident d’être élus à temps plein, l’indemnité sera calculée sur le revenu qu’ils avaient dans la vie civile. Mais s’ils décident de ne pas occuper leur fonction à temps plein, leur indemnité sera plafonnée à celles des élus du conseil municipal traditionnel. Car qui dit salaire dit travail, l’indemnité sera en fonction de ton dernier salaire et bien sûr plafonnée à 3.000 €.

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