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Incendies, canicules, sécheresse : le climat peut-il détourner les touristes des Pyrénées-Orientales ?

Les étés se suivent et se ressemblent de moins en moins, marqués toujours plus nettement par les effets du dérèglement climatique. Entre vagues de chaleur, manque d’eau et feux de forêts, les conséquences deviennent de plus en plus palpables et concrètes. 

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De l’été désiré à l’été redouté. Ce qui était jadis une période synonyme de repos, de farniente et de bulle d’air est-il en train de se transformer en parenthèse écoeurante ? La saison estivale 2026 est à nouveau marquée par des phénomènes climatiques extrêmes. Des scénarios qui vont se répéter à l’avenir et qui déclenchent déjà des mutations. 

Les incendies de Canet-en-Roussillon et Trévillach

La chaleur et la sécheresse ont produit des conditions atmosphériques inédites et propices à deux feux incontrôlables et dévastateurs. Le premier incendie d’ampleur se déclare le 2 juillet au camping Le Sainte-Marie, à Sainte-Marie-la-Mer, avant de se propager jusqu’à Canet-en-Roussillon. Des établissements touristiques ont directement été touchés et leurs clients obligés d’évacuer.

Au Brasilia, institution canétoise qui dispose d’une capacité d’accueil de 2500 à 3000 personnes simultanément, certains vacanciers ont tout perdu dans un camping partiellement réduit en cendres. L’incendie impose ensuite une fermeture de près d’un mois à l’établissement. Des centaines de familles voient leurs vacances annulées.

Deux jours plus tard, le 4 juillet, sous l’effet de la chaleur, l’hygrométrie descend et rend l’air extrêmement sec. La tramontane s’en mêle. Lorsqu’il se déclare, l’incendie de Trévillach atteint très vite une intensité maximale, parcourt des milliers d’hectares et menace de devenir l’un des pires feux jamais vus dans le département. En quelques heures, 27 communes sont évacuées. Habitants comme vacanciers se retrouvent réfugiés, au cœur de l’été, dans des équipements publics mis à disposition. 

Des réfugiés de l’incendie de Trévillach hébergés à Thuir

En plus de leur impact immédiat, ces feux pourraient avoir des effets plus durables. Dans son bilan d’activité commerciale 2025, Gîtes de France Sud, pointait déjà les effets de l’incendie majeur survenu l’été dernier dans l’Aude. « L’arrière saison a sans aucun doute été abîmée par les incendies de l’été ». 

Un phénomène qui pourrait toucher les Pyrénées-Orientales en 2026. Il semble même déjà perceptible. Dans son bilan de juillet, l’agence régionale AD’OCC estime que canicule et incendies ont pesé sur la fréquentation touristique. Un hôtelier du littoral affirme que « l’écho médiatique autour des incendies du début de mois a conduit à de nombreuses annulations ».

L’impact des canicules : baisse de fréquentation en juillet-août au profit de mai, juin et septembre 

Au risque incendie s’additionne le phénomène des températures extrêmes. L’été 2026 a déjà été marqué par plusieurs vagues de chaleur. Juillet 2026 est même devenu le mois le plus chaud jamais enregistré dans le pays depuis le début des mesures en 1900. À Perpignan, le thermomètre a atteint 40,9 °C le 9 juillet. La nuit précédente, la température n’était pas descendue sous 30,6 °C à Vivès, un record national de température minimale.

Des événements qui se répètent et s’amplifient au point qu’ils modifient les habitudes touristiques. Une étude de l’Insee publiée en mars dernier démontre ainsi que le tourisme s’atténue en été en Occitanie, au profit des « ailes de saison ». Entre 2012 et 2024, les hébergements touristiques de la région ont en moyenne connu une baisse de fréquentation en été (-4% en juillet ; -2% en août). Quand dans le même temps, les mois de mai (+32%), juin (+12%) et septembre (+10%) ont vu de fortes augmentations. L’étude précise que si les régions du littoral atlantique et du nord gagnent en attractivité, « la fréquentation des hébergements collectifs touristiques augmente moins fortement en Occitanie qu’au niveau national ». 

Parmi les « multiples facteurs » expliquant ces bouleversements, les chercheurs pointent « le réchauffement climatique ». Ce dernier « entraîne une hausse de la fréquence des canicules en été et une baisse de l’enneigement en hiver. Il peut conduire les touristes à modifier leurs choix de destination ou à décaler la période habituelle de leurs séjours ». Les chercheurs précisent que ces données s’appliquent globalement pour les touristes résidant en France comme pour ceux provenant de l’étranger. 

Une autre étude de l’Insee montre que « l’Occitanie est une des régions de France métropolitaine qui sera la plus exposée à des épisodes fréquents de fortes chaleurs, à la fois diurnes et nocturnes ». Dans la région, « les territoires qui seront soumis à ces épisodes sont précisément ceux où se situe une large majorité des hébergements touristiques, en particulier sur le pourtour méditerranéen ». Ainsi, d’ici à 2050, « les trois quarts de l’offre touristique seront exposés à de fortes chaleurs ». 

La sécheresse : quand des cours d’eau disparaissent 

Vient enfin le manque d’eau. Un phénomène qui ne pèse plus seulement sur les usages du quotidien, mais aussi sur l’image touristique du territoire. Dans son bilan d’activité commerciale, Gîtes de France Sud relève ainsi que les Pyrénées-Orientales ont souffert d’une « image dégradée liée à la sécheresse depuis 3 ans ». 

Cette transformation est aussi perceptible dans les témoignages laissés par les vacanciers. Sur un site de location saisonnière, un utilisateur regrette que « le réchauffement climatique, malheureusement, était une fois de plus au rendez-vous, nous rappelant qu’il y a à peine quatre ans, on pouvait encore se baigner et pêcher dans la rivière, qui longe la propriété ». Un cours d’eau aujourd’hui à sec qui laisserait place à un lieu profondément changé et privé d’une partie de son charme bucolique. 

Quand le dérèglement climatique n’est plus une abstraction et accroît l’éco-anxiété 

Tous ces phénomènes corrélés font croître un mal récemment apparu et désormais largement documenté : l’éco-anxiété. Dans le secteur du tourisme, elle se traduit par la honte de voyager (la « flygskam » ou honte de prendre l’avion), ainsi que par la perte de sens de vacances de masse. Certains développent aussi une forme de solastalgie, soit une tristesse liée à la perte concrète d’un environnement familier déjà détruit ou transformé. 

En toile de fond : l’angoisse de voir les paysages détruits par les canicules ou les incendies. Et, progressivement, la question de savoir où partir, quand partir, voire s’il faut encore partir de la même manière. 

Les témoignages en ligne sont nombreux. Dans une discussion sur Reddit intitulée « Passez vous un bon été malgré les canicules ? », les réponses fusent. « C’est le pire été de mon existence pour l’instant », écrit un internaute. Un autre s’interroge sur le fait de délaisser les Pyrénées au profit du Cantal. « J’étais (en montagne) dans les Pyrénées-Orientales et c’était un des coins les moins chauds de France. Au final l’altitude bat la latitude », lui répond un premier interlocuteur. « Chaque année nous amène globalement plus de réchauffement et de dérèglement climatique, alors il est impossible de faire de vraies prédictions », poursuit un autre. 

« On vit dans nos corps ce qui se passe »

Pour Charline Schmerber, psychothérapeute spécialisée dans l’éco-anxiété, le changement majeur tient d’abord à la manière dont le dérèglement climatique est désormais vécu. « Aujourd’hui, on vit dans nos corps ce qui se passe. Et c’est ça qui provoque les mouvements de prise de conscience », observe-t-elle en citant les canicules ressenties physiquement et la désolation face aux paysages ravagés par les flammes. Le phénomène n’est donc plus seulement projeté dans un futur lointain, il s’impose dans le présent, dans des périodes traditionnellement associées au repos et au plaisir.

Selon ce qu’elle observe chez certaines personnes qu’elle accompagne, cette évolution commence donc à peser directement sur les vacances. « J’ai vu beaucoup de gens se déplacer ou changer leur destination de vacances par peur, parce qu’ils n’avaient pas envie d’aller dans des endroits où ils risquaient d’être exposés aux feux ». Le risque climatique devient alors un critère supplémentaire dans le choix du lieu ou de la période de séjour.

Charline Schmerber pointe toutefois un phénomène ambivalent, avec des personnes bouleversées par un sentiment d’impuissance, quand d’autres vont justement se réfugier dans le déni. Pour elle, « le problème est systémique » et l’éco-anxiété ne devrait donc pas « se regarder à travers un prisme individuel ». Autrement dit, face à des épisodes extrêmes qui les dépassent et les renvoient à leur impuissance, les personnes réagissent différemment. 

Et finalement, entre incendies, canicules et sécheresses à répétition, une autre question commence à se poser : si on sait que les touristes continueront de venir dans les Pyrénées-Orientales, le feront-ils à l’avenir avec la même insouciance ?

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Sébastien Leurquin