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FASD Zet 66 décrypte les mythes : entre fantasmes et écologie, comprendre le loup 

Le loup déchaîne toujours les passions. Ici dans les Pyrénées Orientales, les traces du loup sont de plus en plus nombreuses dans nos massifs. Cet animal cristallise une peur qui remonte à la nuit des temps, c’est l’occasion pour nous de démêler le vrai du faux…sans crier au loup !

Dans le cadre d’un partenariat noué entre Made In Perpignan et l’association d’esprit critique, FASD Zet 66, Isabelle Périé, Stéphane Cornille et Cyril Gambari démystifient des fake news en révélant leur origine.

Le chien ne descend pas du loup

Le nom scientifique du loup est Canis lupus, tout comme le chien domestique Canis lupus familiaris ! Vous avez probablement déjà entendu l’idée que l’Humain descend du singe et que le chien descend du loup, en imaginant un loup tel qu’il est aujourd’hui. Ce sont en fait des raccourcis. Le chien et le loup possèdent le même ancêtre commun duquel ils ont divergé au cours de l’évolution. En d’autres termes, les deux lignées ont pris deux chemins séparés. Cette divergence vient du fait d’une évolution conjointe (coévolution) des populations de loups et de communautés humaines (d’abord de chasseurs-cueilleurs puis d’agriculteurs) il y a plus de 19 000 ans, c’est ce qu’on appelle la domestication [1]. D’ailleurs, le chien domestique est capable de digérer l’amidon (une adaptation à la nourriture issue de l’agriculture) et non le loup [2].

Le loup alpha est un masculiniste

Ce mythe est assez tenace et vient de l’observation de loups… en captivité. Dans les années 1930–1960, les premières observations ont été faites sur des loups regroupés artificiellement dans des enclos. Des individus sans lien de parenté, forcés de cohabiter, ont produit des comportements agressifs et hiérarchiques, tout comme le ferait n’importe quel groupe d’animaux stressés.

En milieu naturel, les loups s’organisent en meutes, ces meutes sont des familles avec un couple reproducteur (les parents), les jeunes de l’année et parfois des subadultes des années précédentes. Les chefs de file sont donc la femelle et le mâle, pas des conquérants.

C’est la coopération qui domine largement : la chasse est coordonnée, la meute protège les petits, les adultes transmettent l’expérience [3]. La photo virale de la meute ordonnée que l’on voit parfois passer sur les réseaux sociaux (assignant par la même occasion des rôles sociaux aux loups) est décontextualisée, la photo provient d’un documentaire et les interprétations humaines qui vont avec ne reposent pas sur l’éthologie observée.

Cette croyance autour du loup alpha est reprise dans les milieux masculinistes où le mâle est érigé en figure sacrée sur les femelles apeurées, son rôle protecteur étant à préserver à tout prix pour donner une direction à la meute et assurer une domination sur les autres mâles et sur les femelles. Cette idée que ce comportement serait naturel chez le loup (ce qui n’est pas le cas) suffirait à servir de caution à ces comportements sexistes, c’est ce que l’on appelle en rhétorique l’argument de l’appel à la nature. Cet argument fallacieux (sans valeur) consiste à dire que ce qui est naturel (ou présent dans la nature) est forcément bénéfique ou doit être encouragé, or la peste est naturelle et les lunettes de vue ne le sont pas, ce qui invalide cet argument ! La nature n’est pas un modèle moral : elle décrit ce qui existe, pas ce qui doit exister.

Le vaincu s’incline et donne sa jugulaire

Cette vision bien qu’inspirante : « le vaincu offre sa vie au vainqueur » est à nuancer. Il existe une large gamme de postures qu’un loup va pouvoir adopter pour apaiser son adversaire. Parmi celles-ci, les loups présentent des comportements que l’on va retrouver chez certains chiens domestiques comme le fait de se coucher, de détourner le regard, de se faire plus petit en aplatissant son corps ou encore… présenter sa gorge.

Le grand méchant loup

Ce mythe-là est toujours bien ancré dans les esprits. Dans nos contrées, le loup a été chassé, tué et exterminé pour protéger l’élevage et les éleveurs. Son retour dans les Alpes via des populations d’origine italienne il y a trente-quatre ans s’est prolongé jusque dans les Pyrénées où sa recolonisation date de 2002 dans le massif du Carlit. Depuis, sept loups se sont installés de manière permanente dans nos montagnes dont un dans le massif des Albères. Pour la première fois depuis plus de cent ans, une reproduction a eu lieu du côté de la catalogne sud dans le massif du Piémont [4]. Le canidé est une espèce protégée en France :

De ce fait, sa détention est très réglementée et sa destruction volontaire est fermement condamnée exposant à des peines allant jusqu’à trois ans de prison et 150.000 euros d’amende, retrait du permis de chasser et confiscation de l’arme.” [5]

Mais des dérogations existent et permettent d’abattre l’animal si la fréquence des attaques ne laisse aucune alternative à hauteur de plus de deux cents loups par an. [5]

Nous avons tous l’image de brebis éventrées et de troupeaux apeurés par la présence du prédateur et les mesures de compensation de l’état sont vivement critiquées notamment les compensations sur les pertes collatérales dues à la présence du loup (avortement des brebis, perte de rendement attribuée à la peur des animaux d’élevage etc.). Mais reste la question de la présence du loup dans les écosystèmes.

Pas de loup, pas de castor

Comment ne pas parler ici du cas emblématique du parc du Yellowstone aux Etats-Unis.
En raison d’une politique américaine de lutte contre les grands prédateurs, le loup disparaît du premier parc national du monde dans les années 20. S’ensuit une cascade de conséquences difficilement prévisibles.

Tout d’abord, l’absence du prédateur a conduit à la prolifération du wapiti (un cousin de nos cerfs européens). Cette prolifération a elle-même conduit à une pression importante sur les jeunes arbres (peupliers, saules, etc.) et sur les prairies arbustives via un surpâturage massif. Du fait de la disparition des bosquets, les communautés d’insectes et de petits mammifères se sont effondrées. En raison de la disparition des arbres en bordure des cours d’eau, les populations de castor ont fini également par disparaître. [6]

Sur les 20 000 wapitis du parc du Yellowstone à la réintroduction des vingt et un loups en 1995, ils n’étaient plus que 5000 en 2015 pour cent huit loups, et les paysages de ce territoire se sont recouverts d’arbres et arbustes (voir photos). [7] L’ampleur de la réintroduction du loup est difficilement mesurable et cette cascade de conséquences est sans doute multifactorielle mais l’effet régulateur du loup sur les populations d’ongulés est bien documenté.

La situation en France pourrait être comparable. Nos forêts ont longtemps été exemptes de prédateurs et les populations d’ongulés se sont installées durablement causant de nombreux dégâts sur les terres agricoles. On estime que les dégâts des cervidés sur l’agriculture étaient (en 2004) de vingt millions d’euros et que les collisions avec des véhicules deviennent de plus en plus fréquentes ! Le retour du loup en tant que régulateur limitera à n’en pas douter le nombre de cervidés.

En guise de conclusion

De nombreuses croyances circulent autour du loup mais elles ne tiennent pas toutes, bien au contraire.

Le débat sur la présence du loup sur nos territoires est encore loin de faire consensus. Si la protection du canidé depuis la convention de Berne a permis son retour sur notre sol, il n’en demeure pas moins que les éleveurs confrontés à l’animal subissent une situation des plus stressantes déjà qu’ils ne pratiquent pas le métier le plus facile du monde et se seraient bien passés de ce retour.

Les bénéfices sur les écosystèmes et l’ensemble de la faune et de la flore sont documentés et visibles. Ici dans les Pyrénées, la présence de l’ours avait déjà changé les habitudes des éleveurs qui adoptent alors des moyens de protection des troupeaux comme la présence de bergers, d’aide-bergers, de patous et le regroupement nocturne des troupeaux. [9]

Et pourtant, via un projet de loi à l’Assemblée Nationale le 19 mai, l’État voudrait autoriser le tir de loups au sein même des Réserves Naturelles Nationales.

Sources :
[1] David Grimm, « Dawn of the dog », Science, 17 avril 2015, Vol. 348 n° 6232 p. 274-279.
[2] Anders Bergström et al., Origins and genetic legacy of prehistoric dogs, Science, 30 Octobre 2020, Vol. 370, Issue 6516, pp. 557-564
[3] Mech, L.D. (2000). “Alpha status, dominance, and division of labor in wolf packs.” International Wolf Center.
[4] https://www.loupfrance.fr/detection-dune-reproduction-de-loup-gris-dans-les-pyrenees-catalanes/
[5] https://pna-loup.developpement-durable.gouv.fr/principe-et-reglementation-a27.html
[6] https://artisansdelatransition.org/api/file/1224
[7] https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2351989425000290
[8] https://lejournal.cnrs.fr/articles/des-loups-des-cerfs-et-nous
[9] https://www.ferus.fr/wp-content/uploads/2023/07/flyer-loup-pyrenees-2023.pdf

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