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Zéro déchet | Passer d’une poubelle quotidienne à une par mois ? Angélique l’a fait…

LECTURE

À l’heure où les masques jetables jonchent les trottoirs et le fond de la Mer Méditerranée, qui sont les convertis au zéro déchet ? Des “Ayatollahs de l’écologie” comme les qualifient leurs contradicteurs ? Ré-emploi, échange, réparation, vrac, le zéro déchet est un ensemble de pratiques visant à réduire les 336kg d’Ordures Ménagères Résiduelles (OMR) que produit un habitant des Pyrénées-Orientales chaque année ; un chiffre en baisse depuis 2007 au plan national.

Pourtant, la France déverse toujours chaque année 10.000 tonnes de plastiques dans la Mer Méditerranée. Malgré les efforts mis en place de collecte et de tri des déchets par les collectivités, 80.000 tonnes de plastiques sont jetées dans la nature chaque année estime la WWF. 

Partant de ce constat, certains citoyens ont modifié leurs habitudes ; avec pour objectif de réduire leur quantité d’ordures et tendre vers le zéro déchet. En 2017, nous vous évoquions l’exemple de la youtubeuse Le Corps, La Maison, L’Esprit à l’initiative d’un Pique-Nique sans emballage à Perpignan. Parfois, l‘aspect financier peut également être une source de motivation dans la démarche de consommer moins, plus responsable et tout en diminuant son impact.

♦ Pour Angélique, le zéro déchet lui permet de vivre en adéquation avec ses convictions

 « J’ai commencé cette discipline il y a plus ou moins 7 ans ; suite à une mauvaise expérience et une perte de mon emploi. Les soucis financiers qui vont avec ont commencé à se faire sentir. J’ai cherché à vivre avec un petit budget ; c’est là que j’ai découvert le zéro déchet. Mon éducation m’avait déjà apporté quelques bases sans que je m’en rende compte. Benjamine d’une famille de cinq enfants, j’ai par exemple récupéré les affaires de mes grandes sœurs. »

La jeune trentenaire des Pyrénées-Orientales partage autour d’elle ses astuces, en commençant par son domicile. « Nous vivons à deux et j’ai initié mon compagnon. Il a changé son comportement, et c’est aussi très motivant de s’y mettre à deux. Il a encore quelques difficultés bien qu’il soit sensibilisé. Parfois, il y a des choses qu’il ne perçoit pas ; alors je prends le temps de lui expliquer car je me sens vraiment engagée. Il faut aussi qu’il se sente à l’aise dans la démarche, c’est très important. On prend ça comme un challenge. »

♦ Produisons-nous plus ou moins de déchets qu’hier ?

Depuis 2007, l’agence de la transition écologique (ADEME) constate une baisse de 4,6% des déchets produits par habitant. Cette tendance s’explique notamment par “les préventions, l’incitation de la réutilisation, le réemploi, la réparation et la réduction du gaspillage alimentaire”. Aujourd’hui en France, la prévention est notamment réalisée par des associations ; à l’image de celle qu’Angélique a fini par créer dans les Pyrénées-Orientales. 

 «  J’ai commencé à être active lorsque j’habitais à Montpellier ; à vraiment aller vers les gens, les sensibiliser et être présente sur les stands. En déménageant dans le département des Pyrénées-Orientales, je me suis aperçue qu’aucune association existait ; et ce malgré le nombre de personnes pratiquant le zéro déchet. En rencontrant Adeline qui vivait à Collioure, nous avons décidé de monter le groupe local Zero Waste France Sud Pyrénées Orientales en 2018. »

L’association du département est rattachée à Zéro Waste France. Aujourd’hui, cinq bénévoles actifs proposent aussi bien des ateliers de création de shampoing ou dentifrice, que de cuisiner sans épluchures. Elle tient aussi des stands de sensibilisation ; tant pour initier les personnes que pour les aider à avancer dans leur démarche.

♦ Troc Party – L’échange comme alternative au consumérisme ?

Le concept passe également par l’échange et l’organisation régulière de Troc Party. Chaque personne arrive avec un maximum de cinq habits et repart avec d’autres. À la fin de l’événement, les vêtements qui restent sont donnés à des associations caritatives comme la Croix-Rouge ou le Secours Populaire. 

Les fêtes de fin d’année sont sujettes à une overdose de consommation, d’emballage et aux papiers cadeaux éphémères. Alors que ces traditions semblent incompatibles avec le zéro déchet, la démarche propose des solutions toutes simples, inspirées de nos aïeux ou d’initiatives ailleurs dans le monde : un partenariat avec Energie Citoyenne pour l’accès au marché de Noël alternatif.

« On souhaitait montrer qu’il était possible de sortir un peu du carcan consommation jetable. Les gens rapportaient des petits objets à s’échanger. Ils ont fabriqué eux-mêmes des objets de décoration pour Noël. On avait un atelier furoshiki ; technique d’emballage qui utilise du tissu venu tout droit du Japon qui remplace le papier cadeaux jetable. »

♦ L’arrivée d’une nouvelle pollution à grande échelle : le masque jetable

En plus de la baisse d’activité liée à la crise sanitaire, le groupe se désole de l’ajout d’un nouveau produit jetable : les masques, alors que des alternatives bien plus respectueuses existaient. 

« En France, il y a une multitude d’associations prêtes à produire des masques. Elles ont soutenu les hôpitaux et les collectivités et peuvent confectionner rapidement grâce aux couturières. L’État aurait pu mettre ces femmes de l’ombre en avant. Ça n’a pas été le cas. »

À Perpignan, au cœur du quartier Saint Jacques puis sur les quais Vauban, l’entreprise de réinsertion Père Pigne a toutefois été soutenue par l’État afin de réaliser 36.000 masques par semaine dans le cadre de l’opération Résilience. 

♦ Passer d’une poubelle par jour en vivant seule, à 20 litres par mois à deux

C’est le constat chiffré que dresse le couple ; même si beaucoup d’efforts restent à faire selon eux. De la création de produits hygiéniques aux emballages, « le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. » Telle est la devise du zéro déchet. Pour ce faire, les aficionados se tournent principalement vers les marchés, avec quelques sacs en tissus et des bocaux en verre sous le bras ; mais aussi vers les producteurs locaux et les fermes.

De plus en plus de magasins s’ouvrent dans les Pyrénées-Orientales avec des alternatives aux suremballages. Les Biocoop proposent du vrac, tandis Localodrive, en cours de déménagement vers le Carré d’Or, a fait du zéro déchet local sa spécialité. Dans le centre-ville de Perpignan, l’épicerie Silo & Co propose aussi des achats sans emballage. Enfin, une boutique O Vrac devrait ouvrir prochainement. 

Angélique propose de se détacher des plats cuisinés prêts à l’achat. « C’est vraiment de changer ses habitudes et son mode de consommation alimentaire ; en essayant de retrouver les pratiques d’hier et de les adapter à aujourd’hui.»

Par exemple pour une quiche il faudrait la préparer soi-même, faire à la pâte. Il faut prendre le temps de cuisiner. C’est aussi cela qui rebute certaines familles : c’est le manque de temps. » constate-t-elle.

Angélique nous liste ensuite de nombreux conseils pour ceux qui souhaitent s’initier. « Il ne faut surtout pas se mettre la pression ; se déculpabiliser aussi. Chacun doit avancer à son rythme. Quand on débute, c’est de se focaliser sur une pièce ; la salle de bains est la plus simple. Essayer de tout faire d’un coup va vous rebuter face à la pratique. Entourez-vous de gens qui sont dans la démarche pour évoluer petit à petit. »

♦ Chiffres clés des Pyrénées-Orientales 

En 2017, Les Pyrénées Orientales comptaient 474 452 habitants. Au total, c’est près de 160 Millions de Kilos d’Ordures Ménagères Résiduelles (OMR) qui ont été générés ; soit 336kg par habitant. La moyenne nationale se situe plus bas, à 255 Kg par habitant.

Ci-dessous, voici les détails du résultat de l’enquête nationale de l’ADEME des coûts du service public de la gestion des déchets dans les Pyrénées orientales. 

  • 474.452 habitants (population INSEE 2017) 
  • 336 kg/habitant/an d’OMR (Ordures Ménagères Résiduelles)
  • 33 kg/habitant/an de Verre 
  • 61 kg/habitant/an d’Emballages et papiers des ménages 
  • 3 kg/habitant/an de Biodéchets et Déchets verts 
  • 739 kg/habitant/an de DMA (Déchets Ménagers et Assimilés)
  • 100 % des OMR sont envoyées dans des filières de valorisation (matière, organique et/ou énergétique) 
  • 58,50 €/t/an/hab pour la collecte des OMR
  • 23 €/t/an/hab pour la collecte des emballages hors verre et papiers des ménages
  • 2,9 €/t/an/hab pour la collecte du verre

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