Pourquoi et comment s’initier au circuit court dans les Pyrénées-Orientales ?

Epicerie de circuit court. Photographie de Stephane Ferrer Yulianti.

Le confinement a bouleversé pour un temps nos habitudes et apporté son lot de réflexions. Certains consommateurs se sont tournés vers le circuit court ; favorisant les produits locaux pour anticiper une éventuelle rupture d’approvisionnement. D’autres ont trouvé dans ce mode de consommation l’opportunité de contribuer au fameux « Monde de Demain » rêvé durant la crise. Photos de Stéphane Ferrer Yulianti.

♦ La pratique de plus en répandue du circuit court

Ce modèle de distribution met en lien le producteur et le consommateur sans aucun intermédiaire. Le circuit court prône à la fois le slow-food, qui incite à manger des produits au plus près de chez soi, et l’économie circulaire.

Diverses solutions existent depuis plusieurs années pour satisfaire « les locavores » comme les AMAPs ; Association Maintien de l’Agriculture Paysanne. Elles permettent de soutenir une agriculture locale, biologique et paysanne. 

Selon Alternatiba 66« Le principe est de créer un lien direct entre paysans et consommateurs, qui s’engagent à acheter la production de ceux-ci à un prix équitable et en payant en avance. Les denrées sont diverses : fruits, légumes, viandes, œufs, fromages, vins, bières… ». Il existe 7 AMAPs référencées dans le département des Pyrénées-Orientales.

En France, selon une étude de 2010 de l’ADEME*, 107 000 exploitants vendaient en circuit court ; soit 21% des exploitations françaises.

Producteur circuit court

♦ 6 à 7 % des achats alimentaires en France se font par des circuits courts « spécialisés »

Du côté de la consommation, le nombre de points de vente augmente. En 2014-2015, la France comptait 600 à 1200 marchés de producteurs, 1600 AMAP, 650 ruches, 250 magasins de producteurs.

Laurence pratique le circuit court depuis 3 ans. Sa famille recomposée compte entre 4 et 6 membres selon les périodes. Dans ses achats se dessine avant tout une démarche militante : « Avec ces dépenses, je sais où va l’argent. Ça favorise l’économie circulaire, je sais que je nourris une famille que je connais ou finirai par connaître » constate la jeune femme« J’ai complètement déserté les hypermarchés. Selon moi, ils compressent les marges des producteurs qui n’ont que très peu de salaire à la fin du mois. Leurs produits sont pleins de produits chimiques et l’abondance d’articles nous pousse à la surconsommation ; tandis que les caissières s’usent au travail quand leurs patrons se gavent sur les bénéfices » s’exacerbe Laurence, avant de philosopher.

« Je cherche avant tout un endroit qui ait du sens et soit éthique. Derrière chaque achat, tu exprimes une opinion ; sur comment tu souhaites voir le monde. » 

Epicerie de circuit court. Photographie de Stephane Ferrer Yulianti.

Alors que l’une des motivations principales du consommateur à se tourner vers le local reste l’impact carbone du produit, l’ADEME met en garde. Pour l’agence, un certain nombre de conditions liées à la fabrication, transformation, et transport du produit doit être respecté.

“Des aliments produits localement mais hors saison sous serre chauffée pourront consommer plus d’énergie et rejeter plus de gaz à effet de serre que des produits importés de pays où ils sont cultivés en plein air, même en incluant le transport” précise l’ADEME.

Epicerie de circuit court. Photographie de Stephane Ferrer Yulianti.

♦ Le circuit court pour stimuler l’économie locale, et favoriser l’action de l’économie circulaire

L’ensemble des domaines d’action de l’économie forment un cycle, où chaque étape entraîne la suivante et ainsi de suite. L’ADEME rajoute : « En renforçant le lien entre producteur et consommateur et en redonnant du sens, tant à l’activité de production qu’à l’acte de consommation, et donc de la « valeur » à l’alimentation, les circuits courts de proximité présentent un réel potentiel en matière de consommation durable.»

« Au travers de la priorité donnée par le « consom’acteur » à une production locale, ils peuvent être un levier pour encourager l’évolution globale du système alimentaire (transport, saisonnalité, équilibre alimentaire, répartition de la valeur économique etc.). Adoptant des formes sans cesse renouvelées, les circuits courts de proximité sont notamment porteurs d’enjeux économiques, sociaux, identitaires et environnementaux. »

Ainsi Laurence estime qu’en favorisant l’AMAP et les épiceries de circuit court, elle dépense beaucoup moins qu’avant sur le circuit traditionnel. « Avec un panier de fruits et légumes de 20€, quelques légumineuses, nous tenons toute une semaine à 4 personnes. Certes, nous passons du temps à cuisiner ; mais c’est quelque chose que nous avons réappris à faire. Dans les hypermarchés, on est vite tenté d’acheter du superflu, d’avantage attiré par les têtes de gondole. Je n’achète plus de sodas. Au final, nos dépenses ont été revues à la baisse. »

♦  Au Mas Guerido, Camille a récemment ouvert une épicerie Localodrive

La commerçante propose des produits principalement locaux, régionaux ou made in France. Selon Camille, « il y a une ouverture de conscience vers les petites boutiques et surtout vers l’équitable. Je ne passe que très rarement par des plateformes d’achats ; me concentrant ainsi directement vers le producteur. L’idée est de ne pas avoir les mêmes produits qu’en grande distribution. »

Lassée par le commerce de l’alimentation de gros à Saint Charles, la jeune entrepreneuse a décidé de proposer une alternative aux aberrations dues aux nombreux kilomètres que pouvait parcourir un produit avant d’atterrir dans l’assiette. «Le plus difficile est de trouver les producteurs au niveau local ; car nous sommes très exigeants sur la qualité, l’équité, et le respect de l’environnement » assure-t-elle.

Avant de constater que « la grande majorité de la clientèle de la consommation locale est avant tout féminine ; souvent jeune mère de famille ou située entre 40 et 50 ans ». Cette épicerie propose de l’alimentaire en vrac ; mais aussi des articles d’hygiène ou ménagers. 

Laurence, la consommatrice de produits locaux avoue quelques limites à sa démarche. « Je me rends à l’épicerie pour dépanner, même si cela reste occasionnel. Par exemple pour acheter des produits d’hygiène comme des sacs-poubelles ou des rouleaux de papier toilette. Je suis consciente que ces commerces de proximité appartiennent aux groupes que je viens de blâmer. Il y a 4 mois, à la fin du confinement, j’ai dû me rendre à Intermarché. L’important c’est de ne pas culpabiliser, mais rester dans une démarche cohérente, proche de ses valeurs.»

Grocery shop selling local food. Photography by Stephane Ferrer Yulianti. Epicerie de circuit court. Photographie de Stephane Ferrer Yulianti.

♦ Le dispositif circuit court mis en place par la Région Occitanie

Le consommateur se rend sur le site solidarite-occitanie-alimentation.fr ; insère son adresse afin de lancer la géolocalisation. S’ouvre alors un plan avec l’ensemble des producteurs ou commerces alimentaires, leurs coordonnées et les services qu’ils proposent.

Les producteurs et commerçants locaux se rendent eux aussi sur la plateforme en ligne solidarite-occitanie-alimentation.fr. Ils remplissent un formulaire indiquant les produits proposés à la livraison ; ainsi que les lieux et jours de livraison. Chacun peut ainsi géolocaliser les producteurs et commerçants livrant près de son domicile, sur une carte interactive, et les contacter par mail ou téléphone afin de passer sa commande.

*ADEME : Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie

Epicerie de circuit court. Photographie de Stephane Ferrer Yulianti.

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