Départementales | Christophe Euzet, hybride Macron-Castex ? Interview

04/03/2021, Perpignan, France, Député Christophe Euzet © Arnaud Le Vu / MiP

Christophe Euzet est ce Catalan député de la septième circonscription de l’Héraut. Une situation qui lui vaut railleries sur la toile et critiques de l’opposition. Aujourd’hui, le maître de conférences à l’Université de Perpignan revient sur son territoire natal en vue des Départementales. Missionné par les cadres d’En Marche – dont le Pradéen de Matignon – Christophe Euzet (Agir*) doit faire figure de Monsieur Union. L’objectif à terme ? Draguer du centre-gauche à la droite pour une liste prête à l’exercice des prochaines Cantonales.

Au programme de notre rencontre avec Christophe Euzet : son activité parlementaire, ses débuts en politique, ses négociations en Pays Catalan.

♦ Christophe Euzet : “Je l’avoue, au début, ça a été compliqué”

Juriste de formation, le natif de Perpignan est élu député en 2017 sur la circonscription de Sète. “Son adhésion au mouvement La République En Marche est son premier engagement politique“, dixit le site du député. L’intéressé de se confier davantage : “J’enseigne la politique depuis 1998. Mais en pratique, j’étais novice. C’était une découverte. Je l’avoue, ce qui a été compliqué au début, c’était de différencier l’essentiel de l’accessoire“. Interrogé sur un possible décalage entre la théorie et la pratique, l’interviewé jure qu’il y a “davantage de confirmations que de surprises“. Avant de faire un crochet par le Parlement : “Par rapport à ce qu’il pourrait être, il est d’une grande faiblesse. Le Parlement est réduit, sous la 5e République, à une part famélique dans le jeu institutionnel“.

Depuis, Christophe Euzet se plie au rythme de la triangulaire Perpignan-Sète-Paris : attention aux 316 kg hebdomadaires de CO2 en cas de déplacements par avion. Mais ce n’est pas sous l’angle environnemental que nombre de commentateurs ont critiqué son élection. Ils ont accusé le spécialiste en droit public de parachutage dans la ville de Georges Brassens.

04/03/2021, Perpignan, France, Député Christophe Euzet © Arnaud Le Vu / MiP
04/03/2021, Perpignan, France, Député Christophe Euzet © Arnaud Le Vu / MiP

♦ De Perpignan à Sète : y a-t-il eu parachutage du député ?

Christophe Euzet semble familier de ces critiques, et naturellement, répond par la négative.C’est venu de l’opposition donc ça ne me surprend pas ; et n’échappe à personne le fait que j’ai été élu par des citoyens dans des isoloirs. Je n’ai commis aucun coup d’État. Je suis légitime“. Le député de l’Hérault continue l’argumentaire en expliquant “ses origines sétoises du côté paternel”. Le Perpignanais voulait prendre, au départ, et d’après lui, une des circonscriptions du département. Y avait-il déjà trop de “marcheurs” candidats ? Que nenni pour l’intéressé.

Ce serait offensant pour l’Hérault de dire ça. Mais il se trouve – des suites d’un accord dont j’ignore la teneur – que la convention nationale d’investiture de LREM m’a donné la circonscription 7 de l’Hérault. Depuis, j’ai quand même bien mouillé le maillot“. 

Le député cite comme fait de guerre sa proposition de loi “visant à promouvoir la France des accents. Proposition adoptée en première lecture à l’Assemblée en novembre dernier.

♦ Christophe Euzet : “J’ai fait interdire la discrimination sur la base de l’accent”

Le député martèle : “J’avais promis la promotion de l’accent du sud à l’Assemblée. Personne ne l’a fait comme moi. La loi sera sûrement adoptée au Sénat d’ici fin mai”. Et de parler de son compatriote de premier ministre : “C’est un débat qui est venu aux oreilles de Jean Castex. Lorsqu’il a pris ses fonctions son accent était sujet à railleries. Mais ma loi n’a pas été dépendante de son arrivée. Mes motivations étaient politiques parce que je pense qu’en France, nous avons un déficit de représentation : les gens ne se retrouvent plus dans les accents complètement monochromes qu’on peut entendre à la télévision par exemple”.  

Autre action revendiquée par Christophe Euzet : la création d’une antenne de l’Université de Montpellier, dans le cœur de Sète, dans les murs d’un collège réhabilité.Je ne triomphe pas avec modestie : j’ai bataillé pour que la ville obtienne la rénovation des bâtiments. Le coût s’élève à hauteur de six millions d’euros. J’ai bataillé aux côtés de Frédérique Vidal**, de la rectrice d’académie et de Jean Castex. Le cœur de ville sétois se meurt pour les mêmes raisons que celui de Perpignan“. Alors une question se pose : si le député semble satisfait de son bilan, pourquoi donc se mêler de la course à la présidence du conseil départemental des Pyrénées-Orientales ?

https://twitter.com/ChristopheEuzet/status/1365928724139569152

♦ “Finalement, je ne suis qu’un député lambda”

Il répond en trois points :

  • Bien sûr il y a ma vie personnelle dans le département, mais c’est autre chose, et ça n’interfère pas. 
  • Il y a le fait que Perpignan soit tombée dans l’aire du Rassemblement National.
  • Mais aussi que mon groupe politique Agir n’ait pas d’élu de premier rang sur le territoire.

Et de développer sur les deux derniers points : “Franck Riester m’a appelé pour ces élections aux enjeux énormes face au RN. Ce dernier peut soit remporter le scrutin, chose qui est peu probable je pense ; mais surtout il pourrait devenir l’arbitre du scrutin final. Ce qui est presque aussi grave. Jean Castex m’a fait le même constat et la même demande : représenter Agir et être un pont entre La République En Marche et Les Républicains modérés”.

Le groupe Agir n’a que très peu d’auras et de présence dans le département. À défaut, Christophe Euzet se montre “honoré par les demandes du premier ministre et de l’ex-ministre de la culture“. Et de reprendre dans une feinte modestie : “Je ne suis qu’un député lambda. Mais si on m’appelle c’est qu’on m’a trouvé quelques qualités“.  Dans une politique-fiction, un autre profil catalan aurait pu faire rôle de pont local entre droite et centre-droite : le député LREM Romain Grau. Mais celui-ci semble démonétisé après sa cinglante 4e place aux dernières élections municipales.

04/03/2021, Perpignan, France, Député Christophe Euzet © Arnaud Le Vu / MiP
04/03/2021, Perpignan, France, Député Christophe Euzet © Arnaud Le Vu / MiP

♦ Pour Euzet, le front républicain face au RN est “éculé”

Christophe Euzet de rebondir : “Agir, contrairement à En Marche, est une véritable passerelle de discussion avec les LR. Et je m’applique à cette mission“.

Où en sont les discussions ? Faire barrage au Rassemblement National à deux jours du scrutin, dans des couloirs, est une méthode complètement éculée. Il y a une autre démarche qui consiste à faire une union avec un dossard, un programme et un socle communs. Dans ce sens Agir parle avec tout le monde, Jean Sol*** comme Christine Gavalda-Moulenat [NDLR présidente des LR66], mais sans nous couper de nos bases”.

Un front républicain organisé bien en amont et qui ne porterait donc pas son nom.Notre programme et notre liste vont s’officialiser rapidement, sous le nom que j’ai proposé : “les Pyrénées-Orientales à la relance”. Un choix de nom pour apostropher Hermeline Malherbe ? Christophe Euzet l’entend de cette oreille : “Notre département est dans une inertie totale. Il vaudrait mieux tendre les bras aux cinq milliards d’euros du Plan relance, plutôt que de traîner des pieds pour remplir des dossiers. De plus, ce n’est pas tous les jours que notre premier ministre est de notre territoire. Nous sommes dans une situation inédite à plusieurs niveaux et il faut savoir en tirer profit”Autre point noir à l’horizon : la migration de certains LR catalans vers la sphère de Louis Aliot.

24/08/2020, Perpignan, France, Cérémonie monument aux morts Louis Aliot © Arnaud Le Vu / MiP
24/08/2020, Perpignan, France, Cérémonie monument aux morts Louis Aliot © Arnaud Le Vu / MiP

♦ Un laboratoire des droites modérées et non radicales ?

Pour Christophe Euzet, ces phénomènes sporadiques “ont le mérite de la clarté, à terme, sur les uns et les autres. Chez Agir, le RN est un adversaire politique. Nous ne voulons pas discuter avec ses listes. Il n’y a, et il n’y aura, aucune base de discussion !”.

Le parti “Agir, la droite constructive”, serait-il prêt à négocier avec la gauche ? Avec une partie de la gauche, oui. Il y a un électorat de gauche à qui nous nous adressons : des gens qui considèrent qu’une politique du centre-gauche à la droite raisonnable et raisonnée est possible. Des gens qui ne se retrouvent pas dans les socialo-communistes de la majorité départementale actuelle”. Christophe Euzet avouant que la dynamique du candidat Macron en 2017 étant “un peu une base“. Alors quelle différence avec le programme de Jean Castex aux Départementales de 2015 qui partait sur une liste de droite et de centre ?  

♦ La politique reste de la politique, même sans étiquette

Le député de réfuter : “Nous mettons pour 2021 les étiquettes de côté. Nous partons aussi dans un échiquier politique bien plus large. Et c’est aussi un accord inter-générationnel entre des noms comme Jean Sol et moi par exemple. En politique je reste jeune”.

Le maître de conférences de l’UPVD ne cache pas ses intentions de passer de député à président de département. Pourtant, impossible de déclamer un programme concret pour l’échéance de juin prochain. Pour le moment, seuls quelques poncifs sont déclinés. Notre département a besoin de beaucoup de volontarisme et d’enthousiasme. Car nous sommes dans le misérabilisme. Un Titanic : les Pyrénées-Orientales coulent doucement. Il faut ramer”. Dans ce sens, l’intéressé promet “de batailler corps et âme” au bénéfice de dossiers tels la Ligne Grande Vitesse ou la fibre internet. “Si on n’y va pas de front, ce n’est pas le premier ministre qui va nous sauver malgré nous : il faut toujours donner une impulsion”Or ces dossiers sont de la compétence de la Région.

Peut-être que si on avait mouillé davantage le maillot, ce serait déjà réglé. Soit vous êtes attentistes, soit vous êtes mobilisés. La présidente actuelle n’en fait pas assez. Sur un département touristique et transfrontalier comme le nôtre, à la croisée de Toulouse, Montpellier et Barcelone, on fait le choix du repli sur soi et de l’isolationnisme“. 

29/11/2017, Perpignan, France, Archives LGV Ligne grande vitesse SNCF région Occitanie © Arnaud Le Vu / MiP / APM

♦ Entre politiques catalans expatriés, un amour fusionnel ?

Le candidat EELV à la Région, Antoine Maurice – accompagné de Damien Carême – a fait campagne au niveau de l’ancien hôtel La Cigale, à Perpignan, il y a quelques jours. Un petit bâtiment perpignanais qui incarne ce bras de fer local entre politiques du Département et de la Ville. Le premier voulant y faire un centre d’accueil pour mineurs non-accompagnés, alors que le second, y implante à marche forcée un poste de police.

Questionné sur sa vision de l’accueil de ces mineurs isolés, compétence type des départements, Christophe Euzet bat en retraite : “Je n’ai pas réfléchi à la question“. Voterait-il une subvention à destination de SOS Méditerranée en tant que président des Pyrénées-Orientales ? “Je ne sais pas. Si la question est de savoir si mon cœur bat à gauche, ou à droite, elle est obsolète”. Peut-être bat-il pour Jean Castex ?

Christophe Euzet répond en insistant sur un certain “positivisme et dynamisme” ; tout en reniant en bloc “les projets communistes et du Rassemblement National. Il y a des solutions de bon sens au milieu, qui ne sont pas toujours idéales, certes, mais qui sont des solutions de compromis et de moindre mal“.

04/03/2021, Perpignan, France, Député Christophe Euzet © Arnaud Le Vu / MiP
04/03/2021, Perpignan, France, Député Christophe Euzet © Arnaud Le Vu / MiP

♦ Quid du vote des écologistes ?

Chez Agir, y aurait-t-il un regret de ne pouvoir faire affaire avec les Verts ? Pour Christophe Euzet, l’écologie n’est pas une orientation politique en soi, et il ne cache pas son irritation. Mais en bon candidat, il ne refuserait pas pour autant ces électeurs potentiels : “S‘il y a des verts qui sont intéressés par ce qu’on fait, ils peuvent toujours se rapprocher de nous. Europe-Ecologie Les Verts a toujours des difficultés à se rapprocher de sa famille politique d’origine : les socialistes.”

Et le membre co-fondateur de Agir de conclure : “J’ai un problème sur la nature de ce parti : l’écologie n’appartient pas à un parti politique. Je ne pense pas que ce soit le biais par lequel on doit penser l’ensemble de notre organisation sociale. Pour autant l’écologique est une préoccupation que je porte“. 

♦ Épilogue

Comme nous l’informions il y a quelques jours, le sénateur Jean Sol a officialisé sa candidature alors que l’ex-patron des jeunes LR66, François Lietta, s’est fait exclure par sa famille politique sur fond de collusion avec le RN et Louis Aliot.

Le scénario des Départementales commence donc à se clarifier et à se confirmer. Du côté de Christophe Euzet, accusé d’être “un député parachuté”, sa mission semble claire : revenir en pays catalan pour créer une candidature de la droite modérée au centre-gauche. Le premier ministre Jean Castex en homme de l’ombre. Une liste encore sans programme, au potentiel nom de “Les Pyrénées-Orientales à la relance”; et en potentiel chef de file le député de la 7e circonscription de l’Hérault.

*Agir est le mouvement des anciens membres de l’UMP qui ont rejoint la majorité d’Emmanuel Macron sans pour autant adhérer à La République En Marche. Ancien soutien de François Fillon et patron d’Agir, Franck Riester est aujourd’hui ministre délégué du commerce extérieur ; après avoir été ministre de la culture d’Emmanuel Macron de 2018 à 2020.
**Frédérique Vidal, Ministre de l’enseignement supérieur.
***Jean Sol est sénateur Les Républicains, et officiellement candidat à la présidence du département.

// La campagne des Départementales dans les Pyrénées-Orientales :

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