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Les poulpes, les pêcheurs du Parc Naturel Marin, l’Ifremer et les pots

Monaco, 2022-04-30. Illustration, octopus at the oceanographic museum of Monaco which has one of the oldest aquariums in the world. Photograph by Arnaud Le Vu / Hans Lucas. Monaco, 2022-04-30. Illustration, poulpe au musee oceanographique de Monaco qui possede l un des plus anciens aquariums du monde. Photographie de Arnaud Le Vu / Hans Lucas.

Article mis à jour le 30 décembre 2022 à 19:02

Dès 2023, les pêcheurs de poulpes du Parc Naturel Marin du Golfe du Lion observeront une période de fermeture commune afin de permettre aux poulpes de se reproduire.

C’est le partenariat entre le Comité Régional des Pêches Maritimes et des Élevages Marins d’Occitanie (CRPMEM) et les équipes de la station Ifremer de Sète qui a permis l’adoption de cette période de fermeture entre le 15 juillet et le 15 septembre. Un laps de temps pour le repos biologique du poulpe et la réussite de sa reproduction.

«Les pêcheurs sont les sentinelles de la mer»

Bernard Perez, président du CRPMEM n’est pas peu fier d’avoir réussi à réunir les trois communautés de pêcheurs ou prud’homies autour du projet ObsPoulpe. Depuis plusieurs années, Bernard Perez et ses confrères avaient constaté une hausse de la pêche du poulpe en Méditerranée Occidentale.

«A priori cette espèce n’était pas en danger, mais devant l’ampleur conséquente de la pêche, et parce que nous sommes des pêcheurs qui veulent pratiquer une pêche responsable et durable, nous avons réuni les prud’homies, travaillé pendant une année, et avons décidé de monter un projet avec les scientifiques pour mieux connaître cette espèce.»

Plusieurs types de pêche sont pratiqués au sein du Parc Naturel qui s’étend sur 100Km de côte de Cerbère à Leucate : la pêche dite au «petit métier» – terme qui définit les bateaux autres que les chalutiers – et la pêche au chalutier. Bernard Perez rappelle la polyvalence des pêcheurs qui pratiquent la pêche au «petit métier». «L’essence même de la pêche au «petit métier» est la polyvalence. On s’apercevait que de plus en plus de pêcheurs se rabattaient sur cette espèce qui se vend plutôt bien. Par exemple à Port-la-nouvelle, l’été ils vont à la mer, et l’hiver ils travaillent dans les lagunes. Idem au Barcarès, ils pêchent la dorade, le loup, et ils ont rajouté des pots pour se diversifier et travailler le poisson de saison.»

16/09/2017, Saint Cyprien, France, Illustrations pêche poisson pêcheur © Arnaud Le Vu / MiP / APM

La pêche au pot du poulpe ? Kezako ?

Les pêcheurs utilisent la tendance naturelle de l’animal à se trouver un abri. Ainsi le poulpe se cache dans les pots déposés au fond de l’eau, et le pêcheur vient régulièrement relever ses pots et le poulpe qui y a trouvé refuge. Les pêcheurs utilisent également des nasses – sorte de piège qui agit comme le pot – mais dont la forme empêche l’animal de ressortir. C’est cette pêche qui a connu une forte hausse depuis les années 2000. Selon Maria Ruyssen directrice de la station Ifremer de Sète, la pêche au pot ou à la nasse a été multipliée par 6 entre les années 2000 et 2020.

Pour Bernard Perez, il était important d’agir, de se mettre autour de la table pour en savoir plus sur cet animal. D’instinct et sans base scientifique, la quarantaine de pêcheurs «petits métiers» avaient déjà défini un nombre maximum d’engins mis à l’eau (2.500 par navire) et une période minimale de fermeture durant l’été.

«Notre intuition de pêcheur était que le poulpe se reproduisait en été. On fermait 2 mois par an, charge à chaque pêcherie de définir les 2 mois de fermeture entre juin et septembre.»

Credit photo ObsPoulp - Ifremer
Ancien pot en terre cuite. Pots actuellement utilisés (plastique lesté́ de béton). et nasse appâtée. Crédit Photo : Erwan Berton, Mickaël Galtier

Les pêcheurs ont voulu aller plus loin, et ont sollicité l’Ifremer pour en savoir plus et confirmer leurs constatations. «Nous avons mis en place un partenariat avec l’Ifremer. Leurs premières observations allaient dans le même sens que nous, à savoir que l’espèce n’était pas en danger, et que sa période de reproduction est bien estivale. Nous avons donc décidé d’harmoniser avec les professionnels de Leucate, Barcarès, Saint-Cyprien, Port-Vendres la fermeture du 15 juillet au 15 septembre.»

Est-ce à dire que les pêcheurs enlèvent leurs pots déposés au fond de la mer ? Selon Bernard Perez, certaines prud’homies ont constaté que les pots servaient d’abri aux femelles qui viennent se reproduire. Alors ils préfèrent laisser les pots, mais durant la période de reproduction, les pêcheurs ne relèvent pas les pots. Par contre, la nasse est un piège pour le poulpe. Une fois dedans l’animal ne peut plus ressortir, les nasses ne sont donc pas mises à l’eau du 15 juillet au 15 septembre. Maria Ruyssen de rajouter que les nasses capturent 10 fois plus d’individus que les pots.

L’étude ObsPoulpe a permis de mieux connaître le poulpe du littoral occitan

L’étude portée par Grégoire Certain, halieute* de l’Ifremer station de Sète intégré au sein de l’unité mixte de recherche Marbec s’est déroulée durant toute une année. Une année d’observation, 71 sorties à la mer sur les bateaux de pêche et 339 lignes observées nous détaille Maria Ruyssen. « Quand les chercheurs embarquent, ils notent la position des lignes, le nombre d’engins mis à l’eau, le temps d’immersion, le nombre d’individus capturés, leur taille, le sexe, et la présence d’œufs dans les pots. Cette méthodologie permet de travailler sur la distributivité de l’effort de pêche, géographique et par prud’homie, mais aussi sur le type d’individu capturé, les juvéniles, les femelles grainées». Une femelle grainée porte des œufs prêts à éclore.

Selon Maria Ruyssen, «le poulpe naît, se reproduit et meurt. Si on l’attaque l’espace pendant la période de reproduction, on prend vraiment le risque de déséquilibrer le stock très rapidement.» Cette espèce a un cycle de vie très court : 1 an. De mars à novembre, 3 à 8 semaines après l’accouplement, la femelle pond des œufs blancs qu’elle fixe en grappe dans son gîte. Sans s’alimenter, elle ventilera ses œufs pendant toute la durée de l’incubation (de 24 à 125 jours selon la température) jusqu’à la fin de l’éclosion.

Même si d’autres facteurs peuvent aussi avoir un impact très rapide sur le nombre d’individus, la scientifique de citer les changements climatiques. Avec ObsPoulpe, l’enjeu était de faire en sorte que les prud’homies ferment toutes au bon moment, s’harmonisent et conviennent d’une date de fermeture commune. «On n’est pas encore dans un constat d’effondrement du stock. On est vraiment sur des mesures de prévention et le respect de la date de fermeture commune de la date de reproduction.»

scaphandre pieds lourds
Image d’illustration Biodiversarium Banyuls-sur-mer

L’exception dans les Pyrénées-Orientales pour la prud’homie du Barcarès

Pour Maria Ruyssen, 2023 est une première année de mise en œuvre de la date de fermeture commune. L’objectif de 2024 est de progresser et notamment sur la prud’homie du Barcarès. En effet, la scientifique de l’Ifremer précise que les pêcheurs barcarésiens bénéficient d’une dérogation.

«Ils ont des pêcheurs qui ne vivent que du poulpe. Et nous devons tenir compte des fragilités socio-économiques de certaines prud’homies.

Quand on a des pêcheurs monospécifiques, on ne peut pas aller vers la fermeture complète. Il y a eu un travail important de réduction des nasses à l’eau. Et entre le 15 juillet et le 15 septembre, ils ne pourront garder que 200 nasses à l’eau. Alors oui, l’idéal aurait été de retirer les nasses, mais nous pouvons mettre en danger des pêcheurs qui dépendent de cette ressource. Nous devons trouver des compromis pour avancer environnementalement parlant et de manière intelligente». 

La station Ifremer de Sète

La station de Sète a été implantée en 2001 et se spécialise sur l’halieutique, l’environnement lagunaire et côtier. Grâce à l’unité mixe de recherche Marbec, Maria Ruyssen précise que la station peut également étudier les dynamiques environnementales de l’écosystème aujourd’hui et à l’avenir.

*Un halieute étudie la science halieutique, discipline académique de la gestion et de la compréhension des pêches.

// Lire aussi notre article : Comment sauver la mer ? Les leçons d’une communauté de pêche italienne

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