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Au col de Banyuls, les militants maintiennent la pression pour rouvrir la frontière au plus vite

Au Col de Banyuls, les militants maintiennent la pression pour rouvrir la frontière au plus vite

Article mis à jour le 23 janvier 2023 à 07:15

Vendredi 20 janvier dans la soirée, des habitants du village d’Espolla et militants du collectif «Esborrem la frontera» (Effaçons la frontière) ont déplacé les grosses pierres qui bloquent depuis deux ans la route du col de Banyuls. Face à la posture inflexible de l’État, les locaux veulent maintenir la pression.

La nouvelle est tombée vendredi soir, pendant la réunion publique organisée par l’association Albères sans frontières, dans la salle Novelty de Banyuls-sur-mer, pleine pour l’occasion. La route frontalière du col de Banyuls était (de nouveau) dégagée pour permettre à ceux qui le souhaitaient de se rendre à la fête de l’olive d’Espolla, samedi 21 et dimanche 22 janvier. C’est une membre active de l’association qui a reçu sur son téléphone les photos des pierres mises sur le bas-côté. Sur les réseaux sociaux, le collectif «Esborrem la frontera» accompagne ces images d’un communiqué en catalan.


«À un moment, on le paiera très cher de ne pas remettre ces quatre cailloux en place.»

Au même moment, plusieurs participants interrogeaient vivement le maire de Banyuls, Jean-Michel Solé, et lui demandaient de faire preuve de désobéissance face à un arrêté jugé injuste par tous. La question est revenue plusieurs fois : «qu’est-ce que vous risquez, Monsieur le maire, à ne pas remettre ces pierres ?» Applaudissements dans la salle.

Les risques, Jean-Michel Solé y a beaucoup réfléchi depuis deux ans et les quelques tentatives de militants de rouvrir la route frontalière. Le maire se défend : «Quand on déplace ces cailloux, le préfet m’appelle et me dit « remettez-les en place ». Je peux trainer des pieds mais j’ai l’obligation de le faire en tant que représentant de l’État. Sinon j’irai au tribunal administratif.» Et de rajouter sa crainte de voir le dialogue avec l’administration française se rompre en cas de refus d’obtempérer : «Quand on a des projets pour Banyuls, on a besoin de l’État», souffle l’édile. «À un moment, on le paiera très cher de ne pas remettre ces quatre cailloux en place.»

«Ne nous trompons pas d’adversaire», lance au micro Pierre Becque, venant à la rescousse de son ami. Le président d’Albères sans frontières, lui-même ancien maire de Banyuls, défend une ligne légaliste au sein du collectif : «Nous allons rester dans le strict respect de la légalité. Ceux qui sont dans l’illégalité ce sont les pouvoirs publics».

Depuis sa naissance l’été dernier, l’association – qui compte à ce jour plus de 1200 adhérents – a créé une forte dynamique pour faire remonter le dossier de la fermeture du col de Banyuls au plus haut sommet de l’État. Certains membres d’Albères sans frontières ont rencontré le préfet des Pyrénées-Orientales Rodrigue Furcy à trois reprises depuis sa prise de poste en août dernier. Plusieurs rassemblements ont été organisés au col dont l’un fin novembre qui a réuni plusieurs centaines de personnes.


Le sujet du col de Banyuls s’invite jusqu’au sommet Sánchez – Macron.

Et puis la semaine dernière, avec le sommet franco-espagnol de Barcelone, Ariane Fert, une adhérente de l’association, a saisi l’occasion d’un cocktail dînatoire pour demander directement au président Emmanuel Macron la réouverture définitive du passage frontalier. «Le président s’est engagé à ce que le problème soit résolu d’ici cet été», assure-t-elle, tout en pointant du doigt la méconnaissance des réalités du terrain par le gouvernement.
La ministre des affaires étrangères Catherine Colonna a repris la déclaration de son collègue de l’Intérieur, qui a conditionné la réouverture du col à la mise en place de patrouilles de brigades mixtes franco-espagnoles, sur le modèle de celles qui existent à la frontière italienne depuis deux ans. Une proposition qui laisse Pierre Becque sceptique : «ça me paraît être une usine à gaz, je ne vois pas ce que cela changerait.»

L’association a lancé la bataille judiciaire en fin d’année. Un recours pour «excès de pouvoir» contre le préfet des Pyrénées-Orientales a été déposé auprès du tribunal administratif de Montpellier. Le collectif peut aussi compter sur le soutien de parlementaires européens. Une trentaine d’entre eux a alerté Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol, et Emmanuel Macron sur le sujet.
Parmi eux, Eric Andrieu, présent lui aussi vendredi soir lors de la réunion publique, et qui accuse le président de la République ni plus ni moins de «mensonge d’État». «On est sorti de tout cadre légal» selon l’eurodéputé socialiste qui assure avoir pris rendez-vous avec la Commission européenne cette semaine pour réclamer des sanctions concrètes. Pour le parlementaire, la réouverture du col de Banyuls ne doit pas devenir une seule cause régionaliste. «L’enjeu est ailleurs», à chercher du côté de la gestion par l’Union européenne de ses frontières extérieures.


Toutes ces prises de position laissent, pour l’instant, la Préfecture (et l’État) de marbre.

Rodrigue Furcy assure qu’à terme l’objectif est bien de «rouvrir la route du col», mais qu’il serait incohérent de le faire en ce moment, alors que «la pression migratoire et l’activité des réseaux de trafics de stupéfiants est forte». Récemment le préfet a rappelé le contexte de fermeture de cet axe secondaire, arguant du besoin de limiter les points de passages routiers à la frontière pour une «meilleure étanchéité» de celle-ci. Le but étant de concentrer les effectifs de gendarmes et l’essentiel des contrôles à Cerbère.

Un argument mis à mal par Pierre Becque. Le président de l’association assure posséder un constat d’huissier qui s’est rendu à Cerbère pendant une semaine à différents moments de la journée pour noter les contrôles effectués par les gendarmes. Résultat : aucune inspection selon le président du collectif, ce qui prouve selon lui que le nombre de contrôles n’a pas augmenté contrairement à ce qu’affirme le préfet.

Et maintenant ? En attendant les décisions de justice, Albères sans frontière ne veut pas faire retomber la pression. Le conseil d’administration de l’association doit se réunir cette semaine pour discuter de la suite des actions à mener pour faire rouvrir définitivement la route du col.

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