Danse & Théâtre | Quand le spectacle vivant ressuscite à l’école

À l’initiative du Théâtre de l’Archipel, les membres d’une prestigieuse compagnie de danse s’invitaient en classe jeudi dernier au lycée Jean Lurçat. Habituellement, nombreux sont les élèves à bénéficier de ses programmations en salle. Depuis la crise sanitaire, le théâtre et les enseignants se doivent d’innover pour l’éducation artistique des scolaires.

Alors que le spectacle vivant est en ce moment bâillonné, il trouve une fenêtre dans les salles de classe. Le temps d’une matinée nous les avons suivis. Récit et explications.

♦ « Tant qu’on a de la culture, nous sommes contents »

Il est 9 heures devant la salle de danse du lycée Jean Lurçat. Avec les élèves de la classe spécialité danse, le proviseur-adjoint accueille – plein d’entrain – la compagnie Wang-Ramirez. « Tant qu’on a de la culture à Lurçat, nous sommes contents. C’est super ! Et j’aimerais que nos élèves se rendent compte de la chance qu’ils ont ». Mais à voir le visage des jeunes passionnés, tout excité, nul besoin de leur rappeler.

Crédit photo Idhir Baha

Les ados boivent les paroles du couple Honji Wang et Sébastien Ramirez. En même temps, leurs profs du jour font figures de modèle dans ce milieu pro : elle a été invitée sur une tournée de Madonna, qu’il a, en partie, chorégraphiée ; comme on peut le lire dans leurs bios. La compagnie a été fondée en 2007, à Perpignan, sur une base de cocktail entre hip-hop et contemporain. Depuis, elle enchaîne commandes et récompenses internationales. Germano-coréenne et franco-espagnol, Honji Wang et Sébastien Ramirez sont en résidence « recherche » à l’Archipel jusqu’au 28 janvier.

Crédit photo Idhir Baha

♦ Covid-19 oblige, la danse se réinvente sans contact

Ce bonheur est doublement partagé. Chargée des publics scolaires auprès du Théâtre de l’Archipel, Marie-Claude Louis court de classe en classe. C’est elle qui a lancé l’idée à Monique Fellerath, enseignante responsable de la « spé danse » de Jean Lurçat. Marie-Claude a organisé un créneau avec les artistes ; quand Monique a obtenu le feu vert de sa direction. Et aucune excuse n’est bonne pour faire l’école buissonnière.

Honji et Sébastien animent le cours du jour. Ils commencent l’échauffement, avec les élèves ; s’ensuivent des exercices de pratique. Pas de contacts, même entre danseurs, et toujours masqués. Dur. Mais défi relevé : la danse se fait à deux, avec des corps agissant l’un sur l’autre de manière magnétique. C’est beau.

Crédit photo Idhir Baha

♦ « On fait feu de tout bois pour faire vivre les spectacles »

Marie-Claude Louis en profite pour se confier.  « C’est fou en ce moment, on doit s’adapter au rythme des nouvelles mesures sanitaires. Mais ce genre d’évènement nous permet de rester en action et de faire vivre le Théâtre. On fait feu de tout bois. Mais on a peur : on craint que cette dernière fenêtre d’action ne se ferme. Je dis ça aussi pour les artistes : même devant cinq élèves, le plus important, c’est de jouer. Pour l’enseignement, c’est l’ouverture que ça apporte. C’est l’enrichissement de leur niveau général, de leur culture G. C’est ce qui nous motive pour trouver des solutions, et aller de l’avant« . Elle rit vert : « On a du modifier dix milliards de fois les plannings depuis la rentrée scolaire« .

Crédit photo Idhir Baha

Monique Fellerath commente le programme du jour : « C’est exceptionnel, et luxueux, ce qui se passe ce matin. Hors pandémie, avec mes élèves, nous allons voir jusqu’à six représentations par an. S’il n’y en a pas, ils n’ont pas d’arguments ; ni pour leurs épreuves, ni pour leur apprentissage. Entre ses murs, l’école est culture. Mais elle doit aussi s’ouvrir à la culture« .

C’est 11 heures et l’atelier devait se terminer. Honji Wang et Sébastien Ramirez discutent entre eux. Bloqués, ils ne peuvent pas partir. Les élèves ont gagné : la session se prolonge.

Crédit photo Idhir Baha

♦ Pour voir des spectacles, suivez vos enfants en cours

L’intervention de la compagnie Wang-Ramirez au lycée Lurçat était un « one shot ». Une venue ciblée, prévue pour une seule séance. Mais la semaine dernière était chargée pour le Théâtre perpignanais. Il menait, entre autres, la 8e édition de son Archipel Tour dans les lycées du 66. « Le lycée se transforme en lieu culturel à part entière, communique le Théâtre de l’Archipel sur cette action annuelle ; puisqu’il accueille dans ses murs une représentation, suivie d’ateliers menés par l’équipe artistique« .

Cette année, la mission était menée par la compagnie montpelliéraine Machine Théâtre ; avec des représentations – face aux tableaux – de leur pièce « Cul et chemise ».  Des classes de cinq lycées ont pu en bénéficier, de lundi à vendredi :

  • Claude Simon de Rivesaltes
  • St-Pierre-de-la-Mer de St-Cyprien
  • Pablo Picasso de Perpignan
  • Christian Bourquin d’Argelès-sur-Mer
  • Jean Lurçat de Perpignan

S’ajoutent les interventions de La compagnie Les Bas-bleus – Séverine Coulon et des marionnettes de leur spectacle : « La petite histoire de la vie animée », dans les écoles élémentaires de Perpignan : Georges Dagneaux, Pasteur Lamartine, Émile Roudayre, D’Alembert. Morale de l’histoire face à l’actualité ? Suivez vos enfants, jusqu’en cours, pour voir du spectacle vivant sans écran interposé.

Crédit photo Idhir Baha

// Culture et Covid-19

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