Jeunesse & Visa l « Il n’y pas d’image violente, c’est la situation qui est violente »

29/08/2020, Perpignan, France, Illustration 32e VISA pour l'image festival photojournalisme © Arnaud Le Vu / MiP

Depuis 2008, Visa pour l’Image c’est aussi un programme de sensibilisation des plus jeunes à la lecture des images. Cette année, du 13 au 17 et du 20 au 24 septembre, les expositions ouvrent spécialement de 9h à 17h pour les groupes scolaires (sur inscription) ; « un travail de transmission essentiel » pour Jean-François Leroy, fondateur et directeur du festival international de photojournalisme. Chaque année, environ 10.000 élèves ont un accès privilégié à Visa pour l’image ; grâce notamment au soutien de la Région Occitanie.

♦ « Il n’y pas d’image violente, c’est la situation représentée qui est violente »

Pour Jean-François Leroy, le travail réalisé auprès des scolaires est primordial. Outre la nécessité de montrer la réalité du monde, il s’agit de développer leur esprit critique. Mais aussi la compréhension du monde qui les entoure au-delà de leur quotidien.

Jean-François Leroy nous précise ; « Sur les expos, il y a des images un peu chocs. Mais doit-on s’empêcher pour autant de montrer la réalité du monde ? D’autant que certains enfants regardent des séries à la télévision qui montrent 4 morts par épisode ! Pourquoi, imposerait-on aux mômes de subir une violence de fiction et on leur refuserait de voir la réalité du monde ? Je ne comprends pas. Je suis aussi étonné de voir que les mômes sont de plus en plus nombreux à s’informer sur Facebook ou Instagram. J’essaye de leur expliquer que Visa pour l’Image est l’anti-facebook. Nos photos sont certifiées, on connaît la source, les auteurs. De plus, on ne s’arrête pas à une image ; on raconte une histoire avec des images« . 

India, April 22, 2021. © Danish Siddiqui / Reuters
India, April 22, 2021. © Danish Siddiqui / Reuters

♦ En 2021, 5 photographes échangent avec les scolaires

« Chaque jour, nous réalisons 6 ou 7 visites. C’est épuisant, mais si on ne fait pas ce boulot de transmission, on rate notre mission ! Il n’y a pas de podium dans les questions que posent les élèves. Mais souvent ils me demandent : « Combien tu gagnes ? Est-ce que c’est dur ? Ou encore, est-ce que tu risques ta vie ? ». Les enseignants et leurs élèves peuvent prendre rendez-vous avec Jérôme Gence, Guillaume Herbaut, Olivier Jobard, Olivier Laban-Mattei ou Mélanie Wenger. Chacun d’entre eux répondra aux questions, décryptera son exposition et fera découvrir le métier de photojournaliste.

« Éthiopie, exils et dérives«  par Olivier Jobard.

« En arrivant en Éthiopie en 2019, je découvre un pays au bord du gouffre. Partout la terre manque. Tantôt asséchés, tantôt inondés, les sols fertiles sont disputés entre les différentes ethnies qui contestent les redistributions des régimes passés. Ces chocs climatiques et tensions agraires entraînent un exode sans précédent. J’accompagne alors les migrants éthiopiens dans leur voyage vers l’Arabie saoudite. Un pays qui incarne pour eux un eldorado où ils pourront gagner de quoi vivre dignement« .

« Sugar Moon » de Mélanie Wenger.

« C’est en 2018 que Mélanie Wenger rencontre Erik Grimland à une convention organisée par un lobby pro-chasse au Texas. Elle a passé plusieurs années à documenter la place qu’occupe la chasse aux trophées dans la conservation de la faune sauvage en Afrique ». Mélanie Wenger a souhaité « ouvrir un nouveau chapitre sur le commerce des animaux exotiques aux États-Unis«  

« La Ve » par Guillaume Herbaut.

« En place depuis 62 ans après son adoption par référendum en 1958, la Constitution de la Ve République française et les institutions qui garantissent son respect ont longtemps été rattachées à l’image d’une ère de progrès, d’une France forte et dynamique. (…) Aujourd’hui, la Ve semble au bord de l’asphyxie (…) À travers les soubresauts de la vie politique et sociale, ce travail interroge la représentation de la République française aujourd’hui.
« . 

Jérôme Gence : « Télétravail : Allô bureau bobo ». 

« En 2019, près de 60 % des employés et cadres de bureau déclaraient s’ennuyer au travail. Sujet tabou dans les entreprises, ce risque de «bore-out», ou syndrome de l’ennui au travail, est deux fois plus important chez les milléniaux que chez les baby-boomers. Souhaitant documenter la manière dont les nouvelles technologies permettent de redéfinir les codes du travail, je me suis rendu à Bali, destination préférée des jeunes Occidentaux dans leur quête d’épanouissement grâce au travail à distance ».

Olivier Laban-Mattei est l’un des photographes de l’agence MYOP à avoir, pour la Commission Européenne, réalisé l’exposition « Double peine : les réfugiés dans la crise sanitaire ».

Il s’est rendu dans le camp de Kutupalong, près de Cox’s Bazar au Bangladesh. « Si la crise du Covid-19 a été « une tragédie humaine qui porte à l’économie […] un coup d’une gravité sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale» (rapport de la Banque mondiale), elle n’a pas atteint aussi durement tous les pays et les individus. Ceux qui cumulaient déjà les vulnérabilités, ceux dont « un petit coup renverse aussitôt la personne» ont été pris dans la tourmente. Les réfugiés et déplacés des pays en développement, déjà contraints au déracinement par la misère ou la violence, comptent parmi les personnes les plus vulnérables au monde ». 

© Olivier Laban-Mattei / MYOP pour la Commission européenne
© Olivier Laban-Mattei / MYOP pour la Commission européenne

♦ « Une expérience unique pour éveiller leur conscience sur les réalités de notre monde »

Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, partenaire des semaines scolaires déclarait. « Pour rendre accessible au plus grand nombre ces images, l’association Visa a mis en place une politique de gratuité, une initiative que je salue. Le festival réalise également un important travail de sensibilisation des plus jeunes à la lecture de ces photographies, avec l’accueil de 10.000 scolaires de la région. Une expérience unique qui, je n’en doute pas, ne manquera pas d’éveiller leur conscience sur les réalités de notre monde. Je suis heureuse et fière que la Région Occitanie favorise ainsi l’accès à une offre culturelle riche et diversifiée, à la fois gage de l’épanouissement de chacun et vecteur de partage et de cohésion. Visa pour l’image est un festival incontournable. ».

Agnès Langevine, vice-présidente à la Région Occitanie, indiquait que le soutien à Visa pour l’image permettait aux lycéens de découvrir d’autres métiers, ; via le dispositif « métiers de la culture et du patrimoine ».

// Visa pour l’Image 2021

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