Transidentité LGBTQ - Photo Victor Hugo Zeron
/

Témoignage “Vivre sa transidentité” – Sans contrefaçon, je suis un Garçon

LECTURE

La transidentité est une notion de plus en plus fréquemment évoquée dans nos sociétés. Grâce à la libération de la parole, au débat public et à l’exposition médiatique, certaines personnes ont engagé un premier pas vers le changement de genre. Davantage en accord avec eux-mêmes et leur corps, les transgenres s’épanouissent ; mais ils sont hélas encore victimes de discriminations et d’agression. 

Nous avons rencontré Jesse, un homme transgenre de 33 ans, ayant débuté sa transition il y a deux ans. Maintenant apaisé, il nous raconte son long combat intérieur, administratif et social.

♦ Pour Jesse, « Tout a commencé a commencé en 2007, lorsque j’avais 19 ou 20 ans »

« Je me posais des questions pour savoir si on ne pouvait pas changer de sexe. Déjà lorsque j’étais petit, je sentais que j’étais un garçon. Ma mère ou ma grand-mère me forçait à porter des jupes, alors que moi ça me donnait plutôt des boutons. Je n’arrivais pas à m’apprécier dans des fringues. Dès qu’on me demandait de me maquiller, de me lisser les cheveux, j’avais l’impression de ne pas me reconnaître, de ne pas être la personne que j’étais. J’étais mal dans ma peau, je n’étais pas à ma place. 

J’aurai  préféré naître en tant que garçon. Mais par peur, par crainte d’être renié par ma famille, j’ai mis du temps à vraiment accepter que ce qui me rendait malheureux. Je n’arrivais jamais à trouver ma place ; que ce soit dans ma vie professionnelle ou amoureuse. J’essayais de toujours faire au mieux ; alors que le problème venait de l’intérieur. 

Il y a deux ans, j’ai commencé à voir un psy ; et on a tout de suite décelé le problème de transidentité. Nous avons réfléchis à plusieurs solutions et la transition était l’idéale. »

♦ « Le jour où j’en ai parlé à mes parents et mes sœurs, j’ai eu l’impression de m’être libéré d’un poids »

« Ce fut un soulagement. Et du fait qu’ils l’acceptent, ça m’a libéré de tout. » Jesse s’estime chanceux d’avoir une famille très ouverte ; plus soucieuse du bonheur de leur fils que du regard porté par les autres. Il peut aussi compter sur des amis qui le soutiennent et sur une petite amie qui l’encourage. 

Malheureusement, une partie de sa famille ne l’accepte pas du tout« Au début ça me faisait mal ; mais au final j’ai compris que ce n’était pas les autres qui réalisaient mon bonheur. Un minimum de soutien, de la famille ou la personne avec laquelle tu vis, c’est suffisant. Je comprends parfaitement la souffrance de ne pas avoir le soutien d’une famille, mais il faut voir là l’occasion de se rapprocher des gens qui nous supportent. Depuis, je me sens heureux, confiant, et épanoui. »

«Au niveau du travail, j’ai également beaucoup de chance. Mon patron est ouvert d’esprit ; d’ailleurs il m’a connu en pleine période de transition. Quand je lui ai annoncé que j’étais en cours de changement administratif pour mon prénom, j’ai eu peur d’être rejeté, d’être pris pour un malade mental. Ça reste quelque chose d’à la fois tabou et incompris. Il y a beaucoup de personne hélas pour qui cette situation existe encore. »

♦ Être trans n’est pas un fantasme ou un phénomène de mode. La transidentité s’impose à l’individu.

Selon la DILCRAH, Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT : le terme « transsexuel » vient de transsexualisme ; une notion inventée par la médecine au XIXème siècle pour signifier que les personnes trans étaient atteintes d’une « maladie mentale ». Or des chercheurs ont démontré depuis que la transidentité n’a rien de pathologique. L’Organisation Mondiale de la Santé l’a donc retirée des maladies mentales en 2019. Être trans n’est pas un fantasme ou un phénomène de mode. La transidentité s’impose à l’individu. 

« Aujourd’hui, j’ai envie qu’on me considère comme une personne avant d’être un transgenre. Je rencontre souvent des nouvelles personnes qui m’appellent par mon nouveau prénom, et qui utilisent des adjectifs ou pronoms masculins. Mais dès qu’elles apprennent que j’ai été une fille, s’en suivent lapsus et utilisation du féminin. C’est pour ça que j’ai passé en privé mes photos prétransition sur les réseaux sociaux. »

Quant à l’opération, la sécurité sociale la prend en charge à 100% ; sauf les frais honoraires des chirurgiens. Il s’agit généralement d’une mammectomie et d’une hystérectomie (ablation de l’utérus) que Jesse souhaite effectuer.

♦ Rompre l’isolement grâce aux réseaux sociaux

Le trentenaire a trouvé beaucoup de réponses sur divers groupes Facebook. Les réseaux sociaux ont eu un impact fort sur sa transition ; notamment celui de ne pas se sentir seul, d’avoir des conseils, du soutien, et de nombreux échanges. Par exemple, il a suivi Crazyden, un autre jeune transgenre sur Instagram et Youtube. Fort d’une communauté de plus de 6000 personnes sur le premier réseau social, Jesse nous confie que l’influenceur a été d’une aide précieuse durant ses démarches administratives et juridiques. Aujourd’hui, le jeune homme se sent en mesure de rendre la pareille

Parmi les objets qui le rassure, Jesse nous parle de son gros casque audio et de ce que cela représente pour lui.

« Ce casque a une double signification, et tout d’abord celle d’être dans mon monde. Je suis très sensible à l’art en général, film, musique… Grâce à cela, je peux être où je veux, me transporter et m’isoler ; me recentrer sur moi-même, m’accepter. La seconde signification est de pouvoir me boucher les oreilles sur ce qui pourrait me blesser, ou me faire tout simplement du mal . Me préserver du négatif du monde extérieur pour n’en tirer que le positif. »

Sans Contrefaçon, Je Suis Un Garçon”

Dans sa lancée musicale, Jesse nous divulgue son admiration pour une chanteuse française qui non seulement l’inspire, mais aussi lui a allumé cette petite étincelle intérieure.

« Depuis l’âge de 4 ans, j’ai un vinyle de Mylène Farmer et je passais en boucle une de ses chansons. C’est une femme qui m’a montré qu’on pouvait être la personne la plus introvertie, mais qu’on pouvait se dépasser et montrer aux autres ce qu’on voulait vraiment montrer. C’est une personne très réservée ; pourtant, durant ses spectacles, elle sait se donner et partager l’amour des gens qui la soutienne de cette manière. Ce n’est pas parce qu’on porte un masque qu’on est faux. On exprime différemment la personne que l’on  est à l’intérieur ; et dans mon cas le fait d’être une fille était en réalité un masque. La chanson ‘’Sans Contrefaçon, Je Suis Un Garçon’’ a été le déclic. »

♦ Trouver écoute et soutien via l’association LGBT+66

Jesse s’est beaucoup appuyé sur les réseaux sociaux pour se construire. Mais LGTB+66 joue un rôle pivot dans les Pyrénées-Orientales pour quiconque aurait besoin de conseils. Pour les personnes transgenres, l’association travaille de concert avec AIDS. Ces derniers disposent des contacts médicaux et d’un groupe spécialisé dans le suivi des personnes trans. Selon Jean Loup, président de LGBT+66, « lorsqu’une personne s’interroge sur son positionnement, gay, lesbienne, bi, queer, on les aiguille vers les personnes les plus compétentes. »

L’association réalise de nombreuses campagnes de prévention en milieu scolaire ; notamment dans les collèges et lycées. « Nous avons des demandes de transition de plus en plus jeunes ; maintenant l’âge de questionnement se situe vers 15 ans ». Les mineurs sont reçus avec les parents, puis dirigés vers des pédopsychiatres qui entament les accompagnements.

« Ce sont des phénomènes qui se développent de plus en plus » selon Jean Loup. Le président constate également que « les personnes ont besoin de se sentir bien dans leur peau. Ce sont des gens qui veulent aller jusqu’au bout. Il y a un phénomène d’époque dont de nombreux médias se font l’écho. Parallèlement, il y a toujours des formes de rejet dans une famille. Les sociétés et mentalité évoluent ; ce qui facilite le changement de genre des personnes trans. Sans oublier cette lutte interne et ces moments de doute avant une opération. »

♦ Une transphobie toujours ancrée dans la société ?

« On est encore très loin d’une acceptation en France. Ici à Perpignan, on va avoir des remarques désagréables dans la rue ; mais très peu d’agressions. Au niveau des familles, cela s’améliore car l’entourage est de plus en plus renseigné » précise le président de LGBT+66.

Toujours selon la DILCRAH, la transphobie se distingue par une prévalence du rejet et des agressions physiques. Selon une étude de 2014 en France, 8 enquêtés trans sur 10 auraient été victimes de discriminations transphobes au cours de leur vie ; dont 37 % plus de 5 fois pendant les 12 derniers mois. 96 % des victimes sondées n’ont pas porté plainte. Les élèves trans sont également concernés : 9 sur 10 auraient déjà été injuriés en raison de leur identité de genre et 1 sur 4 agressé physiquement à l’école.

La transphobie entraîne une exclusion de l’emploi et du logement.

Elle occasionne une déscolarisation des jeunes trans : un quart des enquêtés déclare avoir renoncé à une formation par peur du rejet. Le taux de chômage est aussi plus élevé ; un tiers des enquêtés trans déclarant avoir perdu un emploi à cause de sa transidentité. De plus, 1 personne trans sur 4 déclare s’être limitée dans l’accès à un logement du fait de sa transidentité, par crainte d’un acte ou d’un propos transphobe.

La transphobie a ainsi de graves conséquences sur la qualité de vie des personnes trans. À cause de la souffrance générée par la transphobie, on estime que leur taux de suicide est 7 fois plus élevé que chez les personnes cisgenres. Les personnes trans sont aussi touchées par une prévalence du VIH supérieure de 37 % à la moyenne, qui s’explique notamment par leur plus grande précarité et leur moindre accès aux soins. Enfin, la transphobie est source d’isolement puisque 40 % des répondants disent avoir perdu contact avec un membre de leur famille.

♦ Les actions de l’association LGBT+66

LGBT+66 avait fait entendre sa voix lors des élections municipales de Perpignan en soumettant aux candidats 14 propositions inclusives ; parmi lesquelles la sensibilisation du personnel municipal ou le soutien aux actions de l’association.

« Il faudrait faciliter le changement d’identité aux personnes trans, de prénom et de sexe, mais aussi de numéro de sécurité sociale. Le regard des autres très important. Imaginez, vous êtes désormais une femme mais votre carte vitale commence par 1. Ou un contrôle aux frontières ou l’on constate que votre physique ne correspond plus à la carte d’identité. »  

Pour rappel, l’association est présente depuis 12 ans et compte 156 adhérents en 2020. Elle est gérée bénévolement et détache sur 3 grands axes d’action : 

  • Prévention, en milieu scolaire notamment. 
  • Culturel avec le festival de « Cinéma Belles et grandes toiles » en octobre au cinéma Castillet.
  • Social avec une écoute et un suivi à la permanence ; mais aussi des moments conviviaux pour se retrouver et des conférences. 

Pour plus d’informations : www.lgbt66.fr

♦ Épilogue

Aujourd’hui Jesse est apaisé et heureux et a acquis une grande confiance en soi. Pour la première fois, sa mère a avoué être fière de lui, avoir fini par l’accepter tel qu’il est. La transition n’est au final pas seulement physique, mais aussi intérieure à la conquête de bien être, à la conquête d’un sens. Aujourd’hui, la transformation qui demandera le plus d’effort sera celle des préjugées et des étiquettes. Où sexe, genre et orientation sexuelle seront considérés comme trois choses bien différentes. Où Jesse n’est plus du tout transgenre, mais est quelqu’un avant tout.

Participez au choix des thèmes sur Made In Perpignan

Envie de lire d'autres articles de ce genre ?

Comme vous avez apprécié cet article ...

Partagez le avec vos connaissances